Les (vrais) risques de la fellation

Faire une fellation ou la recevoir n'est pas sans risque. Surtout quand il n'y a pas de préservatif. Des virus et des bactéries plus ou moins graves peuvent passer via le sang, le sperme ou les muqueuses. Liste des maladies, infections possibles et dépistage.

Les (vrais) risques de la fellation
© 123RF-Volodymyr Tverdokhlib

La fellation est une pratique sexuelle courante. Dans une enquête Ifop de février 2019, 89% des femmes interrogées ont déclaré l'avoir déjà réalisée et 42% d'entre elles, "souvent". Elle n'est cependant pas dénuée de risques : MST, herpès, papillomavirus, chlamydia... Sans vouloir décourager les amateurs de cette pratique - source de grands plaisirs pour les couples - ou ceux qui veulent la découvrir, mieux vaut être informé des possibles transmissions de virus et bactéries avant de passer à l'acte.

L'herpès : attention en cas de bouton de fièvre

"Si une femme a un bouton de fièvre et qu'elle fait une fellation (sans préservatif) à un homme, elle peut lui transmettre le virus de l'herpès",  explique le Dr Andreea Matefi, docteur en médecine et titulaire du DIU en Gynécologie médicale. Même chose si c'est lui qui a de l'herpès génital, la femme peut être contaminée par le virus. Le virus de l'herpès est sournois : "Il est sécrété 15 jours avant l'apparition des symptômes" rappelle-t-elle. On est donc contaminant sans le savoir, avant même que les vésicules n'apparaissent. Par chance, c'est un virus qui est lié au système immunitaire : "Si l'homme a un système immunitaire qui se bat bien, il ne développera pas d'herpès." 

VIH : des risques en cas d'éjaculation ou de lésions dans la bouche

Faire une fellation sans préservatif expose au virus du Sida (VIH) : par contact avec le sang contaminé, le liquide pré-séminal ou le sperme. Les risques concernent principalement la personne qui prodigue la fellation. Il y a risque :

  • si la personne qui fait la fellation (à un partenaire séropositif) reçoit du sperme ou du liquide pré-séminal dans la bouche. 
  • plus encore si elle a des lésions dans la bouche (gingivite, plaie, bouton de fièvre sur les lèvres...) ou dans la gorge. Il est d'ailleurs déconseillé de se brosser les dents juste avant de faire une fellation pour éviter de faire saigner les gencives.
  • si l'homme séropositif a des lésions de rasage et que la femme a des lésions dans la bouche. 

Quand faire un test de dépistage ? Pour les personnes qui font des fellations à différents partenaires sans préservatif, il est recommandé d'effectuer un test de dépistage tous les 6 mois.

La fellation non protégée est beaucoup moins risquée que les relations génito-génitales pour la transmission d'IST.

Papillomavirus : un risque de contamination pour les deux partenaires

Le papillomavirus, aussi appelé "virus HPV" est contagieux et transmissible lors de rapports sexuels (même avec un préservatif, il existerait un risque de transmission de 20%) puisqu'il circule dans les muqueuses, orales, génitales et la peau. "C'est vraiment un marqueur de sexualité, estime le Dr Matefi. Il y a à peu près entre 200 et 250 sortes différentes d'HPV (mais seulement une dizaine seraient oncogènes*) donc tout le monde en a eu au moins une fois dans sa vie en s'en rendant compte ou pas." En cas de fellation "si la femme est porteuse du HPV, elle peut le transmettre à l'homme et l'inverse est aussi vrai".

Comment se fait la transmission de la femme contaminée à l'homme ? "S"il y a pénétration sans préservatif, il y a un contact gland-col où est présent le HPV. Si la femme fait une fellation, il y a un contact bouche-gland. Si elle embrasse l'homme, là il y contact bouche-bouche et transmission du virus" répond la spécialiste. Avant de rappeler que "dans le cas du HPV, le système immunitaire de la personne joue, il y a des systèmes immunitaires qui vont le développer et d'autres qui vont l'éliminer",

Comment se fait la transmission de l'homme contaminé à la femme ? Le virus HPV peut entraîner la formation de verrues génitales sur le pénis de l'homme (très contagieuses). Le contact de la bouche de la femme avec ces verrues est une porte d'entrée du virus chez elle.

Quand faire un dépistage ? Le dépistage du virus HPV est réalisé par le frottis. Il est recommandé d'en faire un tous les 3 ans à partir de 25 ans "mais si les partenaires sont multiples ou qu'il y a un nouveau partenaire et pas forcément de protection lors des rapports il vaudrait mieux le faire tous les ans" conseille le Dr Matefi. Sans limite d'âge ! "Parmi les femmes de 45-50 ans, il y a parfois un changement de vie et elles reprennent une vie sexuelle, on discute avec elles des risques, de la prévention parce qu'il y a des cancers qui arrivent sur le col de l'utérus juste parce qu'elles ont changé de partenaire, qu'elles ont oublié de se faire dépister et n'ont pas mis de préservatif."

La vaccination anti HPV est recommandée et remboursée pour les filles âgées de 11 à 14 ans et, dans le cadre du rattrapage vaccinal, pour celles de 15 à 19 ans révolus (c'est-à-dire jusqu'à la veille de l'anniversaire des 20 ans). 

Chlamydia et gonocoque : des bactéries présentes dans les sécrétions

La chlamydiose (liée à la bactérie Chlamydia Trachomatis) comme la gonorrhée (causée par la bactérie Neisseria Gonorrhoeae) peuvent être transmises lors d'une fellation sans préservatif. Les bactéries se trouvent dans le liquide séminal et les sécrétions génitales. "La chlamydiose est quasiment asymptomatique chez la femme et moins de la moitié des hommes présentent des symptômes comme les brûlures urinaires. L'homme peut le découvrir quand il la transmet à sa partenaire qui a des douleurs pelviennes, des pertes inhabituelles…" indique le Dr Andreea Matefi. Si c'est la femme qui est contaminée, elle peut contaminer son partenaire si la fellation est précédée d'une pénétration non protégée (lors de la pénétration, le pénis de l'homme va être en contact avec les bactéries présentes dans le col de l'utérus notamment, la femme lui fait ensuite une fellation puis l'embrasse sur la bouche, il se retrouve contaminé). 

Quand faire un dépistage ? "Il faut attendre minimum 3 à 7 jours après le rapport à risque avant de faire un dépistage de la chlamydiose et de la gonorrhée. Si les partenaires sont multiples, il ne faut pas hésiter à le faire au moins une à deux fois par an" conseille le médecin.

Syphilis : une transmission évidente en cas de chancre

Causée par la bactérie tréponème pâle, la syphilis est une maladie qui peut se transmettre lors d'une fellation (non protégée). Soit parce qu'elle a entraîné des lésions dans la bouche de la personne contaminée qui fait la fellation soit parce qu'il y a des chancres sur le gland du pénis (lésions typiques de la syphilis) : "Si vous faites une fellation sur un chancre, la transmission est évidente" indique ainsi notre interlocutrice. La contamination est à double sens.

Mettre deux préservatifs ne protège pas plus !

Hépatite B : un virus contagieux présent dans la salive

On ne le sait pas toujours mais on peut contracter une hépatite lors d'une fellation. Principalement une hépatite B. Le virus de l'hépatite B est très contagieux et transmissible par contact muqueux. On le trouve dans les sécrétions corporelles comme la salive et le sperme. La vaccination est une protection contre la contamination. L'hépatite C peut aussi se transmettre lors d'une fellation mais le risque est plus faible car il passe par le sang. Il faut donc une brèche : une lésion dans la bouche, au niveau du pénis...

Préservatif : non lubrifié, c'est mieux !

Mettre un préservatif (avec ou sans latex s'il y a une allergie) est le seul moyen de se protéger de la majorité des maladies et infections pouvant être transmises lors d'une fellation. Mieux vaut miser sur des préservatifs non lubrifiés, avec ou sans parfum. 

A savoir : il est inutile de mettre deux préservatifs l'un par-dessus l'autre pour réduire davantage les risques : "Ça ne protège pas deux fois plus, prévient le Dr Matefi, et ça fait des frottements pendant les rapports ce qui rend le préservatif poreux (donc moins efficace dans son rôle de barrière). "

*Les papillomavirus, Société Française de Colposcopie et de Pathologie Cervico-Vaginale

Merci au Dr Andreea Matefi, docteur en médecine, Spécialité médecine générale et titulaire du DIU en Gynécologie médicale. 

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