Thanatopracteur : c'est quoi, que fait-il, comment le devenir ?

Sous-traitant des pompes funèbres, le thanatopracteur s'occupe de préserver le corps du défunt en lui faisant des soins de conservation. En quoi ça consiste concrètement ? Diplôme, concours, formation... Comment devenir thanatopracteur ? Quel est son salaire ? Découverte avec Audrey Chamel, thanatopractrice.

Thanatopracteur : c'est quoi, que fait-il, comment le devenir ?
© Elnur - 123RF

Un thanatopracteur, c'est quoi ?

Un thanatopracteur est une personne qui intervient sur le corps d'un défunt, à la demande des familles, pour lui faire des soins de conservations (ou "soins de thanatopraxie"). Ces soins permettent de ralentir la putréfaction naturelle et de mieux préserver le corps. Ils doivent faire l'objet d'une déclaration de demande de soins auprès du maire de la commune. Sont nécessaires avant de faire un soin : un certificat de décès prouvant que la personne est bien décédée ainsi qu'un papier qui s'intitule "le pourvoir aux funérailles" signé par la personne autorisée à organiser les obsèques.

Métier, rôle : que fait un thanatopracteur ?

Le thanatopracteur est sollicité par la pompe funèbre pour réaliser un soin de conservation dans un laboratoire doté d'une ventilation. Il est différent d'un soin de présentation, lui effectué avant la levée du corps et la mise en bière (toilette mortuaire...). Le soin de conservation est un acte post-mortem qui consiste à remplacer le sang d'un défunt par un produit à base de formol, un liquide conservateur et antiseptique. Ensuite, le thanatopracteur procède à l'habillage, au rasage si nécessaire et au maquillage du défunt. Enfin, il réalise la mise en salon où il place le corps sur une table de présentation, elle-même installée dans un salon funéraire.

Où exerce le thanatopracteur ?

Le thanatopracteur peut être soit employé d'une entreprise de thanatopraxie, qui est un sous-traitant des pompes funèbres, soit exercer à son compte. Pour réaliser un soin, le thanatopracteur exerce soit dans un funérarium, soit dans un dépôt mortuaire (une morgue). Dans certains cas et selon certaines conditions, le soin peut également se faire à domicile. 

C'est un métier très éprouvant psychologiquement et physiquement.

Qualités et compétences pour faire ce métier

Pour être thanatopracteur, il faut une certaine stabilité émotionnelle et psychologique. En effet, exercer ce métier est aussi bien éprouvant psychologiquement (il faut garder son sang-froid, être capable d'être en présence d'un mort pendant plusieurs heures, avoir de la distance pour pouvoir s'occuper de corps d'enfants décédés, de personnes atteintes d'un cancer ou de femmes victimes de viols...) que physiquement (il faut porter et manipuler les défunts qui sont plus ou moins lourds). "Nous sommes en général seul dans le laboratoire, mais si jamais on a besoin de se faire aider pour porter et déplacer un corps, on peut demander l'aide de conseillers funéraires présents au funérarium ou à la morgue, précise notre interlocutrice. C'est un métier effectivement très difficile d'un point de vue psychologique, même si pour moi être médecin ou aide-soignant est beaucoup plus difficile moralement car ils ont connu la personne de son vivant. En revanche, le métier de thanatopracteur est un peu plus dénué d'affect."

"Par ailleurs, être exposé au formol (produit classé CMR : cancérogène, mutagène et reprotoxique) toute la journée peut avoir des conséquences au niveau respiratoire", tient à préciser la thanatopractrice. C'est une substance très irritante pour les muqueuses nasales, mais aussi la peau, la gorge ou les yeux. Voilà pourquoi il est important d'être très rigoureux, d'avoir de bonnes connaissances en toxicité et de porter un masque et des lunettes de protection. "Il s'agit également d'un métier basé sur l'imprévu donc on peut nous appeler à n'importe quel moment, en semaine comme le weekend, et il faut se montrer disponible et réactif. On peut également être d'astreinte les dimanches et les jours fériés, donc ça a forcément un impact sur la vie de famille. Enfin, c'est un métier qui exige une grande humilité : on travaille souvent dans l'ombre et nous sommes peu en contact avec les familles, sauf lorsqu'on travaille à domicile", détaille Audrey Chamel. 

Profil-type

Il faut avoir une très grande envie d'aider les familles qui traversent un moment douloureux.

"C'est une véritable vocation et on ne fait pas ce métier pour gagner plein d'argent. Il faut avoir une très grande envie d'aider les familles qui traversent un moment douloureux", soutient Audrey Chamel. Il n'y a pas vraiment de profil-type, mais "les thanatopracteurs que j'ai pu rencontrés étaient souvent d'anciens aide-soignants qui se sont reconvertis ou des personnes qui travaillaient déjà dans le milieu funéraire. Parfois, ce sont des personnes qui ont eu un déclic et qui ont voulu travailler dans ce milieu. Personnellement, j'ai eu envie de travailler avec des personnes décédées depuis que je suis en 6e, sans trop pouvoir l'expliquer". 

Formation, diplôme, concours, école : comment devenir thanatopracteur ?

Pour devenir thanatopracteur, il faut passer un examen d'entrée à un centre de formation. "Il ne s'agit pas d'un examen de type concours, mais plutôt d'un entretien qui se fait avec le directeur de l'établissement qui nous pose des questions par rapport au deuil, notre état psychologique...", détaille notre experte. A noter qu'il ne faut pas obligatoirement le baccalauréat (néanmoins, certains centres de formation l'exigent) et qu'il n'y a pas d'année en commun avec la faculté de médecine. Cette formation se déroule dans un centre de formation. En France, il y a deux universités de médecine qui proposent une branche thanatopraxie, mais il n'y a pas de tronc commun avec les études de médecine. 

La formation se compose :

  • D'une partie théorique : la formation compte entre 400 à 600 heures de théorie (dont de la médecine légale, de la thanatopraxie, de la comptabilité, du droit funéraire, de la médecine et de la science du corps humain...). Les cours sont dispensés par des intervenants et des professionnels de santé (médecins légistes, ostéopathes...) La théorie est validée par un concours. 
  • D'une partie pratique : la formation exige de faire un stage en entreprise avec un thanatopracteur pendant lequel l'étudiant doit faire au minimum 100 soins. Seuls sont admis en formation pratique, les candidats qui ont été reçus aux épreuves théoriques.

A la fin du stage, le maître de stage envoie une lettre au comité national de thanatopraxie. S'il est admissible, le candidat est ensuite convoqué et doit réaliser un soin de thanatopraxie devant un jury (le comité national d'évaluation de la formation pratique). Le jury envoie sa réponse au Ministère de la Santé. Si la réponse est favorable, il est publié au Journal Officiel. Seule cette publication donne le droit à un thanatopracteur d'exercer son métier. "Il faut entre un an et demi et deux ans pour être formé. Il n'y a pas de diplôme à proprement parler (on ne parle pas de DIU ou de BTS), mais une publication au Journal Officiel spécifique au métier de thanatopracteur, qui est reconnue par le Ministère de la Santé et donc l'Etat", assure Audrey Chamel.

Salaire : combien peut gagner un thanatopracteur ?

Ça dépend de plusieurs paramètres. "Le thanatopracteur qui travaille en entreprise peut avoir un contrat de 35 heures par semaine ou un "contrat cadre", Dans les deux cas, le thanatopracteur a un salaire fixe : environ 1 600 euros (+ 200 euros de paniers-repas) par mois. Dans le cas d'un contrat-cadre, les heures supplémentaires ne sont pas payées. En revanche, dans les deux cas, il peut bénéficier d'une prime de soins en fonction du nombre de soins réalisés ou une prime d'astreinte. Un thanatopracteur à son compte peut prétendre à un salaire à plus de 2 000 euros les "gros" mois et à un 1 300 euros les "petits" mois", conclut-elle. 

Merci à Audrey Chamel, thanatopractrice.

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