Androcur : indications, acné, quel risque de méningiome ?

Androcur (acétate de cyprotérone) est un médicament prescrit en cas de trouble de la pilosité, d'acné ou de cancer de la prostate. A forte dose et sur une longue durée, Androcur et ses génétiques augmentent le risque de méningiome, une tumeur des méninges. Effets secondaires et précautions à prendre.

Androcur : indications, acné, quel risque de méningiome ?
© SIPA (publiée le 07/12/2022)

Androcur® (acétate de cyprotérone) est un traitement hormonal indiqué chez la femme en cas d'hirsutisme (trouble de la pilosité et excès de sébum comme l'acné) et chez l'homme dans certaines formes de cancer de la prostate. Toutefois, depuis 2009, Androcur® fait l'objet d'une surveillance particulière suite au signal émis par la France au niveau européen sur le risque d'apparition de méningiomeune tumeur, le plus souvent bénigne, qui se développe à partir des membranes qui enveloppent le cerveau et la moelle épinière (les méninges), rappelle un communiqué de l'ANSM du 1er décembre 2022. Ce risque figure dans la notice du médicament et de ses génériques depuis 2011.  En 2018, le risque de méningiomes lié à l'utilisation prolongée d'acétate de cyprotérone à de fortes doses (≥ 25 mg/jour), a été quantifié pour la première fois par l'Assurance Maladie. Cette étude a montré que le risque est multiplié par 7 pour les femmes traitées par de fortes doses sur une longue période (plus de 6 mois) et par 20 après 5 années de traitement. A la lumière de ces résultats, l'ANSM a constitué un comité scientifique spécialisé temporaire (CSST) pour revoir et modifier les conditions d'utilisation et de prescription de ces médicaments afin de limiter le risque de méningiome. Depuis, il a été observé une très forte diminution de l'utilisation d'Androcur et ses génériques chez toutes les personnes exposées et notamment chez les femmes. On observe également une nette amélioration du suivi par imagerie ainsi qu'une diminution du nombre d'ablations chirurgicales de méningiomes, selon une étude menée par Gis Epi-Phare de l'ANSM.

Définition : c'est quoi Androcur ?

Androcur® est un traitement hormonal qui contient un dérivé de la progestérone : l'acétate de cyprotérone. Il a une action antihormonale, en s'opposant à l'action des hormones androgènes, essentiellement la testostérone. Il a un effet contraceptif. 

Quelles sont les indications d'Androcur chez la femme ?

Selon l'Agence du médicament, les indications dépendent du dosage de cyprotérone.

Les comprimés à 50 mg sont indiqués chez la femme, dans le traitement de certaines maladies hormonales se manifestant par une augmentation du système pileux (hirsutisme).

Quelles sont les indications d'Androcur chez l'homme ?

Les comprimés à 50 mg sont indiqués chez l'homme dans certaines formes de cancer de la prostate. Son action permet de ralentir la croissance des cellules de la prostate.

► Les comprimés à 100 mg ont des indications dans le traitement de paraphilie (les paraphilies consistent dans l'excitation sexuelle par des objets, des situations, et/ou des objectifs atypiques) en association avec une prise en charge psychothérapeutique.

Prescription chez la personne transgenre : dans quels cas ?

Dans ses indications d'origine, Androcur® pouvait aussi être prescrit à des personnes transgenres, afin de diminuer les hormones mâles dans le cadre de leur parcours de transition. Néanmoins, en 2020, à la demande de la France, l'Agence européenne du médicament (EMA) a décidé de restreindre les conditions d'utilisation d'Androcur®. Sans interdire son usage, l'agence ne recommande plus sa prescription chez les personnes transgenres. 

Quel est le risque de méningiome avec Androcur ?

L'acétate de cyprotérone, substance active d'Androcur® est surveillé depuis 2009 au niveau européen (Agence européenne des médicaments suite à un signalement émis par la France) à cause du risque d'apparition de méningiome lors de son utilisation. Un méningiome est une tumeur, le plus souvent bénigne, qui se développe à partir des membranes qui enveloppent le cerveau et la moelle épinière. Il peut se traduire par différents symptômes tels que maux de tête fréquents, troubles de la vision, du langage, de la mémoire et de l'audition, nausées, vertiges, convulsions, perte de l'odorat, faiblesse, paralysie. Ce signal a conduit à faire figurer ce risque dans la notice du médicament depuis 2011. Pour préciser la relation entre la prise du médicament et le risque de méningiome, l'Assurance maladie a mené une étude pharmaco-épidémiologique en 2028 dont les résultats ont montré que :

► Le risque de méningiome est multiplié par 7 pour les femmes traitées par de fortes doses (≥ 25 mg/jour) sur une longue période (plus de 6 mois)

►Le risque de méningiome est multiplié par 20 après 5 années de traitement.

► Le risque de méningiome s'intensifie donc à mesure que la dose et la durée du traitement par acétate de cyprotérone augmentent.

Suite à ces résultats, les conditions de délivrance du médicament ont été revues. Une étude menée par GIS EPI-PHARE à partir du Système national des données de santé (SNDS) portant sur la période 2010-2021 a mis en évidence une très forte diminution de l'utilisation d'Androcur et ses génériques chez toutes les personnes exposées et notamment chez les femmes. Fin 2021, le nombre de personnes traitées par acétate de cyprotérone à forte dose a considérablement diminué par rapport à août 2018, avec une baisse plus marquée pour les femmes (-88%) que pour les hommes (-69%) et que pour les femmes transgenres (-50%). Par ailleurs, l'étude révèle une très forte diminution du nombre d'opérations de méningiomes associées à l'acétate de cyprotérone (-93%), notamment chez les femmes (7 femmes opérées en 2021 contre 95 en 2017). A noter que compte tenu de l'intérêt thérapeutique que présentent ces médicaments, leur commercialisation en France n'est pas remise en cause.

Que faire si on prend Androcur ?

Selon la marche à suivre de l'ANSM :

► Votre traitement doit être réévalué au minimum une fois par an, que vous le preniez depuis peu ou depuis plusieurs années.

► En complément, un suivi périodique par imagerie cérébrale (IRM) est à réaliser selon le schéma suivant : une IRM en début de traitement, à renouveler dans les 5 ans, puis tous les 2 ans tant que l'IRM est normale et que le traitement est poursuivi. Si votre médecin ne vous a pas encore prescrit d'examen par imagerie cérébrale (IRM), demandez-lui de vous en prescrire.
► Si l'IRM révèle la présence d'un méningiome, le médecin vous demandera d'arrêter définitivement votre traitement car il est contre-indiqué en cas de méningiome (et en cas d'antécédent de méningiome). Votre médecin vous orientera vers un neurochirurgien qui évaluera la prise en charge à adopter selon votre situation individuelle.

► Au-delà d'un an de traitement, votre médecin doit vous remettre chaque année une attestation d'information que vous devez compléter et signer ensemble. Pour obtenir votre médicament, cette attestation annuelle (ou une copie) est à présenter systématiquement à la pharmacie en plus de votre ordonnance.

► N'arrêtez pas votre traitement sans en parler à votre médecin. Celui-ci est en effet le mieux à même de juger de votre prise en charge et de la pertinence d'un arrêt de traitement en tenant compte de votre situation médicale personnelle dans son ensemble (bénéfice / risque individuel).

Si vous pensez avoir développé un effet indésirable en lien avec votre traitement, nous vous invitons à le déclarer directement sur le portail de signalement des évènements indésirables :  https://signalement.social-sante.gouv.fr
Cette déclaration peut également être réalisée par votre médecin ou tout autre professionnel de santé ou encore par une association de patients ou d'usagers.

Numéro vert Androcur et risque de méningiome © ANSM

Quels sont les effets secondaires d'Androcur ?

► Chez la femme :

  • tension des seins
  • modification de la libido
  • troubles des règles (léger saignement entre les règles, arrêt des règles...).

► Chez l'homme : 

  • baisse de la production des spematozoïdes habituellement réversible à l'arrêt du traitement, pouvant entraîner une stérilité temporaire 
  • gynécomastie
  • impuissance
  • baisse de la libido
  • sueurs
  • bouffées de chaleur
  • anémie
  • perte osseuse en cas de traitement prolongé.

► Chez la femme comme chez l'homme :

  • variation de poids
  • essoufflement
  • jambes lourdes
  • migraine
  • maux de tête
  • éruption cutanée
  • fatigue
  • agitation
  • état dépressif.

► Rarement :

  • hépatite
  • accident thromboembolique
  • méningiome

Quelles sont les contre-indications d'Androcur ?

Androcur® ne doit pas être utilisé dans les cas suivants :

  • maladie grave du foie, certaines maladies rares responsables d'un excès de bilirubine dans le sang 
  • tuberculose ou détérioration de l'état général en lien avec une maladie grave 
  • accident thromboembolique (phlébite, embolie pulmonaire, infarctus du myocarde...) ancien ou survenant pendant le traitement 
  • dépression grave 
  • anémie falciforme 
  • présence d'un méningiome (tumeur cérébrale) ancien ou récent 
  • antécédent d'herpès gestationis, de jaunisse ou de démangeaisons prolongées au cours de la grossesse (comprimé à 50 mg).

Est-il disponible avec ou sans ordonnance ?

Androcur® n'est disponible que sur ordonnance médicale de liste 1, qui ne peut ainsi être obtenu que sur présentation d'une ordonnance rédigée par un médecin, un chirurgien-dentiste ou une sage-femme. Les médicaments sur liste I (cadre rouge sur la boîte) ne peuvent être délivrés que pour la durée de traitement mentionnée sur l'ordonnance, peut-on lire sur le site du ministère de la Santé.

Quel est le prix d'Androcur ?

ANDROCUR® 50 mg (comprimé sécable (blanc) ; boîte de 20) est vendu au prix de 8,48 euros et est remboursable à 30%. 

Sources : Androcur (acétate de cyprotérone) : les mesures prises depuis 2018 ont permis une nette réduction du risque de méningiome, ANSM, 1er décembre 2022 / Androcur (acétate de cyprotérone) et génériques : risque de méningiome lors d'une utilisation prolongée, ANSM, 27 août 2018 / Froelich, S. et al. Does cyproterone acetate promote multiple meningiomas? Endocrine abstracts  16, P158 (2008)

Autour du même sujet

Effets et risques