Faire l'amour sans préservatif : quels risques exactement ?

Un rapport sexuel non protégé par le port d'un préservatif présente des risques pour les partenaires. Grossesse, MST (Sida, chlamydia, herpès, papillomavirus...)... Éclairage avec le Docteur Victor Soulier, chirurgien urologue.

Faire l'amour sans préservatif : quels risques exactement ?
©  Anton Estrada - 123RF

Homme ou femme, relation homosexuelle ou hétérosexuelle... Faire l'amour sans préservatif c'est risqué, surtout s'il ne s'agit pas d'une relation suivie avec un(e) partenaire unique. D'abord la femme peut tomber enceinte (surtout si elle n'a pas de contraception), ensuite le rapport sexuel peut transmettre des infections ou maladies sexuellement transmissibles (MST) comme la chlamydiose, l'herpès, le papillomavirus, le Sida... Le préservatif protège de ces risques. "C'est un dispositif mécanique, un contraceptif à usage unique aussi bien masculin que féminin, rappelle le docteur Victor Soulier, chirurgien urologue. Il a à la fois un rôle contraceptif et protège aussi des infections sexuellement transmissibles." 

Quels risques d'attraper le virus du Sida ?

En France, 50 000 à 100 000 personnes infectées par le virus du Sida (VIH) s'ignorent, donc ne sont pas traitées, et présentent un risque d'infecter d'autres personnes lors d'un rapport sexuel non protégé. Selon l'urologue ce risque "existe plus ou moins selon plusieurs facteurs".

S'il n'y a pas de préservatif, le risque d'attraper le Sida dépend : 

→ De la charge virale du partenaire infecté. "Même si la charge virale peut être faible, le risque de contamination existe et il faut se protéger avec un préservatif car c'est une maladie dont on ne guérit pas" avertit l'urologue. 
→ De la pratique sexuelle pratiquée. "Les risques d'infection sans préservatif varient selon la pratique réalisée. Selon plusieurs études menées sur des centaines de milliers de personnes atteintes de Sida (ayant plus ou moins de charges virales et qui sont traitées avec des antiviraux ou non traitées ndlr), la pratique anale passive est la plus à risque de transmettre le virus (1 à 2% de risque) car elle peut provoquer des blessures. C'est ensuite la relation anale active (0,1 à 2% de risque), la relation vaginale passive (0,1%) et la pratique vaginale active (0,05%) et enfin avec une pratique buccale (fellation, cunnilingus)". Le médecin rappelle néanmoins que si la charge virale est très élevée ou que le rapport a lieu avec une personne non traitée ou qui ne sait pas qu'elle est malade, ces pourcentages sont "bien plus importants." 
→  De la durée du rapport sexuel. Plus il est long, plus le risque d'infection est important.

Chez deux partenaires atteints du VIH : il y a aussi un risque de transmission si le rapport n'est pas protégé car "il existe deux types de VIH, celui de type 1 et celui de type 2, donc il faut se protéger pour ne pas l'attraper."

Quels sont les risques de contracter le chlamydia ? 

"Le chlamydia est une bactérie. Celle qui se transmet par voie sexuelle s'appelle Trachomatis, explique le docteur. Elle est responsable d'une infection sexuellement transmissible (chlamydiose) un peu pernicieuse car elle ne donne pas forcément de symptômes. Parfois un des symptômes qui peut passer inaperçu est un petit écoulement le matin par le méat urinaire." Cette IST a une prévalence importante chez les jeunes de 18 à 25 ans, d'environ 3% à 5%, selon l'urologue. "Le chlamydia n'est pas simplement sexuellement transmissible, il peut aussi se transmettre de la mère à l'enfant lors de l'accouchement et provoquer des problèmes oculaires ou pulmonaires."

Le port du préservatif protège contre la chlamydiose. "C'est pourquoi lorsqu'un couple veut retirer le préservatif, il doit se faire dépister via une prise de sang et une analyse urinaire qui permet de rechercher ce germe et de la traiter."

Comment cette bactérie est-elle transmise si le rapport a lieu sans protection ? 

  • Par voie anale.
  • Par voie vaginale.
  • Par voie buccale. "Même si c'est plus rare, c'est possible", indique l'urologue. 

Quel est le risque d'herpès ?

"La prévalence de l'herpès génital dans la population sexuellement active en France est variable, mais elle est importante et s'élève environ à 20%". Il y a deux types d'herpès. "Celui de type 1, le HSV1 et celui de type 2, le HSV2, commence l'urologue. On avait tendance à dire que le premier concernait la partie buccale et l'autre génitale, mais ce n'est plus très vrai à cause des pratiques sexuelles qui font que l'on peut attraper de l'herpès de type 1 au niveau des parties génitales et vice-versa." Une fois que vous avez contracté l'herpès"il va se cacher dans l'organisme. Lors de la primo contamination, on peut voir apparaître des lésions douloureuses au niveau génital et puis après il peut y avoir des reviviscences de ce virus qui ne donnent pas forcément beaucoup de symptômes, comme des petits boutons." L'herpès peut se transmettre lors d'un rapport sans préservatif via plusieurs pratiques : anales, vaginales et buccales. "La personne est contaminante tant qu'il y a un bouton de fièvre au niveau buccal ou lorsqu'il y a des lésions au niveau génital", informe l'urologue.

Quels sont les risques de contracter le papillomavirus (HPV) ? 

"Il s'agit d'une famille très étendue, il y en a environ une centaine et ils ne sont pas tous virulents pour l'Homme, rappelle le Dr Soulier. Les papillomavirus de type 6 et 11 vont provoquer des condylomes (lésions cutanées, ndlr) et d'autres, de type 16 et 18 peuvent provoquer des cancérisations du col de l'utérus." Selon ce spécialiste, dans 9 cas sur 10, la personne guérit du papillomavirus : "Mais pour 1 personne sur 10, il ne va pas guérir et va se chroniciser. C'est là que ça peut donner des lésions cutanées qui peuvent dégénérer, d'où l'importance du frottis." Le papillomavirus est un virus très contagieux qui peut se transmettre lors de la pénétration vaginale, lors d'un rapport anal ou d'une pratique sexuelle génito-buccale. Lors d'un rapport sans préservatif, le risque de contracter le papillomavirus existe. "Il existe également lorsque vous faites l'amour avec un préservatif car le virus arrive à passer au travers des pores du préservatif, explique l'urologue. Il faut néanmoins porter un préservatif car ça diminue fortement le risque de contamination, mais il ne protège pas à 100% comme pour le VIH."

Quels sont les risques de grossesse ?

"Les risques de grossesse dépendent du mode de contraception", commence l'urologue. Tous ne se valent pas. "Leur efficacité est mesuré par l'indice de Pearl. Plus cet indice est haut, moins bonne est la contraception." 

Si le rapport sexuel est réalisé sans préservatif mais avec un mode de contraception, le risque de grossesse existe. Il est plus ou moins élevés selon les contraceptions : 

Sous pilule. "Cette contraception est efficace mais le problème de la pilule est qu'on peut l'oublier. Si la personne est très rigoureuse, le risque existe mais il est très faible. Mais s'il y a oubli de pilule alors le risque devient plus important."

Avec la méthode du "retrait avant éjaculation". "C'est la méthode de contraception qui comporte le plus de risques" à cause des sécrétions avant l'éjaculation.  
Avec la méthode ogino. "Il s'agit d'une méthode qui consiste à avoir des rapports non protégés en fonction du cycle, mais elle n'est pas fiable" explique l'urologue. 
Avec les implants d'hormones. "Cette méthode a un bon indice de Pearl et peut donc être considérée comme efficace, même sans préservatif."

Le risque de grossesse en faisant l'amour sans préservatif dépend aussi de l'âge : "Un couple qui arrête la contraception pour avoir un enfant met environ 6 mois à concevoir donc c'est long, mais plus on est jeune plus on est fertiles" explique le Dr Soulier.

Si le rapport sexuel est réalisé sans préservatif et sans contraception : "Le risque de grossesse dépend de l'âge des personnes qui ont un rapport sans préservatif et du moment du cycle pendant lequel à lieu le rapport" prévient le Dr Soulier. Il reste, dans tous les cas, plus élevé que lorsqu'il y a prise de contraception. 

Préservatif qui craque : quels risques ? 

Il arrive parfois que lors d'un rapport le préservatif craque. Deux causes possibles : soit il n'est pas assez lubrifié soit le rapport était trop long. "Normalement quand on utilise un préservatif, il y a un lubrifiant naturel qui est dessus, rappelle notre interlocuteur, mais si la lubrification n'est plus bonne, il peut craquer. Il est recommandé d'utiliser du lubrifiant à base d'eau et non d'huile car cette dernière rend le préservatif poreux et accentue le risque de casse. Si on sent que le préservatif devient dur et rêche, il ne faut pas hésiter à en changer." 

Si le préservatif craque, il existe un risque de grossesse et de transmission d'infections sexuellement transmissibles. "L'importance du risque de grossesse dépend de la prise d'une contraception ou non par l'autre partenaire." Concernant les IST, il faut que la personne soit traitée pour éviter la transmission. Pour le Dr Soulier "il faut retenir que si vous ne connaissez pas bien votre partenaire, le préservatif est vivement conseillé". Si vous souhaitez faire sans, réalisez chacun un dépistage avant.

Merci au docteur Victor Soulier, chirurgien urologue.

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