Syndrome de l'alcoolisation fœtale : symptômes, conséquences

La consommation d'alcool durant la grossesse a de lourdes conséquences sur le fœtus. Quels sont les symptômes ? Que craindre pour le neuro-développement du bébé ? Son faciès ? Sa santé cardiaque, osseuse ou musculaire ? Quel diagnostic ? Quelles statistiques en France ? Eclairage du Dr Catherine Maingueneau, pédiatre.

Syndrome de l'alcoolisation fœtale : symptômes, conséquences
©  andriano - 123RF

Qu'est-ce que le syndrome de l'alcoolisation fœtale ?

Durant les neuf mois de sa vie intra-utérine, le bébé peut gravement être impacté par la consommation d'alcool de sa mère. Il peut ainsi souffrir de plusieurs dysfonctionnements ou malformations. Le premier à avoir établi un rapprochement entre les symptômes d'enfants malades et la consommation d'alcool de leur mère fut le Dr Paul Lemoine. En 1968, ce médecin nantais décrit, à travers une étude initiée dix ans plus tôt, le tableau clinique de 127 enfants placés en pouponnière, issus de 62 "familles alcooliques" et souffrant du syndrome de l'alcoolisation fœtale. Ces travaux ne seront reconnus qu'en 1985.

Quelles sont les statistiques en France ?

1 enfant sur 1 000 naît avec un syndrome d'alcoolisation fœtale

Chaque année, il naît environ 15.000 nouveaux nés atteints de troubles causés par la consommation d'alcool durant la grossesse (TCAF). "Toutes les formes sont différentes et sont plus ou moins flagrantes", souligne le Dr Catherine Maingueneau Pédiatre et addictologue en maternité. D'après les données du gouvernement, entre 10 et 30 % des femmes continuent de consommer au moins occasionnellement de l'alcool pendant leur grossesse. "On estime aujourd'hui en France qu'un enfant sur 100 souffre ou souffrira de troubles causés directement l'alcoolisation fœtale, et qu'un enfant sur 1000 naît avec un syndrome d'alcoolisation fœtale", écrivait le ministère de la Santé dans un communiqué en septembre 2020. Le manque d'informations et de connaissances à ce sujet est flagrant. L'association SAF France relève, à travers un sondage Opinion Way, qu'un Français sur deux a des connaissances sur les troubles causés par l'alcoolisation fotale et seulement 11% savent précisément ce qu'est ce syndrome. Catherine Maingueneau rappelle que " les professionnels qui suivent les femmes enceintes doivent savoir les informer. Pour cela, ils doivent poser la question de la consommation d'alcool et rappeler le ''Zéro alcool pendant la grossesse'' afin de protéger l'enfant à venir ou de repérer si celui-ci a un risque d'être atteint par l'alcoolisation fœtale. "

Quels sont les symptômes ?

Catherine Maingueneau nous explique qu'il existe quatre grands items de syndromes dus à l'alcoolisation fœtale. "Un enfant qui regroupe ces quatre items souffre alors d'un syndrome de l'alcoolisation fœtale qui correspond à la forme clinique complète."

Le retard de croissance. Celui-ci intervient sur le poids, la taille, le périmètre crânien du bébé ou bien sur les trois lors des formes graves. Le tout sera donc anormalement petit. Ce retard de croissance peut survenir en anténatal pendant la gestation, être présent à la naissance et en post natal pendant toute la croissance de l'enfant.

► Un faciès particulier. Les enfants souffrant d'alcoolisation fœtale peuvent présenter une dysmorphie faciale dont les signes principaux sont des fentes palpébrales étroites avec des petits yeux, une lèvre supérieure beaucoup plus fine, un philtrum lisse, long et bombé.

► Des malformations diverses. L'alcoolisation fœtale peut causer des malformations cardiaques (communication inter auriculaire ou communication inter ventriculaire…), rénales, osseuses (la typique synostose radio-cubitale qui consiste à ce que le radius et le cubitus soient soudés) ou encore des fentes labiales. Les enfants peuvent aussi souffrir de malformations cérébrales comme l'agénésie du corps calleux (le corps calleux permet de relier les hémisphères gauche et droit du cerveau entre eux. Lors d'une malformation du corps calleux, le passage d'une information d'un côté à l'autre devient difficile). Cependant, le cortex peut être anormal.

► Des anomalies neurologiques. On constate souvent chez les personnes touchées par le syndrome de l'alcoolisation fœtal qu'ils souffrent plus souvent d'une faiblesse intellectuelle avec un QI de 80-85 en moyenne (la norme se situant entre 70 et 120). Cette déficience neurologique est due à une microcéphalie qui ne permet pas au cerveau de l'enfant de se développer complètement.

Si "la dysmorphie du faciès s'atténue avec l'âge", selon la pédiatre membre de SAF France, les personnes peuvent garder des séquelles. "Ces enfants sont souvent petits et chétifs et peuvent avoir des déficiences visuelles, auditives, des troubles cognitifs, du langage, du calcul, de la compréhension et du comportement social." L'alcool détruit les cellules et les connexions ce qui entraîne un cerveau mal formé avec des zones anormales comme un cortex insuffisamment développé, mais aussi un cerveau mal connecté. Tout cela explique les troubles de l'intelligence, de l'intégration sociale, du comportement et de l'apprentissage notamment scolaire : trouble de l'attention, difficulté à mémoriser des informations, les procédures, à comprendre le second degré et les choses abstraites, et des dyslexie, dysphasie, dyscalculie… Mais il est nécessaire de retenir que chaque cas est particulier. "Pour chaque enfant, il y a une déclinaison différente. Dans les cas les plus graves, quand la consommation d'alcool est importante, l'enfant souffre d'anomalies présentes dans les quatre items. Il peut aussi ne souffrir que d'une seule atteinte mais celle-ci sera grave s'il s'agit d'une atteinte neurologique, insiste Catherine Maingueneau. C'est la première cause de handicap neurologique d'origine non génétique."

Quelles sont les conséquences pour le bébé ?

"Des morts in utero se produisent parfois à cause de la consommation d'alcool", admet la pédiatre. Le retard de croissance peut aussi être tel qu'il nécessite une interruption de la grossesse notamment si le périmètre crânien est si petit qu'il augure d'une atteinte neurologique irréversible et d'une particulière gravité. Une fois l'enfant né, on surveille son développement. "Durant les premières années, on le regarde grandir, grossir et on vérifie son périmètre crânien, son développement moteur, cognitif et son apprentissage. Ce qui nous importe le plus, c'est de suivre son développement à long terme. Nous voulons savoir comment il va s'intégrer et se comporter chez lui, en société et à l'école, s'il va apprendre et comprendre de la maternelle, jusqu'au lycée… afin de l'accompagner si besoin pour lui permettre d'être autonome à l'âge adulte."

Peut-on le détecter sur l'échographie ?

Toutes les malformations évoquées ci-dessus sont détectables à l'échographie bien qu'elles ne soient pas spécifiques au syndrome de l'alcoolisation fœtale. Pour vérifier s'il y a un lien, "le professionnel de santé doit poser des questions et la mère être en confiance pour rapporter ses consommations. Il est alors important de savoir si la consommation d'alcool a eu lieu durant l'état fœtal ou l'état embryonnaire pour comprendre la malformation est possiblement imputable à la consommation d'alcool", explique Catherine Maingueneau. Le sentiment de culpabilité est souvent très fort chez les mères, notamment lors des cas de déni de grossesse. Il est donc rare qu'elles parlent spontanément et, si elles ne le font pas, le diagnostic de l'alcoolisation fœtale demeure alors une probabilité et non une validation.

Quels sont les traitements ?

Il faut sensibiliser les femmes mais aussi les jeunes qui seront de futurs parents et rappeler que pendant la grossesse, l'alcool c'est non !

Il n'existe pas vraiment de traitement pour soigner les troubles causés par la consommation d'alcool durant la grossesse. Les malformations du visage, du cœur ou des reins peuvent être opérées. Pour le retard de croissance, il est nécessaire qu'il soit majeur pour administrer de l'hormone de croissance, ce qui est très rare. Mais concernant les troubles neurologiques, s'il n'y a pas de traitement, il est primordial de diagnostiquer l'origine afin de proposer des aides adaptées comme l'orthophonie, la psychomotricité, l'éducation aux bons comportements à adopter à l'école etc… "Le plus important reste l'information et la prévention. Il faut sensibiliser les femmes mais aussi les jeunes qui seront de futurs parents et rappeler que pendant la grossesse, l'alcool c'est non."

Merci au Dr Catherine Maingueneau est pédiatre spécialisée en néonatalogie, en neuro psychologie de l'enfant et troubles des apprentissages. Elle accompagne des enfants vulnérables ou atteints de ces pathologies au sein du réseau de suivi "Grandir Ensemble" du "Réseau Sécurité Naissance" des Pays-de-la-Loire. Elle est également addictologue en maternité à la clinique Jules Vernes, à Nantes, et propose des consultations d'informations ante-natales en lien avec les sage-femmes et les gynécologues obstétriciens de la structure.

Santé du bébé et de l'enfant