Vitamine D chez l'enfant : mise en garde après des cas sévères d'hypercalcémie

Suite à des hospitalisations de nourrissons victimes d'hypercalcémie, l'Agence du médicament alerte les professionnels de santé et les parents sur les risques de surdosage liés à la prise de vitamine D sous forme de compléments alimentaires. Elle recommande de privilégier les médicaments en goutte.

Vitamine D chez l'enfant : mise en garde après des cas sévères d'hypercalcémie
© Liza Koifman, stock image

Si la vitamine D est indispensable à la croissance des os chez l'enfant et prescrite ainsi dès la naissance en prévention du rachitisme, elle peut être dangereuse en excès. Dans un communiqué publié le 27 janvier 2021, l'ANSM et des sociétés savantes de pédiatrie, mettent en garde contre les dangers d'une supplémentation en vitamine D via des compléments alimentaires chez les enfants et conseillent l'utilisation de médicaments en goutte à la place. Les autorités de santé ont été alertées par plusieurs cas d'hypercalcémies sévères nécessitant des hospitalisations chez des nourrissons auparavant en bonne santé qui ont été exposés à une supplémentation en vitamine D sous forme de compléments alimentaires. Les centres antipoison ont été appelés à de nombreuses reprises pour des enfants ayant reçu un complément alimentaire à base de vitamine D pendant plusieurs semaines, entrainant un surdosage. Les doses plus de deux fois supérieures à celle recommandée, entraînent un risque d'hypercalcémie. L'hypercalcémie se traduit par un taux excessif de calcium dans le sang, qui peut avoir des conséquences graves, telles qu'une atteinte rénale avec des dépôts de calcium dans le rein. 

► En 2020, deux cas graves d'intoxication à la vitamine D ont été rapportés à l'Anses suite à la prise par des nourrissons d'un complément alimentaire acheté sur Internet, dont le dosage en vitamine D était particulièrement élevé (10 000 UI par goutte).

► Des professionnels de santé ou des parents préfèrent quelquefois substituer certains médicaments à base de vitamine D par des compléments alimentaires enrichis en vitamine D en raison des conservateurs ou huiles essentielles que ces médicaments peuvent contenir.

Or, il existe des risques réels de surdosage favorisés par des concentrations élevées (500 à 10 000 UI de vitamine D dans 1 goutte), en cas de mauvaise lecture de l'étiquette des compléments alimentaires ou d'association de compléments alimentaires entre eux. "Nous recommandons donc aux prescripteurs de toujours privilégier l'utilisation d'un médicament par rapport à celle d'un complément alimentaire, tant au regard du bénéfice attendu que du risque, particulièrement chez le jeune enfant. Il est également recommandé que le prescripteur choisisse la spécialité pharmaceutique qu'il estime préférable à l'issue d'un échange avec les parents" indique l'ANSM. Elle annonce par ailleurs une mise à jour des recommandations nationales concernant les doses de vitamine D destinées aux enfants avec un alignement sur les recommandations européennes (400 UI par jour de 0 à 18 ans chez l'enfant en bonne santé sans facteur de risque, et 800 UI par jour de 0 à 18 ans chez l'enfant présentant un facteur de risque). Par ailleurs, l'Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire alimentaire) va prochainement publier une actualisation des repères nutritionnels, incluant ceux pour la vitamine D, visant à améliorer les apports assurés par l'alimentation.

Comment donner de la vitamine D à son enfant sans risque ?

Il ne faut pas bannir la vitamine D comme elle est indispensable à la croissance des os. Comme le rappelle l'Agence du médicament "administrer à son enfant trop de vitamine D peut être aussi dangereux que de ne pas en administrer assez". Pour bien faire : 

  • Bien contrôler les doses données à son enfant et ne pas multiplier les produits contenant de la vitamine D pour éviter des surdosages qui pourraient perturber sa fonction rénale.
  • Privilégier l'utilisation d'un médicament contenant de la vitamine D (Adrigyl, Deltius ou ZymaD) par rapport à celle d'un complément alimentaire enrichi en vitamine D, particulièrement chez le jeune enfant. 
  • Ne pas multiplier les produits contenant de la vitamine D.

Pourquoi préférer les médicaments aux compléments alimentaires ? 

Le communiqué est clair : les médicaments contenant de la vitamine D doivent être privilégier à l'utilisation de compléments alimentaires. Comme le rappellent les autorités sanitaires : 

  • Les notices des médicaments contenant de la vitamine D garantissent une information lisible en termes de doses, de précautions d'emploi, de risque d'effets indésirables et de surdosage.
  • Les médicaments présentent un niveau d'exigence concernant la qualité des matières premières, la fabrication et le contrôle du dosage dans chaque lot de fabrication supérieur à celui des compléments alimentaires.

"Il n'est pas recommandé de donner quotidiennement à un enfant un produit dont la provenance et la composition ne sont pas garantis et qui peut conduire à une intoxication irréversible par un apport excessif en vitamine D. En tout état de cause, l'achat de compléments alimentaires sur Internet est déconseillé, car ils peuvent être non-conformes à la réglementation", rappelle l'ANSES. 

Quels sont les médicaments disponibles en France ? 

Dans la prévention de la carence en vitamine D, les médicaments administrés sous forme de gouttes sont les suivants :

tableau-recommandation-medicaments-vitamine-d-enfant
Médicaments en goutte contenant de la vitamine D recommandés pour les enfants. © ANSES

Sources : 

Vitamine D chez l'enfant : recourir aux médicaments et non aux compléments alimentaires pour prévenir le risque de surdosage, ANSES, 27 janvier 2021. 

Communiqué de l'Académie nationale de Médecine : Vitamine D et Covid-19, Académie Nationale de Médecine, 22 mai 2020.

Santé du bébé et de l'enfant