7 bébés nés sans mains ou avant-bras : ce que l'on sait

Sept bébés sont nés sans mains ou avant-bras dans le même secteur, dans l'Ain, en l'espace de 5 ans. Si la piste des pesticides est évoquée, rien ne confirme encore l'origine de ces malformations. Explications.

7 bébés nés sans mains ou avant-bras : ce que l'on sait
© Robert Przybysz - 123RF

[Mis à jour le 9/10/18] Entre 2009 et 2014, sept nourrissons sont nés sans bras ou sans mains dans le même périmètre : un secteur de 17 km² autour du village de Druillat dans l'Ain. C'est ce qu'indique le rapport (publié le 25 juillet 2018) du registre des Malformations en Rhône-Alpes (REMERA) sur ces 7 cas d'"agénésies transverses des membres supérieurs", soit des bébés nés sans une partie des membres supérieurs (mains ou avant-bras), En avril 2014, d'autres parents ont rapporté d'autres cas d'agénésie des membres supérieurs. Trois enfants sont nés sans main ou avant-bras, en Loire-Atlantique entre 2007 et 2008 et trois autres en Bretagne, entre 2011 et 2013. Ces signalements ont été rendus publics ce jeudi 4 octobre dans un communiqué de Santé Publique France

Des malformations qui interrogent

Santé Publique France a essayé de chercher la cause de ces malformations, afin de déterminer "si cela est dû au hasard ou pas et identifier d'éventuelles expositions communes", est-il précisé dans son communiqué. Quelle est la procédure ? Ce protocole rigoureux consiste à s'assurer qu'il s'agit bien de cas identiques et qu'ils partagent tous la même définition clinique, puis à comparer la fréquence de la malformation étudiée à celle de l'ensemble du territoire pour vérifier s'il s'agit ou pas d'un excès de cas. Enfin, l'Agence interroge les mamans des cas signalés sur leurs habitudes de vie (prise de médicaments, exposition environnementale, alimentation, produits d'entretien utilisés...) pendant la grossesse, plus particulièrement lors du premier trimestre.

Qu'ont conclu les autorités sanitaires ?

Suite à l'investigation des 7 cas signalés dans l'Ain, "l'analyse statistique n'a ainsi pas permis de mettre en évidence un excès de cas par rapport à la moyenne nationale, et aucune exposition commune à la survenue de ces malformations n'a été identifiée", assure Santé Publique France. Pourtant, le nombre de malformations, comparé au nombre de naissances de la région, serait 58 fois plus élevé que la moyenne, selon le rapport du Registre des Malformations en Rhône-Alpes (REMERA) datant de juillet 2018. Par ailleurs, si le seul point commun était que ces mères vivaient en zone rurale, les causes liées à leur alimentation, leur éventuelle prise de médicaments ou la génétique ont été écartées. En ce qui concerne les cas rapportés en Loire-Atlantique et en Bretagne, l'investigation a quant à elle conclu à "un excès de cas", rapporte l'Agence nationale de santé publique, mais "aucune exposition commune n'a été identifiée pour les cas groupés de ces deux régions". L'origine de ces malformations congénitales reste donc à ce jour inconnue. 

La piste des pesticides à creuser...

"Lorsqu'une malformation ne concerne qu'un seul bras, on exclut la cause génétique et on se tourne vers une cause extérieure", indique Olivier Véran, médecin et député LREM dans un article du Parisien du 8 octobre 2018, bien que ce soit "très compliqué scientifiquement d'affirmer si [cette piste] est probable ou très probable". Alors, cette affaire met-elle le doigt sur un éventuel scandale sanitaire ? En tout cas, ces signalements groupés "illustrent l'émergence des maladies environnementales", selon Olivier Véran qui réclame, afin de creuser cette piste et d'assurer un suivi, une intervention sur site de la part d'équipes formées. C'est ce qu'espère également la directrice du REMERA, Emmanuelle Amar qui elle, est moins nuancée : "la probabilité que ça soit lié au hasard est plus qu'infinitésimale. On est face à un plausible scandale sanitaire", confie-t-elle à France Info ce 4 octobre 2018. Et d'évoquer l'hypothèse selon laquelle ces malformations seraient causées par l'exposition des mères à des pesticides ou autres produits phytosanitaires, pendant leur grossesse. La piste environnementale reste donc à creuser. D'autant que, d'après le député européen (EELV) Yannick Jadot, "toutes les familles qui ont été touchées par ces accusations vivent à côté des champs de maïs et de tournesol. Il y a un faisceau de présomptions qui me dit que ce sont les pesticides qui sont à l'origine de ces malformations", confie-t-il à l'antenne de RTL le 8 octobre, avant de demander également le lancement d'une étude épidémiologique.

Santé Publique France compte reprendre le dossier en main et assure surtout "maintenir une attention toute particulière à la survenue de nouveaux cas dans ces régions et dans le reste de la France" et "renforcer la surveillance des anomalies congénitales", notamment avec la constitution d'une fédération des 6 registres avec les données du Système National des Données de Santé. "Une réflexion est en cours sur la base de ce rapport avec la Direction Générale de la Santé", conclut-elle. 

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