Les signes de l'insuffisance cardiaque (gauche, droite)

En cas d'insuffisance cardiaque, le cœur n'arrive plus à pomper assez de sang pour apporter suffisamment d'oxygène au corps. Elle est responsable d'un décès toutes les 7 minutes en France. Quels sont ses symptômes ? Combien de temps peut-on vivre avec ? Quels traitements ? Réponses avec le Dr Stéphane Boulé, cardiologue.

Les signes de l'insuffisance cardiaque (gauche, droite)
© 123RF- obencem

Définition

L'insuffisance cardiaque est une incapacité du cœur à pomper une quantité de sang suffisante pour assurer un débit sanguin satisfaisant au niveau de l'ensemble du corps. Dans l'insuffisance cardiaque dont l'évolution est chronique et progressive, le sang circule moins bien et a tendance à stagner. L'insuffisance cardiaque peut ne toucher qu'une partie du cœur, ou l'ensemble de celui-ci : on parle d'insuffisance cardiaque gauche ou droite, ou d'insuffisance cardiaque globale. En fonction de la partie touchée, les symptômes changent légèrement, mais l'évolution d'une insuffisance cardiaque se fait le plus souvent vers une atteinte globale.

Insuffisance cardiaque gauche

L'insuffisance cardiaque gauche est l'incapacité du ventricule gauche à apporter un débit sanguin suffisant pour remplir les besoins de l'organisme. Elle se caractérise par des difficultés respiratoires avec une accumulation de fluides dans les poumons.

Insuffisance cardiaque droite

L'insuffisance cardiaque droite se définit par une faiblesse du ventricule droit qui peine à pomper le sang et se traduit par l'accumulation de liquide dans les jambes et les chevilles, un gonflement du ventre, des sensations de lourdeur et des problèmes digestifs et hépatiques.

Symptômes : essoufflement, prise de poids, oedème

  • L'essoufflement est le premier signe de l'insuffisance cardiaque. Généralement, la maladie se manifeste par une difficulté à respirer liée à l'engorgement de sang dans les poumons, ressentie comme un simple inconfort respiratoire. Ensuite, un véritable essoufflement à l'effort arrive et peut s'aggraver en se manifestant même au repos.
  • La fatigue est le deuxième signe de l'insuffisance cardiaque. Elle est ressentie même pour un petit effort.
  • Le gonflement de certaines parties du corps (foie, veines du cou, jambes) est le troisième signe alarmant, responsable d'une prise de poids rapide et inhabituelle (de l'ordre d'un kilo par jour).
  • D'autres signes peuvent alerter, comme la toux, des palpitations, une baisse de tension, ainsi que des troubles digestifs.

L'insuffisance cardiaque est responsable d'un décès toutes les 7 minutes en France, soit 70 000 décès par an. "Un acronyme permet de se rappeler des symptômes. C'est EPOF : Essoufflement, Prise de Poids, Œdèmes, Fatigue", liste le Dr Stéphane Boulé, cardiologue spécialisé dans la prise en charge des anomalies du rythme cardiaque et membre de la Fédération Française de Cardiologie.

Causes

L'insuffisance cardiaque peut se révéler à tous les âges de la vie. Certaines personnes sont plus à risque que d'autres, comme par exemple celles qui présentent une maladie des artères coronaires ou des troubles du rythme cardiaque, celles qui sont nées avec une malformation cardiaque congénitale ou atteintes d'une maladie chronique pulmonaire. 

Les principales causes d'insuffisance cardiaque sont : l'infarctus du myocarde, l'hypertension artérielle, les atteintes des valves cardiaques, et certains troubles du rythme cardiaque (notamment la fibrillation atriale) . Des causes génétiques (héréditaires), infectieuses (myocardites) et toxiques (consommation d'alcool) sont également fréquentes.

Diagnostic

Le diagnostic de l'insuffisance cardiaque est suspecté d'une part sur l'interrogatoire et le recueil des différentes pathologies rencontrées par le patient au cours de sa vie et d'autre part sur l'examen clinique permettant de retrouver ces différents signes. Le diagnostic est confirmé grâce à de nombreux examens qui ont également un rôle dans la recherche de la cause de la maladie : l'électrocardiogramme, la radiographie du poumon, les examens biologiques, mais surtout l'échographie doppler du cœur sont pratiqués selon la cause suspectée.

"Pour être efficace, le traitement doit être scrupuleusement respecté"

Traitements

Pour traiter l'insuffisance cardiaque, on va s'intéresser à corriger ses facteurs favorisants ou déclenchants : la maladie causale doit être prise en charge de façon optimale pour tenter de ralentir l'évolution de l'insuffisance cardiaque. On procédera ensuite au traitement spécifique de l'insuffisance cardiaque. Celui-ci est classiquement divisé en quatre grandes classes.

Une bonne hygiène de vie

Dans un premier temps, il est important de respecter certaines règles d'hygiène de vie. "Pour éviter la survenue de signes de rétention d'eau, il est conseillé de suivre un régime pauvre en sel ; il est également recommandé de pratiquer une activité physique quotidienne", recommande Stéphane Boulé, cardiologue spécialisé dans la prise en charge des anomalies du rythme cardiaque et membre de la Fédération Française de Cardiologie. De plus, le poids doit être surveillé régulièrement.

Des médicaments

Le traitement repose également sur des médicaments. Le Dr Stéphane Boulé détaille ceux qui sont classiquement prescrits : les inhibiteurs de l'enzyme de conversion (IEC) et Antagonistes des récepteurs de l'angiotensine 2 (ARA 2), les inhibiteurs du récepteur de la néprilysine (sacubitril/valsartan), médicaments plus récents permettant de réduire les hospitalisations et d'augmenter la durée de vie, les béta-bloquants, l'anti-aldostérone et les médicaments diurétiques. "Pour être efficace, le traitement doit être scrupuleusement respecté et l'observance parfaite. Les médicaments sont à prendre régulièrement et sans oubli" détaille le Dr Boulé.

La pose d'un défibrillateur

Par ailleurs, des traitements dits " électriques " peuvent également être utilisés dans certains cas. "Le défibrillateur automatique implantable (DAI) est indiqué quand la force du cœur reste basse en dépit du traitement de la cause de l'insuffisance cardiaque et d'un traitement médical optimal : il s'agit alors d'une situation à risque de mort subite, liée à des troubles du rythme cardiaques graves (troubles du rythme " ventriculaires "), de survenue brutale et imprévisible", détaille le Dr Boulé. Avant d'expliquer : "Il peut donc être envisagé l'implantation d'un défibrillateur pour éviter la survenue d'une mort subite. Il s'agit d'un petit boitier mis en place sous la peau, relié à une sonde surveillant en permanence le rythme cardiaque." En cas de survenue d'un emballement grave du cœur, l'appareil restaure automatiquement le rythme cardiaque normal, et évite ainsi la survenue d'un décès subit.

Par ailleurs, le gilet défibrillateur (LifeVest) s'impose si le risque de mort subite est transitoire. Dans ce cas, un gilet défibrillateur est mis en place pendant quelques semaines, le temps d'attendre la récupération de la force du cœur et de juger de la nécessité ou non d'implanter un DAI.

La resynchronisation cardiaque

C'est un traitement permettant aux deux ventricules de se contracter de façon simultanée, et d'améliorer ainsi le débit cardiaque. Il est généralement couplé à l'implantation d'un défibrillateur. Enfin, la fibrillation atriale est un trouble du rythme cardiaque très souvent associé à l'insuffisance cardiaque, et augmente la mortalité dans ce contexte. Les courts-circuits électriques responsables de cette arythmie peuvent dans certains cas être détruits au moyen d'un cathéter introduit par le pli de l'aine. Une grande étude (CASTLE-AF) a récemment démontré le bénéfice de ce traitement chez certains patients souffrant d'insuffisance cardiaque.

L'assistance circulatoire

Un quatrième traitement existe. Il s'agit de l'assistance circulatoire. L'assistance circulatoire désigne un appareil implanté permettant de suppléer, en partie ou en totalité, à la fonction du cœur défaillant. "Elle est indiquée dans trois cas de figure : de façon transitoire en attendant que la force du cœur récupère (par exemple en cas de myocardite, infection virale du cœur), en attendant une transplantation cardiaque (du fait du manque de donneurs, les délais d'attente sur liste de transplantation cardiaque peuvent être longs), ou enfin au long cours (quand une transplantation n'est pas possible)", explique le spécialiste.

La transplantation cardiaque

La transplantation cardiaque est envisagée en cas d'insuffisance cardiaque grave et irréversible. Cependant, le recours à la greffe cardiaque est limité par la disponibilité des greffons. Environ 450 transplantations cardiaques sont effectuées chaque année en France.

Merci au Dr Stéphane Boulé, cardiologue spécialisé dans la prise en charge des anomalies du rythme cardiaque et membre de la Fédération Française de Cardiologie.

Les signes de l'insuffisance cardiaque (gauche, droite)
Les signes de l'insuffisance cardiaque (gauche, droite)

Sommaire Définition • Insuffisance cardiaque gauche • Insuffisance cardiaque droite Symptômes Causes Diagnostic Traitements • Hygiène de vie • Médicaments • Défibrillateur • Resynchronisation cardiaque ...