Qu'est-ce que l'épilepsie et comment reconnaître une crise ?

L'épilepsie est une affection neurologique qui touche environ 450 000 personnes en France. Les manifestations de cette maladie sont très variées. Définition, causes d'une crise, symptômes, traitements et médicaments... Le point sur l'épilepsie avec le Dr Alexandre Morin, neurologue.

Qu'est-ce que l'épilepsie et comment reconnaître une crise ?
© Viacheslav Iakobchuk - 123RF

Définition : qu'est-ce que l'épilepsie ?

L'épilepsie correspond à une maladie neurologique qui peut prendre plusieurs formes et qui survient par crises. L'épilepsie est due à l'activation brutale d'un grand nombre de neurones. "Elle peut s'apparenter à une décharge électrique qui court-circuite une région cérébrale et peut s'étendre à l'ensemble du cerveau", explique d'emblée le Dr Alexandre Morin, neurologue à la Pitié-Salpêtrière (Paris).

Symptômes et causes selon les types d'épilepsie

Epilepsie temporale

L'épilepsie temporale correspond à la forme d'épilepsie la plus fréquente puisqu'elle représente environ 25 à 30% des cas d'épilepsie. Cette pathologie neurologique affecte l'hippocampe situé dans le lobe temporal du cerveau. L'atteinte neuronale engendre une perte progressive du contact avec la réalité et les crises répétées peuvent altérer la mémoire du sujet. Les manifestations psychiques peuvent être des illusions de déjà-vu fréquentes ou, au contraire, de jamais-vu (un endroit ou un objet connu n'est pas identifié comme tel).

Epilepsie partielle frontale

Lorsque l'épilepsie reste localisée dans la région frontale (zone cérébrale située dans le lobe frontal et impliquée dans le langage, la motricité, les comportements), les symptômes sont les suivants :

C'est ce qu'on appelle l'épilepsie partielle frontale.

De par la grande diversité des zones du cerveau touchées et des types d'anomalies rencontrées, les manifestations cliniques varient. Des "absences", suspension brusque et fugace de la conscience, peuvent survenir, "mais plutôt chez l'enfant. Elles durent en générale une minute", précise le neurologue. Dans ses formes généralisées, l'épilepsie peut engendrer des symptômes plus spectaculaires :

  • convulsions du corps,
  • yeux révulsés,
  • perte de salive,
  • perte de connaissance plus ou moins prolongée qui peut dans des cas rares mener au coma.

Epilepsie symptomatique

L'épilepsie symptomatique est due à des lésions cérébrales. "Toute lésion au cerveau peut générer une épilepsie ; l'épilepsie est alors secondaire à cette lésion", ajoute le spécialiste.  Quand l'épilepsie n'est pas liée à une lésion cérébrale, on parle d'épilepsie idiopathique (ou cryptogénétique). "On observe plutôt cela chez l'enfant ou l'adulte jeune, notamment atteint de maladie génétique. Chez l'adulte, la maladie est le plus souvent secondaire à une lésion", poursuit-il. 

Epilepsie nocturne

L'épilepsie nocturne survient quant à elle pendant le sommeil. "Dans l'épilepsie, le court-circuit intervient en fonction des rythmes du cerveau ; or, pendant le sommeil, les neurones se synchronisent de manière très différente. Cela peut générer une crise", explique le neurologue.

Diagnostic : prise de sang, IRM ou EEG ?

Le diagnostic repose sur un interrogatoire (avec un témoin, si possible) et des examens cliniques. Un électroencéphalogramme (EEG) permet de mesurer l'activité électrique du cerveau et de visualiser et localiser les décharges électriques. Une IRM cérébral et une prise de sang peuvent être prescrites afin de trouver la cause de l'épilepsie : des tumeurs cérébrales, ou des anomalies métaboliques peuvent être à l'origine de la maladie.

La survenance d'une convulsion ou d'un raidissement musculaire, ne désigne pas nécessairement une épilepsie. Pour poser le diagnostic d'une épilepsie de façon certaine, il faut :

  • Procéder à un interrogatoire médical et réaliser un examen clinique,
  • Analyser les résultats d'un électroencéphalogramme (EEG)
  • Effectuer, si nécessaire, une IRM cérébrale (imagerie par résonance magnétique).

Crise d'épilepsie : la reconnaître et la comprendre

Les crises d'épilepsie se manifestent sous la forme des symptômes évoqués : tremblements, contractions musculaires, absences, perte de connaissance… "Le patient ne peut rien faire pour lutter, il n'est pas conscient de la situation. C'est pourquoi il doit éviter de se trouver dans des situations dangereuses (piscine, voiture…)", explique le Dr Morin. Il est nécessaire de consulter un médecin dès la première crise. "Le problème est qu'il faut un témoin car le patient lui ne s'en rappelle pas. Avant de consulter un neurologue, on peut en parler à son généraliste : parfois, il s'agit de simples malaises vagaux", tient à rassurer le neurologue. 

    Comment réagir en cas de crise ?

    En cas de crise, l'entourage ne doit pas tenter d'empêcher la personne de convulser, et encore moins de placer un objet dans sa bouche pour éviter qu'elle n'avale sa langue. "Ceci est inefficace et très risqué. La force d'une personne en état de crise épileptique est décuplée ; on peut perdre ses doigts en les lui mettant dans la bouche". On peut en revanche tenter de placer la personne à l'écart et sécuriser l'environnement en plaçant les objets dangereux hors de portée (objets coupants, par exemple). "Il faut appeler le Samu et attendre", ajoute le Dr Morin.

    Traitements, médicaments : comment soigner l’épilepsie ?

    Médicaments

    Il existe de nombreux médicaments antiépileptiques qui visent à espacer les crises, voire les supprimer totalement. On estime que les médicaments antiépileptiques contrôlent les crises chez 70% des malades. Le médecin évalue sans cesse la molécule et la posologie adaptée à chaque patient, en fonction de la nature du syndrome épileptique et de son intensité. La monothérapie (prise d'un seul médicament) est généralement recommandée. Pour les cas les plus complexes, l'association de deux médicaments peut offrir une meilleure efficacité thérapeutique.

    Opération

    Une intervention chirurgicale peut être proposée. "Si une tumeur est à l'origine de l'épilepsie, on la retire. On peut aussi enlever la partie du cerveau qui produit ces décharges. Ces interventions ont lieu sur les formes résistantes aux autres traitements", préconise l'expert. 

    Traitement par stimulation électrique du nerf vague

    Le traitement par stimulation électrique fait partie de l'arsenal thérapeutique. Ce traitement consiste à stimuler électriquement le nerf pneumogastrique sur son trajet. Appelé aussi nerf vague, ce nerf crânien régule les fonctions végétatives (digestion, fréquence cardiaque). En pratique, il s'agit d'implanter un stimulateur électrique sous la clavicule gauche, et relié à des électrodes fixées sur le nerf. Cette intervention est réalisée sous anesthésie générale par un neurochirurgien, et réservé aux patients dont le traitement médicamenteux offre des résultats insuffisants.

    Prévenir l'épilepsie

    Afin d'éviter toute crise d'épilepsie chez un malade épileptique, le traitement doit être correctement pris, la fatigue doit être évitée, de même que l'alcool et les substances toxiques. Certains métiers ou activités ne sont pas indiqués pour des malades atteints d'épilepsie, et la conduite automobile peut être suspendue. 

    Merci au Dr Alexandre Morin, neurologue à la Pitié-Salpêtrière (Paris).

    Qu'est-ce que l'épilepsie et comment reconnaître une crise ?
    Qu'est-ce que l'épilepsie et comment reconnaître une crise ?

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