Myopathie : symptômes, traitements, espérance de vie

Les myopathies sont des maladies liées à des désordres de fonctionnement des muscles, le plus souvent d'origine génétique. Définition, symptômes, traitement... Le point avec le Professeur Bertrand Fontaine, neurologue spécialiste des myopathies.

Myopathie : symptômes, traitements, espérance de vie
© Olena Yakobchuk - 123RF

Définition : qu'est-ce qu'une myopathie ?

La myopathie est un terme générique désignant les maladies dont le point commun est d'être liées à des désordres de fonctionnement du muscle. De différentes origines, elles sont le plus souvent constitutionnelles et génétiques mais peuvent être aussi d'ordre métabolique ou encore liées à une agression du muscle causant une inflammation. "Selon ce qui est touché, explique le Pr Fontaine, neurologue et directeur par intérim du Centre de recherche en myologie., la myopathie sera réversible ou non". Elles peuvent apparaître dès l'enfance ou plus tardivement, chez l'adulte.

La plupart des myopathies sont d'ordre génétique

Causes des myopathies

  • La plupart des myopathies sont d'ordre génétique et causées par une modification d'un composant du muscle - ce de diverses manières qui seront détaillées plus bas. Elles peuvent être également causées par des facteurs inflammatoires, toxiques, infectieux, ou encore endocriniens :
  • Les myopathies métaboliques se distinguent des myopathie d'origine génétique par l'absence de défaut génétique des fibres musculaire. Dans ces pathologies, les muscles sont normaux mais il leur manque des substances indispensables à leur fonctionnement. Dans la plupart de ces maladies, les difficultés apparaissent lors de l'exercice physique avec des douleurs au premier plan.
  • Les paralysies périodiques sont un cas à part où les muscles dysfonctionnent en raison  d'un manque ou d'un excès de potassium. Elles se manifestent par des faiblesses intenses, surtout après un exercice, dès l'enfance.
  • Les myopathies endocriniennes les plus fréquentes sont liées soit à un problème thyroïdien (excès ou défaut d'hormone thyroïdienne), soit à problème du cortisol.
  • Les myopathies toxiques les plus fréquentes sont celles liées à la consommation d'alcool ou de stupéfiants. Certains médicaments peuvent également être en cause.
  • Les myopathies inflammatoires (polymyosite, dermatomyosite, etc…) ou infectieuses (virales, parasitaires) sont rares.

Types de myopathies génétiques

Myopathie de Duchenne

La myopathie de Duchenne est la myopathie est la plus fréquente : elle affecte près de 2500 personnes en France et touche à 99,9% des garçons. C'est aussi la dystrophie musculaire la plus répandue. Elle est liée à une mutation de la dystrophine, une protéine normalement présente sous la membrane cellulaire de toutes les fibres musculaires (lisse, strié, ou cardiaque). Elle est codée par le gène DMD, situé sur le chromosome X humain. Dans le cas de la myopathie de Duchenne, la dystrophine fait entièrement défaut. "En l'absence de dystrophine, cela entraîne des phénomènes de cisaillement du muscle", explique le Pr. Fontaine. "Cela entraîne une souffrance et une dégénérescence du muscle" poursuit-il. Dans sa forme la plus sévère, elle provoque une insuffisance respiratoire et une insuffisance cardiaque; en même temps qu'une paralysie des membres. La maladie de Duchenne se déclare dans les premières années de la vie, vers 2-4 ans.

Myopathie de Becker

Cette forme de myopathie est proche de la myopathie de Duchenne car elle est également due à une mutation de la dystrophine mais celle-ci n'est ici pas complètement détruite. "Cela induit un handicap moteur" explique le Pr Fontaine. Et de poursuivre "cela rend cette pathologie davantage compatible avec une survie prolongée" . Elle se déclare vers 11 ans et affecte majoritairement les hommes.

Dystrophie musculaire

Le terme de "dystrophie musculaire" est un terme générique qui regroupe les maladies liées à l'absence d'un constituant du muscle qui conduit à une dégradation et à une destruction progressive du muscle. L'évolution de la maladie sera différente d'un patient à l'autre même si la dystrophie se caractérise toujours par un affaiblissement musculaire.

Myopathie de Steinert

La dystrophie myotonique de Steinert est liée à une anomalie génétique sur le chromosome 19 qui entraîne une dysfonction des canaux ioniques. "Un canal ionique est une protéine qui permet des échanges entre sodium et potassium à l'intérieur de la cellule" expose le Pr Fontaine. "Ces échanges conduisent l'influx nerveux". Ainsi, lorsqu'il y a un dysfonctionnement de ces échanges, l'influx nerveux ne se transmet plus de manière homogène ce qui conduit soit à une paralysie lorsqu'il n'y a plus d'influx nerveux ou soit à des contractures musculaires lorsque l'influx nerveux est trop important. Le terme de "myotonie" désigne d'ailleurs des contraction musculaires anormales.

"Cette maladie touche le muscle mais aussi d'autres organes comme le système nerveux central, le cœur, le pancréas", explique le Pr Fontaine  Les symptômes seront donc très variés en fonction de la prédominance des atteintes et la gravité de la maladie est variable allant d'une gêne minime au handicap lourd, et peut se déclarer chez les nouveau-nés comme chez les adultes.

Myopathie facio-scapulo-humérale (ou myopathie de Landouzy-Dejerine)

La myopathie facio-scapulo-humérale est liée à une anomalie sur le chromosome 4 qui, comme la dystrophie myotonique de Steinert, entraîne le dysfonctionnement de certains gènes. Elle touche principalement les adultes et se transmet de manière dominante dans les familles. "La myopathie facio-scapulo-humérale touche essentiellement les muscles squelettiques et n'affecte pas le cœur" précise le Pr. Fontaine. Elle est responsable d'un handicap moteur.

Myopathie mitochondriale

Il existe différents types de myopathies mitochondriales qui sont des myopathies de type métabolique. "La mitochondrie, c'est l'usine de production de la cellule et notamment de la cellule musculaire" explique le Pr. Fontaine. Lorsqu'il y a une anomalie dans les gènes impliqués dans le fonctionnement de la mitochondrie, cela entraîne une dysfonctionnement du métabolisme. La myopathie mitochondriale se manifeste par une faiblesse progressive des membres

Myopathie congénitale

Les myopathies congénitales désignent un ensemble de maladies qui apparaissent le plus souvent dès la naissance. Elles sont liées à l'absence d'un composant du muscle mais "contrairement aux dystrophies, le muscle n'est pas lésé ce qui induit un espoir en termes de guérison", précise le Pr. Fontaine. Les myopathies congénitales sont divisées en plusieurs catégories, en fonction de leur localisation dans les fibres musculaires et le gène en cause.

Myopathie atypique

Ce terme désigne simplement une myopathie qui a des caractéristiques un peu différentes de celles décrites par la théorie.

Symptômes d'une myopathie

Chez l'enfant

La myopathie se manifeste chez l'enfant par des anomalies ou des retards dans le développement moteur ;

  • Des difficultés à tenir la tête ou le tronc chez le jeune enfant
  • Un retard d'acquisition de la marche
  • Des difficultés à courir

Chez l'adulte

Les symptômes de la myopathie sont :

  • Une faiblesse motrice et des difficultés à effectuer des gestes de la vie quotidienne
  • Des difficultés à la course, à la marche
  • Des chutes
  • Une fatigabilité importante 

Personnes à risque

Les enfants dont au moins un des parents est porteur d'une anomalie génétique sont potentiellement à risque. Il existe aujourd'hui des consultations de conseils génétiques pour les couples dont l'un des parents est porteur d'un gène défaillant. Des tests peuvent être réalisés à partir du moment où un premier cas a été diagnostiqué dans la fratrie. "Mais à chaque fois qu'il y a fécondation, il peut y avoir des transformations qui conduisent à des anomalies génétiques qui vont créer une maladie", précise le Dr Fontaine. De fait, s'il existe des facteurs de transmission génétique, la myopathie peut survenir dans n'importe quelle famille

Myopathie et créatine phosphokinase (ou CPK)           

Les créatines phosphokinases sont des enzymes musculaires contenues à l'intérieur des muscles et assurent leur bon fonctionnement. En cas de souffrance des muscles, ces enzymes sont libérées dans le sang. "Elles sont le témoin d'une souffrance musculaire" explique le Pr Fontaine. Les créatines phosphokinases sont augmentées dans les dystrophies musculaires progressives et dans certaines dystrophies musculaires congénitales. Leur dosage est une examen de dépistage en pédiatrie. Les mères porteuses saines de maladie de Duchenne ont souvent des CPK modérément augmentées. Néanmoins, l'élévation des CPK n'est cependant pas synonyme de maladie, un effort musculaire intense ou un traumatisme peuvent parfois suffire à en augmenter la quantité. 

Diagnostic de la myopathie

"Il existe des centres maladies rares en France" souhaite informer le Pr Fontaine. "Ils sont spécialisés dans les maladies neuromusculaires et il faut passer par ces centres afin d'avoir un diagnostic d'experts qui repose à la fois sur l'histoire de la maladie et sur un certains nombres d'examens" Les différents examens permettant de diagnostiquer la myopathie sont ;

  • L'électromyogramme (ou EMG)
  • Des biopsies musculaires
  • Des examens génétiques permettant de mettre en évidence une éventuelle anomalie.

Traitement : peut-on soigner une myopathie ?

"Ce qui est très nouveau, c'est l'avènement de la thérapie génique", se réjouit le Pr Fontaine : des essais thérapeutiques prometteurs, en phase d'essai clinique, sont en cours notamment pour la myopathie de Duchenne. Cependant, aujourd'hui, les traitements servent essentiellement à retarder l'avancée de la maladie. Par exemple, les corticothérapies permettent de limiter l'inflammation du muscle en cas de dystrophie. Des immunosuppresseurs peuvent être prescrits en cas d'atteinte auto-immune, une substitution enzymatique en cas de myopathie métabolique, ou traitement de la cause en cas de pathologie thyroïdienne ou d'alcoolisme.

La prise en charge des myopathies est pluridisciplinaire

La prise en charge des myopathies est pluridisciplinaire et fait appel à différents professionnels de santé dont l'action est définie par des plans de traitement :

  • Pneumologues
  • Cardiologues
  • Kinésithérapeutes afin de maintenir les amplitudes articulaires, travailler le souplesse, retarder la déminéralisation osseuse et pratiquer de la rééducation en kinésithérapie respiratoire.
  • Ergothérapeutes afin de trouver des dispositifs pour améliorer la vie quotidienne
  • Orthopédistes
  • Orthophonistes en cas de troubles de la déglutition par exemple.

Par ailleurs, la vaccination contre la grippe et pneumocoque est particulièrement importante afin d'éviter les complications respiratoires fréquentes et particulièrement délétères en cas d'infection pulmonaire chez les malades.

Espérance de vie et évolution

L'espérance de vie et l'évolution de la maladie sont très variables en fonction du type de myopathie, des atteintes, du patient et de sa prise en charge. Il est ainsi impossible de faire des prédictions sur la manière dont va évoluer la maladie et sur la durée de vie du patient. 

Merci au Professeur Bertrand Fontaine, neurologue et directeur par intérim du Centre de recherche en myologie.

Myopathie : symptômes, traitements, espérance de vie
Myopathie : symptômes, traitements, espérance de vie

Sommaire Définition Causes Types de myopathies génétiques • Myopathie de Duchenne • Myopathie de Becker • Dystrophie musculaire • Myopathie de Steinert • Myopathie facio-scapulo-humérale • Myopathie mitochondriale ...