Médicament et sport : interdits, bêta-bloquant, effets

Des médicaments sont à éviter lorsqu'on pratique une activité sportive. Douleurs, crampes, baisse de la vigilance ou troubles cardiovasculaires, autant d'effets indésirables qui peuvent être malvenus pour le sportif de haut niveau comme pour les personnes pratiquant du sport loisirs. Le Dr Thomas Mamou, médecin du sport, nous détaille ces risques.

Médicament et sport : interdits, bêta-bloquant, effets
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La prise de médicament peut-elle être dangereuse avec le sport ?

Plusieurs études ont démontré que les interactions entre traitement thérapeutique et pratique sportive concernaient davantage les sportifs de haut niveau, ou les personnes pratiquant des sports potentiellement dangereux comme la plongée sous-marine, l'escalade, l'alpinisme ou les sports mécaniques. Ces effets indésirables ne surviennent heureusement que dans un petit nombre de cas. "Il ne s'agit pas d'arrêter un traitement prescrit parce qu'il pourrait nuire à vos performances sportives. Mais il est indispensable de faire part à son médecin si un quelconque changement apparaît (douleurs, baisse ou augmentation des performances, sensation de soif excessive…), et de consulter la notice pour prévenir certains de ces effets indésirables", insiste le Dr Mamou.

Quels sont les médicaments interdits pendant le sport ?

Parmi les substances interdites dans la pratique sportive, on distingue celles qui sont prohibées en compétition (essentiellement des substances dont les effets sur les capacités physiques sont de courte durée) de celles qui sont interdites pendant et en dehors des compétitions (les substances qui possèdent des effets à long terme comme l'acquisition d'une musculature plus développée).

La liste des médicaments interdits est élaborée et proposée par l'Agence mondiale antidopage (AMA). Elle peut inclure toute substance ou méthode qui remplit au moins deux des trois critères suivants :

  • a le potentiel d'améliorer ou améliore effectivement la performance sportive;
  • est un risque avéré ou potentiel pour la santé du sportif;
  • est contraire à l'esprit sportif.

"La Liste des interdictions est revue chaque année en consultation avec des experts, de façon à tenir compte des pratiques de dopage ainsi que des preuves médicales et scientifiques les plus récentes, poursuit le Dr Mamou. Mais les sportifs de haut niveau sont éduqués à utiliser des médicaments. Ils savent que le dialogue avec leur médecin est essentiel."

Sont ainsi interdits, selon le Vidal :

  • Les substances stimulantes qui agissent sur le cerveau et permettent d'augmenter la vigilance. Elles augmentent artificiellement les performances et la résistance des sportifs.
  • Les narcotiques, comportant la morphine et ses dérivés, sont utilisés pour masquer la douleur et pour se surpasser. Leur usage prolongé expose à un risque de dépendance physique ou psychique.
  • Les "stéroïdes" qui augmentent la masse musculaire. Leur usage prolongé peut entraîner des troubles psychiques, de l'agressivité, ainsi que des problèmes graves du cœur et du foie.
  • Les hormones peptidiques comme l'EPO, participent à la régulation du fonctionnement des organes. Leur utilisation dans le but du dopage entraîne des dérèglements hormonaux.
  • Les bronchodilatateurs, destinés à dilater les bronches des personnes asthmatiques (famille des bêta-2 agonistes) sont interdits. Dans le cas d'un sportif souffrant d'asthme chronique ou bien provoqué par l'effort, certaines de ces substances sont permises si elles sont administrées par inhalation.
  • Les glucocorticoïdes (ou corticoïdes) qui diminuent la douleur et l'inflammation sont interdits lorsqu'ils sont administrés par voie orale, rectale, intraveineuse ou intramusculaire. Toute autre voie d'administration (application locale, inhalation, injection locale ou intra articulaire, etc.) fait l'objet d'une Autorisation d'usage à des fins thérapeutiques (AUT) allégée. Leur utilisation prolongée peut entraîner une hypertension artérielle, un diabète, des troubles psychiques, de l'ostéoporose, des ulcères, etc. Ils sont interdits

Quels sont les risques et effets possibles ?

On distingue plusieurs troubles liés à la prise de médicaments durant une activité sportive.

Des troubles digestifs (douleurs ou brûlures d'estomac, nausées, diarrhées…). "Ces inconforts ne sont généralement pas graves et disparaissent en quelques jours de traitement", rassure notre interlocuteur. Néanmoins, en période de compétition ou à la veille d'une épreuve sportive, ces effets indésirables peuvent nuire à la performance. On retrouve ces effets indésirables notamment dans les antiinflammatoires, antalgiques, aspirine, anticoagulants…

Des problèmes de coagulation sanguine. Certains traitements prescrits dans le cadre de problème de coagulation sanguine, peuvent se révéler très problématique avec la pratique de sports brutaux tels que le rugby et les sports de combat. "En effet, les personnes pratiquant ces sports doivent porter une attention particulière en cas de saignements importants pour éviter l'hémorragie."

Des crampes et des tendinites. Plusieurs familles de médicaments peuvent être à l'origine de douleurs musculaires :

  • les antibiotiques de la famille des quinolones ;
  • certains médicaments destinés à lutter contre le cholestérol ;
  • les médicaments diurétiques car ils favorisent l'élimination du calcium dans les urines…

Des déficiences visuelles. "Il s'agit de troubles de l'accommodation (difficulté à passer rapidement de la vision de près à la vision de loin) ou de gêne à la lumière (impression d'être aveuglé par trop de lumière) qui sont liées notamment aux traitements antidépressifs, antihistaminiques, de quelques antipsychotiques ou encore des antiparkinsoniens."
Des vertiges le plus souvent mis en cause par :

  • les anti-inflammatoires non stéroïdiens ;
  • tous les médicaments contre l'hypertension artérielle;
  • les médicaments contre la douleur appartenant à la famille des opiacés (morphine et ses dérivés) ;
  • les médicaments psychotropes prescrits contre l'anxiété, la dépression, les troubles du sommeil, les psychoses et autres troubles psychiques ;
  • certains antibiotiques de la famille des cyclines, des quinolones et des aminosides ;
  • les médicaments contre les ulcères d'estomac de la famille des antihistaminiques H2 ;
  • certains médicaments contre l'épilepsie.

Peut-on faire du sport sous antibiotique ?

"Généralement, lorsque l'on a une infection virale, urinaire, génitale ou intestinale qui nécessite ou pas des antibiotiques, on ne fait pas de sport, conseille notre médecin. Il y a des risques de troubles du rythme cardiaque ou de péricardite. Et avant de reprendre le sport, pour les sportifs de haut niveau, on peut dans certains cas demander un électrocardiogramme, une échographie cardiaque et un test d'effort."

Peut-on faire du sport sous antidépresseur ?

"C'est plutôt une bonne chose, répond notre interlocuteur. Le sport fait partie du traitement : cela permet de retrouver son élan vital et de changer d'air. Attention cependant à la baisse de vigilance et à l'altération des réflexes."

Peut-on faire du sport sous anxiolytique ?

"Le sport est également recommandé en cas de prise d'anxiolytiques pour calmer l'anxiété et évacuer le stress."

Peut-on faire du sport sous bêta-bloquants ?

"Il n'y a pas de contre-indications à faire du sport lorsque l'on prend des béta- bloquants. En revanche, ils ont tendance à faire baisser le rythme cardiaque et à diminuer les performance." Leur usage a tendance à être un avantage dans les sports nécessitant stabilité et précision.

Peut-on faire du sport après un vaccin ?

"Les vaccins pouvant engendrer des syndromes pseudo-grippaux, avec fièvre et courbatures, il est préférable de ne pas faire de sport dans les 48 heures qui suivent l'injection."

Merci au Dr Thomas Mamou, Médecin du sport à la Clinique du Sport de Paris.

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