Soins de conservation des corps : comment ça se passe ?

Lors d'un décès, les proches du défunt peuvent demander la réalisation d'un soin de conservation (thanatopraxie) pour ralentir la putréfaction naturelle et mieux préserver le corps. Comment ça se passe vraiment ? Est-ce obligatoire et combien ça coûte ? Eclairage d'Audrey Chamel, thanatopractrice.

Soins de conservation des corps : comment ça se passe ?
© Katarzyna Białasiewicz - 123RF

Définition : qu'est-ce qu'un soin de conservation ?

Les soins de conservation (aussi appelés soins de thanatopraxie) sont des actes post-mortem qui consistent à remplacer le sang d'un défunt par du formol, un liquide conservateur et antiseptique. "Ces soins ne stoppent pas complètement le processus de putréfaction mais permettent de grandement le ralentir grâce à l'action du formol", précise Audrey Chamel, thanatopractrice. Les corps réagissent tous différemment aux soins de conservation. Certains vont présenter quelques signes de putréfaction malgré un soin correctement réalisé. Ces soins sont payants et doivent être demandés par les proches. Ils sont à distinguer des soins de présentation réalisés avant la levée du corps et la mise en bière (toilette mortuaire...).

En quoi consistent ces soins ?

1ère partie : l'injection

  • Le corps du défunt se trouve dans un laboratoire muni d'une ventilation car "le formol est un produit classé CMR (cancérogène, mutagène et reprotoxique) qui est très dangereux à respirer et à manipuler", indique Audrey Chamel. 
  • Le thanatopracteur vérifie toujours l'identité du défunt. Pour cela, le corps est toujours muni d'un bracelet mentionnant le nom et le prénom du défunt.
  • Le thanatopracteur met une charlotte, deux paires de gants (les gants sont doublés au cas où ils craquent), une blouse, un tablier, des sur-chaussures, ainsi qu'un masque sur son visage pour éviter de respirer le formol.
  • Il nettoie ensuite tous les orifices ainsi que le visage du défunt avec un produit désinfectant.
  • Le thanatopracteur regarde les vêtements que va porter le défunt pour voir où il va réaliser son point (on évite d'inciser la carotide si la personne porte un décolleté et on va préférer inciser au niveau de l'artère fémorale par exemple) et installe son matériel. "Le plus souvent, le thanatopracteur réalise une petite incision au niveau du cou - de la carotide - pour sortir un peu l'artère et y placer une canule qui relie le bidon d'injection de formol à l'artère. Le visage peut parfois être d'une teinte bleutée, notamment en cas d'arrêt cardiaque : injecter du formol au niveau de la carotide va alors, de par sa proximité avec la tête, permettre de retrouver plus facilement la couleur naturelle du visage. Il va ensuite faire un second petit trou trois doigts en-dessous du sternum et planter le trocart (tube de ponction) au niveau de l'estomac pour voir ce qu'il y a dedans et vérifier que le tuyau d''aspiration fonctionne bien", détaille Audrey Chamel. 
  • Le thanatopracteur met de la pression dans le système artériel. Dès qu'il voit les veines légèrement gonfler au niveau de la main ou de la tête, c'est qu'il y a suffisamment de pression. Il reprend son trocart et vient le piquer dans le cœur côté gauche.
  • Il vide ainsi tout le sang du corps du défunt et lui injecte à la place du formol.
  • Lorsque le thanatopracteur récupère du formol dans son tuyau d'aspiration, cela signifie que le sang du corps est complètement remplacé par du formol. "Le remplacement du sang par le formol est une étape qui dure entre 15 et 30 minutes lorsque le corps est sain. Cela peut durer plus longtemps si la personne souffrait d'une thrombose veineuse (phlébite) ou artérielle (caillot de sang qui se forme dans une veine ou une artère) ou une embolie", indique-t-elle.
  • Le thanatopracteur suture le point qu'il a réalisé au niveau du cou et colle un petit pansement. "Le trocart est laissé au niveau du sternum puisque les organes du thorax et de l'abdomen vont libérer du gaz, ce qui va accélérer la putréfaction. Et il faut savoir que la putréfaction démarre là où se trouve l'appendice. Le spécialiste va donc "piquer" ces organes (un peu comme on pique une pâte à tarte avant la cuisson pour éviter qu'elle gonfle) et y injecter du formol jusqu'à saturation de l'abdomen et du thorax", explique la spécialiste. 

Le sang et les déchets organiques (graisses, urines, selles...) sont récupérés dans la poche d'aspiration. Ensuite, cette poche est évacuée dans un bac jaune spécialement conçu pour récolter les déchets médicaux. Ils sont ensuite envoyés aux DASRI (Déchets issus des Activités de Soins Infectieux) où ils sont traités et détruits par incinération le plus souvent. Le sang ne peut en aucun cas être récupéré par des collectes de sang car il n'est plus sain : il est contaminé par des toxines et mélangé à du formol. 

2e partie : l'habillage et la cosmétique

  • Le thanatopracteur réalise un "point de bouche" pour fermer la bouche du défunt. Ensuite, il habille le corps avec les vêtements choisis par les proches, coiffe le défunt et le rase si nécessaire. Il peut également y avoir des demandes spécifiques de la part des proches concernant le maquillage. "En l'absence de consigne, on réalise un maquillage neutre : un teint très léger, un peu de rose sur les joues, du rouge à lèvres pour redonner un peu de couleur au lèvre et un peu de crème réhydratante", indique Audrey Chamel. 
  • Il réalise ensuite la mise en salon : le corps est placé sur une table de présentation qui est elle-même présentée dans un salon.

"A l'époque des Égyptiens, l'embaumement était un peu plus "barbare". On enlevait tous les organes pour les mettre dans des canopes avec des épices et d'autres objets, on retirait le cerveau par le nez à l'aide d'un crochet en bronze passé dans les narines du cadavre... Maintenant, il s'agit d'une simple pratique avec seulement deux petites incisions", tient à préciser la thanatopractrice.

Où se fait un soin de conservation ?

Pour réaliser un soin, le thanatopracteur doit obligatoirement être diplômé et exercé soit dans un funérarium, soit dans un dépôt mortuaire (une morgue). Le soin peut également se faire à domicile. Dans ce cas les pompes funèbres ont 48 heures pour déplacer le défunt. "Les soins à domicile deviennent de plus en plus rares depuis le vote d'une loi en 2018 qui réglemente les soins d'hygiène et de présentation", explique-t-elle. Désormais, les soins à domicile doivent répondre à des exigences de configuration et d'aménagement afin de garantir la sécurité des professionnels et des proches du défunt (surface de la pièce minimum, lit réglable en hauteur...). 

Combien de temps dure un soin de conservation ?

Un soin de conservation dure en moyenne 1h30. Le thanatopracteur peut en réaliser plusieurs dans la journée, particulièrement s'il s'agit d'une période avec un fort taux de décès comme pendant la canicule ou l'hiver (suicides pendant les fêtes de fin d'année, décès à cause d'un intérieur trop chauffé...).

Les soins de conservation sont-ils obligatoires ?

Les soins de conservation d'un corps ne sont pas des prestations obligatoires en France sauf dans trois situations :

  • En cas de rapatriement d'un corps par avion, selon la législation du pays d'accueil ou de la compagnie aérienne (dans ce cas, il faut faire un soin de conservation en "six points" pour des règles de sécurité et d'hygiène)
  • En cas de salon de présentation permanent dans un funérarium.
  • Si le défunt reste à son domicile jusqu'aux funérailles. 

Combien ça coûte ?

Les prix d'un soin de conservation sont très variables selon les régions et les marges effectuées par les pompes funèbres. 

Législation : comment demander des soins de conservation ?

Le thanatopracteur est un sous-traitant des pompes funèbres. Lors d'un décès, la famille se rend aux pompes funèbres qui vont se charger de contacter un thanatopracteur. "En règle générale, le thanatopracteur réalise le soin de conservation entre 0 et 48 heures après le décès. Si le corps a eu besoin d'une autopsie, il faudra attendre que le procès verbal autorise les soins de conservation", explique notre interlocutrice. Les soins de conservation doivent faire l'objet d'une déclaration de demande de soins auprès du maire de la commune. Un certificat de décès prouvant que la personne est bien décédée ainsi qu'un papier qui s'intitule "le pourvoir aux funérailles" signé par la personne qui est autorisée à organiser les obsèques sont également nécessaires pour réaliser un soin. 

Merci à Audrey Chamel, thanatopractrice.

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