Vaccin ARN et cancer : un espoir de traitement pour les plus agressifs

La technologie de l'ARN messager (ARNm) a été mise en lumière par l'épidémie de Covid. Outre la lutte contre cette maladie, elle pourrait aussi activer le traitement de cancers, même agressifs, et empêcher leur prolifération. Explications avec Palma Rocchi, Directrice de recherche à l'Inserm.

Vaccin ARN et cancer : un espoir de traitement pour les plus agressifs
© 123rf- naumoid

L'ARN messager (ARNm) été découvert par le grand public avec l'épidémie de Covid. Capable de contrer la pénétration du virus Sars-Cov-2 dans l'organisme, il pourrait aussi empêcher la prolifération des tumeurs cancéreuses. La société allemande BioNTech, co-créatrice du vaccin Comirnaty® du Covid avec Pfizer, a lancé le 18 juin 2021 la phase II de son essai clinique portant sur le traitement du mélanome par l'ARN. Quelle action ? Comment l'ARN peut-il freiner la croissance d'une tumeur ? Quels effets secondaires possibles ? Et sur quel cancer ça peut marcher ? Explications avec Palma Rocchi, Directrice de recherche à l'Inserm.

Le Journal des Femmes : On parle de plus en plus de vaccin à ARN contre le cancer, est-ce vraiment nouveau ?

Palma Rocchi, Directrice de recherche à l'Inserm. © Journal Des Femmes

Palma Rocchi : C'est dans le domaine de la lutte contre le cancer que l'on dispose du plus grand recul sur les vaccins ARNm. Cela fait déjà une vingtaine d'années que les gens travaillent sur la vaccination avec l'ARN messager dans le cancer mais la technologie a été mise en lumière avec le Covid, ce qui va inciter les pouvoirs publics et les Big Pharma à investir dans la technologie. C'est actuellement administré à des gens dans le cadre d'essai clinique mais il n'y a pas encore d'Autorisation de Mise sur le Marché (AMM). Cela représente un espoir important pour les traitements anti cancer car c'est une technologie particulièrement intéressante pour faire avancer la prise en charge de cette maladie.

Le Journal des Femmes : S'agit-il vraiment d'un "vaccin" contre le cancer ?

Palma Rocchi : L'objectif est de concevoir une immunothérapie anti-cancéreuse dans laquelle l'ARN messager est le médicament. Ces vaccins sont à visée thérapeutique et non prophylactiques car ils ne visent pas à prévenir mais à soigner.

"Ces vaccins ne visent pas à prévenir mais à soigner"

On parle plus d'immunothérapie que de vaccination à proprement dit. En général, c'est associé à des traitements conventionnels comme la radiothérapie, la chimiothérapie quand le patient est détecté avec un cancer soit pour activer le traitement et éviter que le cancer prolifère soit pour empêcher la rechute. Ce n'est pas un vaccin au sens préventif. Vacciner la population entière sans savoir la susceptibilité et vacciner contre tous les cancers paraît utopique. La vaccination, c'est plus à visée prophylactique dans une maladie épidémique comme le Covid parce qu'on va traiter la population pour la protéger de l'infection sachant que tout le monde a la même probabilité de la contracter. Dans le cas du cancer, tout le monde n'a pas la même probabilité.

Le Journal des Femmes : Comment ça marche ?

Palma Rocchi : L'ARNm code pour des protéines antigéniques associées aux tumeurs qui sont libérées dans le sang ou à la surface des cellules. L'objectif est de stimuler son système immunitaire (lymphocytes T cytotoxiques) afin de freiner ou éliminer les cellules cancéreuses. Le premier essai clinique réalisé chez des patients ayant un cancer de la prostate a été réalisé en 2002 par l'injection de cellules dendritiques dans lequel on a introduit l'ARNm codant pour le PSA. En 2008, le deuxième essai clinique a été réalisé chez des patients ayant un mélanome. Depuis, plusieurs équipes travaillent sur de nouvelles approches. Avec l'essor de la médecine personnalisée, il sera bientôt possible de prendre des biopsies des tumeurs, de séquencer le génome du patient pour identifier ses mutations spécifiques afin de pouvoir synthétiser un ou plusieurs ARNm (cocktail) administrés au patient dans le but d'activer la réponse immunitaire du patient.

"L'ARN messager ne va pas rester définitivement dans la cellule"

Le Journal des Femmes :  Comment l'ARN est-il administré chez ces patients ? Dans le bras ?

Palma Rocchi : De nombreuses voies d'administration ont été évaluées : intradermique, intramusculaire, sous-cutanée, intraveineuse et même intranasale. Il a été montré que la production de l'antigène est plus forte et plus longue après l'injection intramusculaire ou intradermique. Cet ARN est souvent administré préalablement dans les cellules dendritiques du patient qui sont ses cellules immunitaires.

Le Journal des Femmes : Est-ce que l'ARN pourrait être utilisé pour tous les cancers ?

Palma Rocchi : Oui. Aujourd'hui, le vaccin le plus avancé est le vaccin contre le mélanome mais d'autres sont étudiés comme le cancer de la prostate, du poumon, du rein, du pancréas, de l'ovaire, du côlon et les tumeurs cérébrales.

Le Journal des Femmes : Quels sont les effets secondaires ?

Palma Rocchi : Il peut y avoir très rarement une réaction pseudo-allergique provoquée par la nanoparticule lipidique. Concernant la génotoxicité de l'ARNm, rien n'a jamais été démontré. L'ARN messager a une durée de vie de quelques heures, ce n'est pas une molécule qui va rester définitivement dans la cellule. Par ailleurs, si c'était le cas, ce serait pareil pour notre propre ARNm. Notre corps fabrique beaucoup d'ARNm qui ne va jamais s'intégrer dans le génome ! Il n'y a donc pas de raison que l'ARNm du vaccin le fasse.

Merci à Palma Rocchi, Directrice de recherche à l'Inserm.