Histamine : c'est quoi, effets, rôle, dans quels aliments ?

L'histamine est une molécule impliquée entre autres dans l'allergie à manifestation immédiate. Elle est responsable des principaux symptômes de l'allergie. Effets sur le corps, intolérance à l'histamine, aliments qui en contiennent, lien avec le stress, le sommeil... Découverte avec le Dr Habib Chabane, allergologue à Paris. 

Histamine : c'est quoi, effets, rôle, dans quels aliments ?
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Définition

L'histamine, naturellement présente dans l'organisme joue un rôle physiologique important dans plusieurs fonctions. C'est aussi un médiateur largement impliqué dans les phénomènes inflammatoires et allergiques. Elle est synthétisée à partir de l'histidine (acide aminé) et stockée principalement dans les cellules immunitaires, les mastocytes et les polynucléaires basophiles. Elle est dégradée dans notre organisme par l'enzyme diamine oxydase (DAO).

Rôle physiologique de l'histamine

L'histamine sécrétée par les mastocytes et les polynucléaires basophiles "joue un rôle au niveau digestif en stimulant la sécrétion de l'acidité nécessaire à la digestion et la stérilisation des aliments, et au niveau neurologique dans les fonctions de veille/sommeil" explique le Dr Habib Chabane, allergologue à Paris. 

Effets de l'histamine sur le corps

L'histamine exerce ses effets via l'activation de quatre récepteurs histaminiques H1, H2, H3 et H4. "Les récepteurs H1 sont présents dans presque tout notre organisme, les récepteurs H2 dans l'estomac, les récepteurs H3 dans le cerveau, les poumons et l'intestin, les récepteurs H4 dans le cerveau essentiellement" informe le Dr Habib Chabane. L'histamine peut agir sur le cerveau, l'estomac, le système cardio-vasculaire, respiratoire… C'est ce qui explique la diversité des signes lors d'une libération très importante d'histamine.

Allergie et histamine

Dans les phénomènes allergiques, lorsque l'organisme est en contact avec une substance à laquelle il est sensibilisé, l'histamine est libérée massivement par les mastocytes et polynucléaires basophiles et son action va générer une dilatation des petits vaisseaux sanguins appelés capillaires entrainant la rougeur cutanée, et augmenter la libération d'eau par les vaisseaux, ce qui est responsable d'un œdème (gonflement localisé) et une baisse de la pression artérielle, une accélération du rythme cardiaque ainsi qu'une constriction des bronches. De plus, l'histamine en agissant sur les terminaisons nerveuses provoque les démangeaisons associées aux allergies nasales, oculaires et cutanées. Les symptômes déclenchés par la libération massive de l'histamine : 

  • Au niveau nasal : congestion et écoulement nasal, démangeaisons, éternuements
  • Au niveau oculaire : démangeaisons, yeux rouges et larmoyants, yeux gonflés.
  • Au niveau respiratoire : toux, bronchospasme (sensation de gêne respiratoire)
  • Au niveau cardio-vasculaire : tachycardie (battements de cœur accélérés), baisse de la tension artérielle, sueurs froides
  • Au niveau cutané : rougeur, démangeaisons, urticaire, gonflements
  • Au niveau gastro-intestinal : crampes, douleurs abdominales, diarrhée, nausées voire vomissements.
  • Les signes généraux d'une libération massive d'histamine sont une baisse de tension, des sueurs froides, des céphalées (maux de tête), gêne respiratoire.

Aliments riches en histamine

Les principaux aliments riches en histamine sont les fromages fermentés, la charcuterie (porc), surtout emballée, les poissons surtout quand ils ont été séchés ou fumés, certains fruits comme les fraises et légumes (tomate, épinards), le vinaigre, la choucroute, le chocolat, la bière, les vins, les alcools.

Histamine et stress

La sécrétion d'histamine est augmentée en cas de stress. "Il y a un lien très étroit entre les fibres nerveuses et les mastocytes. Un stress prolongé peut entraîner une augmentation constante de la sécrétion d'histamine et des signes d'anxiété ce qui peut avoir un impact sur le sommeil notamment" explique le Dr Habib Chabane.

Histamine et sommeil

L'histamine prend part à la régulation du cycle veille-sommeil. "Pour dormir, il faut qu'il y ait moins d'histamine et moins de cortisol (hormone stéroïdienne), le soir, informe le Dr Chabane. Si l'histamine augmente pendant le sommeil cela provoque des réveils la nuit. L'histamine peut augmenter suite à une réaction allergique (ex rhinite allergique nocturne) ou chez les personnes souffrant de syndrome d'activation mastocytaire (SAMA), ce qui occasionne des réveils nocturnes" indique-t-il. 

Intolérance à l'histamine : comment savoir ?

Il est possible de développer des symptômes évocateurs d'allergie comme de l'urticaire ou un œdème en mangeant des aliments riches en histamine comme le poisson conservé (séché), la tomate, les épinards, la choucroute, les fraises, certains fromages, la charcuterie et les produits dérivés du porc, les crustacés alors que les tests allergologiques sont négatifs. Il s'agit d'une fausse allergie alimentaire liée à la présence d'une quantité importante d'histamine. Il a été estimé que 1 % de la population est intolérante à l'histamine. "Cette intolérance a des raisons diverses, liées au fait que la diamine oxydase (DAO) qui dégrade l'histamine, soit débordée ou qu'il n'y en ait pas assez dans notre organisme. Ces situations peuvent se voir lors de la consommation de plusieurs aliments riches en histamine au cours d'un même repas, ce qui fait que la DAO est rapidement débordée et ne suffit pas à dégrader l'apport d'histamine. L'efficacité de la DAO peut être diminuée par la prise de certains médicaments qui inhibent son fonctionnement, par la consommation d'alcool, par la charcuterie riche en histamine et qui contient des nitrites qui inhibent la DAO, ou encore un déficit fonctionnel en DAO lié à un auto-anticorps anti-DAO" explique le Dr Chabane. Le diagnostic d'intolérance à l'histamine est d'abord clinique, grâce à l'interrogatoire. "L'auto-questionnaire n'est pas assez fiable pour établir le diagnostic d'intolérance à l'histamine" précise l'allergologue. Il est possible de doser l'activité de la DAO.

C'est quoi les traitements antihistaminiques ?

Pour contrer les symptômes consécutifs à la libération d'histamine, des médicaments antihistaminiques s'opposent à ses effets. L'histamine exerce son action sur des récepteurs cellulaires appelés récepteurs de type 1 (H1). Il existe des antihistaminiques anti-H2 et anti-H3. Les antihistaminiques anti-H1 sont des médicaments qui vont prendre la place de l'histamine sur ces récepteurs de type 1 (anti-H1) et empêcher son action. Il existe deux catégories d'antihistaminiques, les anti-H1 de première génération qui ont de nombreux effets indésirables (somnolence et fatigue essentiellement) et les anti-H2 de deuxième génération qui ont peu ou pas d'effets indésirables.

"Il faut changer de molécule pour trouver celle qui convient le mieux au patient, indique l'allergologue. Il ne faut pas regarder les mg indiqués sur les boites car chaque molécule antihistaminique est active avec un certain dosage " prévient-il. Les antihistaminiques anti-H1 sont indiqués dans le traitement de la rhinite allergique, des conjonctivites allergiques, les démangeaisons cutanées de l'urticaire aigu et chronique. Ces traitements antihistaminiques sont disponibles en comprimés, en sirop et en injection (ces dernières étant réservées aux urgences). "En cas de manifestations aiguës comme une rhinite intermittente ou une urticaire aiguë, le traitement antihistaminique est court. En cas de rhinite per-annuelle, le traitement peut être prescrit à simple dose toute l'année. Dans l'urticaire chronique, le contrôle des symptômes cutanés peut nécessiter un traitement avec des doses (hors AMM) 2 à 4 fois plus élevées" précise le Dr Habib Chabane.

Merci au Dr Habib Chabane, allergologue à Paris.