Addiction au sucre : causes, qui consulter, que faire ?

Omniprésent dans l'alimentation, le sucre peut rendre "addict" et entraîner plusieurs problème de santé. Quelles sont les causes d'une addiction au sucre ? Les symptômes ? Qui consulter ? Quels sont les traitements pour se sevrer ? Que penser de l'hypnose ? Explications.

Addiction au sucre : causes, qui consulter, que faire ?
© Nuttawan Jayawan

Le sucre est pour beaucoup un refuge. Selon l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses), 20 à 30% des Français ont des apports en sucre supérieurs à 100 grammes par jour alors qu'il est recommandé de ne pas dépasser les 100 g de sucres totaux par jour (naturellement présents et ajoutés, hors lactose et galactose) et pas plus d'une boisson sucrée (en privilégiant les jus de fruits). L'excès de sucre nuit à la santé mais sa sur-consommation est parfois difficile à contrôler autant qu'elle peut être difficile à vivre (notamment à cause de ses répercussions sur le poids). Quand parle-t-on d'addiction au sucre ? Quels sont les signes ? Pourquoi a-t-on tout le temps envie de manger sucré ? Quels sont les traitements et les astuces pour s'en sortir ? Le Dr Juliette Hazart médecin addictologue nutritionniste et praticienne en cohérence cardiaque répond au Journal des Femmes.

Addiction au sucre : qu'est-ce que c'est ?

"L'addiction correspond à la perte de la liberté de s'abstenir à la différence de la gourmandise et de l'alimentation plaisir pour lesquelles les envies de consommer sont contrôlables" définit Dr Juliette Hazart. "Dans l'addiction, les personnes sont incapables de contrôler leur consommation malgré les conséquences défavorables sur leur santé physique, psychique ou sociale (travail, école, famille, loisirs…)." L'addiction au sucre n'est pas reconnue comme une pathologie au même titre qu'une addiction à d'autres substances comme l'alcool. "L'addiction à la nourriture comme le sucre doit aussi être distinguée des troubles de conduite alimentaire reconnus dans la classification du DSM-5, un manuel de diagnostic et de classification des troubles mentaux, comme la boulimie ou l'hyperphagie boulimique."

Pourquoi a-t-on toujours envie de manger du sucre ?

"Des constatations neurobiologiques mettent en évidence des similarités entre les processus addictifs et la prise de certains aliments notamment ceux riches en sucres ou en graisses."  Pour l'experte, la prise de certains aliments peut favoriser des comportements addictifs chez des personnes vulnérables. "Le sucre a un potentiel addictogène élevé au même titre que la cocaïne, le tabac ou l'alcool" précise le Dr Hazart. Comment ? "Le sucre agit sur les neurones en activant un circuit appelé système de récompense." Le circuit de la récompense est normalement activé pour donner du plaisir afin d'assurer les besoins primaires nécessaires à la survie de l'espèce humaine : faim, soif, sexualité. "Cependant, une stimulation excessive du cerveau par des aliments très caloriques et très riches en sucres peut entraîner un dysfonctionnement de ce système, une perte de contrôle et l'addiction peut apparaître" prévient la médecin addictologue et nutritionniste.   

Existe-t-il  un test pour savoir si on est addict au sucre ?

"Il n'existe pas vraiment de test reconnu pour savoir si l'on est 'addict' au sucre" répond le Dr Hazart. 

Quels sont les symptômes d'une addiction au sucre ?

L'addiction au sucre n'étant pas reconnue comme une pathologie, il n'y a pas de "symptômes" associés mais plutôt des signes évocateurs. Une personne qui serait addict au sucre :

  • Éprouve le désir de s'abstenir ou de limiter sa consommation mais est dans l'incapacité d'y parvenir sans aide.
  • A une "consommation de sucre chronique, répétée dans le temps avec une envie de consommer qui est très forte et irrépressible" informe le Dr Hazart. 

Qui consulter ?

"Au moindre doute, il est possible d'en parler à son médecin traitant" informe le Dr Juliette Hazart. Celui-ci pourra renvoyer les patients vers un médecin nutritionniste ou addictologue qui pourra leur "proposer des accompagnements structurés et personnalisés".

Il faut distinguer :

  • les sucres ou "glucides simples" dont la saveur est généralement sucrée (glucose, fructose, galactose, maltose, lactose, saccharose) et qu'il faut limiter.
  • les glucides "complexes" ou amidons, digérés dans l'intestin puis absorbés sous forme de glucose et qui constituent entre 55% et 60% des apports énergétiques quotidiens.

Combien de temps pour être sevré ?

"En fonction de son niveau de consommation de sucre, sa suppression peut parfois provoquer des sensations désagréables dès les premières heures et ce jusqu'à deux semaines telles que irritabilité, nervosité, anxiété, stress et certains symptômes dépressifs. Certaines personnes peuvent être tentées de compenser en mangeant plus d'aliments salés" expose le Dr Juliette Hazart. Passée cette période, les personnes constatent "un regain d'énergie, une amélioration de la concentration et de la qualité du sommeil en cas de troubles du sommeil préexistants et une amélioration de la qualité de la peau."

Comment se débarrasser d'une addiction au sucre ? 

Une addiction au sucre peut être très difficile à contrôler car il y a du sucre dans de nombreux aliments, même salés. "Physiologiquement, l'organisme a besoin de sucres en petites quantités. La consommation quotidienne d'au moins cinq fruits et légumes apporte largement la ration quotidienne nécessaire" rappelle la spécialiste.

En prévention, le Dr Juliette Hazart recommande :

  • De consommer modérément des produits sucrés. "Pour les personnes souffrant d'addiction au sucre, on ne systématise pas l'abstinence mais on prône plutôt la réduction des comportements" explique le Dr Hazart.
  • De faire attention aux sucres cachés et aux produits dits "allégés". "C'est la consommation excessive de sucres ajoutés aux aliments (gâteaux, bonbons, sirop, pâte à tartiner, jus de fruits, sodas…) qui pose problème en terme de santé et peut entraîner des dépendances et non celui présent naturellement dans les fruits." 

Pour s'en sortir, il est conseillé de :

  • Ne pas consommer de sucres ajoutés pendant une semaine. "Les papilles gustatives se régénèrent rapidement et deviennent moins sensibles au goût sucré."
  • Réintroduire le sucre à petites doses. " Il faut savoir se faire plaisir pour ne pas entraîner de frustrations.
  • Privilégier les fruits frais, les compotes sans sucres ajoutés et les jus de fruits pressés maison. La spécialiste ajoute qu'il est possible de s'accorder "un dessert de préférence fait maison une fois par semaine".

Quelles astuces au quotidien pour manger moins de sucre ?

Pour surveiller et réduire sa consommation de sucre au quotidien, il faut prendre le temps de consulter les étiquettes des produits lors des courses. Le Dr Juliette Hazart a plusieurs astuces et conseils : 

  • Faire attention aux sucres cachés que l'on trouve souvent dans les conserves et certaines charcuteries. "Du sucre est parfois ajouté dans les produits salés dont les conserves et certaines charcuteries et aliments en barquettes comme les carottes râpées."
  • Ne pas acheter n'importe quel produit. "Si le sucre est présent dans les trois premiers ingrédients d'un produit, c'est qu'il en contient en grande quantité."
  • Etre attentif.ve aux produits dits "allégés". "Le gras y est remplacé par du sucre" prévient le Dr Hazart.
  • Faire attention au glucose, fructose, maltose, dextrose, sirop de maïs, de malt, dextrine, jus de canne… qui sont d'autres appellations du sucre. "Les termes se terminant par " ose " correspondent en général à du sucre."
  • Se référer à la valeur nutritionnelle du produit (grammes de glucides pour 100 grammes de produit) sachant que l'Organisation Mondiale de la Santé recommande de limiter l'apport en sucres à 25 grammes par jour (soit environ 6 cuillères à café).

Existe-t-il des médicaments contre l'addiction au sucre ?

"Non, il n'existe aucun médicament qui cible l'addiction' au sucre" informe Dr Juliette Hazart.

Quels sont les traitements naturels ? 

Il existe différentes techniques alternatives pouvant être testées en cas d'addiction au sucre, avec des effets plus ou moins probants : 

  • "Concernant la lithothérapie et l'homéopathie, leurs efficacités n'ont actuellement pas été démontrées scientifiquement" explique par exemple le Dr Juliette Hazart.
  • La méditation de pleine conscience et la cohérence cardiaque. "Dans ma pratique, j'utilise des techniques de cohérence cardiaque (techniques de respiration ndlr) couplées à de la méditation. C'est un moyen de modifier les comportements addictifs dans la durée en diminuant l'envie de consommer. Les sensations de faim et de satiété sont mieux perçues, l'appétence pour des aliments bénéfiques à la santé est retrouvée. Ces pratiques permettent également de mieux gérer ses émotions et de diminuer son niveau de stress" détaille l'addictologue.

Hypnose : comment ça marche et est-ce efficace ?

L'hypnose peut être proposée pour se défaire d'une addiction au sucre. Selon le Dr Hazart, elle fait partie "comme les thérapies cognitives et comportementales des techniques efficaces dans la prise en charge des addictions". Il existe différents types d'hypnose. "Celle utilisée pour traiter les addictions est souvent l'hypnose humaniste" explique Pichsangwar Keo, hypnothérapeute. Le principe ? "Nous accompagnons la personne pour qu'elle puisse voir à l'intérieur d'elle-même et déceler ce qui ne va pas. Car une addiction cache un problème plus profond, la personne comble un souci avec le sucre. Il s'agit souvent d'un problème affectif dans l'enfance du côté féminin, avec la mère, la grand-mère." 4 à 6 séances d'une heure à une heure et demie suffisent pour trouver la cause de l'addiction, selon l'hypnothérapeute. "La personne vient pour une addiction au sucre mais il y a une strate plus profonde. Une fois que la personne sait d'où vient cette addiction, elle va agir différemment face du sucre." L'hypnose fonctionne chez "tous ses patients" et "tout le monde y est réceptif en principe" : "Seul 1% de mes patients ne veulent pas continuer, mais c'est davantage car ils ne sont pas prêts à creuser le problème."

Les séances d'hypnose ne sont pas remboursées par la Sécurité sociale mais peuvent éventuellement être partiellement prise en charge en fonction des mutuelles. Comptez 70 euros environ pour une séance.

Merci au Dr Juliette Hazart médecin addictologue nutritionniste et praticienne en cohérence cardiaque et Pichsangwar Keo, hypnothérapeute.

Source : Sucre dans l'alimentation, ANSES, février 2018.