Tocilizumab : quel est ce nouveau traitement du coronavirus ?

Le tocilizumab pourrait diminuer le recours à la réanimation ou encore à la ventilation mécanique pour les patients Covid-19. D'où vient ce médicament ? Qui le fabrique ? Sous quel nom est-il vendu en France et quels effets contre le coronavirus ?

Tocilizumab : quel est ce nouveau traitement du coronavirus ?
© Lenets-123RF

Médicament utilisé dans le traitement de la polyarthrite rhumatoïde, le tocilizumab pourrait réduire le recours en réanimation et à la respiration artificielle des patients Covid-19. Dès mars 2020, plusieurs équipes internationales ont suggéré que des médicaments immunosuppresseurs et/ou immuno-modulateurs comme le tocilizumab soient étudiés dans les formes sévères du coronavirus parce qu'ils parviendraient à contrer l'emballement immunitaire responsable des complications respiratoires du Covid-19.

C'est quoi le tocilizumab ?

Le tocilizumab est un principe actif indiqué en France dans le traitement la polyarthrite rhumatoïde, la maladie de Horton, l'artérite à cellules géantes chez les patients adultes, l'arthrite juvénile idiopathique polyarticulaire chez les patients âgés de deux ans et plus, et l'arthrite juvénile idiopathique systémique. Il se présente sous forme de solution à diluer et s'injecte par voie intraveineuse. Il peut être administré seul (monothérapie) ou associé au méthotrexate. 

Nom commercial

Le tocilizumab est un principe actif utilisé vendu sous le nom commercial RoActemra® en France par le laboratoire Roche. Ce médicament n'appartient à aucun groupe générique.

Quels effets contre le coronavirus ?

"Chez les patients sévères COVID-19 souffrant de détresse respiratoire aiguë, beaucoup d'éléments tendent à prouver que l'emballement du système immunitaire, sécrétant un trop plein de molécules cytokiniques (on parle d'"orage cytokinique").
– utiles en temps normal pour réguler l'action immunitaire – provoque une réaction hyper-inflammatoire causant d'importants dégâts sur des organes vitaux, au premier rang desquels les poumons" explique l'Hôpital Foch dans un communiqué du 24 avril. Parmi ces molécules cytokiniques, les "interleukines 6". Des études réalisées en Chine et en Europe montrent des taux sanguins élevés d'interleukines 6 chez les patients sévères COVID-19, "possiblement à l'origine d'effets délétères majeurs comme le syndrome de détresse respiratoire aiguë sévère" indique l'Hôpital Foch. 

Le tocilizumab, chez des patients COVID-19 sévère, pourrait freiner la "tempête cytokinique" à l'origine de détresses respiratoires aigües.

Le tocilizumab bloquerat l'interleukine-6 et empêcherait ainsi l'orage cytokinique. Le service de médecine interne de l'Hôpital Foch, dirigé par le Docteur Félix Ackermann, a réalisé une étude préliminaire auprès de 30 patients de moins de 80 ans atteints de COVID-19, nécessitant une oxygénothérapie et se détériorant rapidement. Ces patients ont été traités entre mi-mars et début avril 2020. Les médecins ont administré par voie intraveineuse du tocilizumab. Les patients traités ont été comparés à un groupe de patients dits "contrôles" correspondant à des patients de même sévérité n'ayant pas reçu ce traitement. Résultat : l'utilisation du tocilizumab a permis d'observer chez les malades traités une nette réduction du recours à la ventilation mécanique, en comparaison aux 29 patients "contrôles". "De plus, les patients traités ont été beaucoup moins fréquemment transférés en réanimation" indiquent les équipes du service de médecine interne de l'Hôpital Foch qui ont constaté "une très bonne tolérance à ce traitement, et très peu d'effets secondaires". Un autre essai randomisé français relayé par l'AP-HP et mené sur 129 patients (65 pour traitement habituel + tocilizumab et 64 pour le traitement habituel) a aussi montré que le besoin de ventilation était moindre chez les patients dans le bras tocilizumab.

Quels effets secondaires ?

Ce médicament est sous la surveillance renforcée des autorités sanitaires à cause de ses effets indésirables parfois graves. Parmi ses effets "bénins", il peut entraîner des maux de tête, une hypertension, des rhinopharyngites. Le tocilizumab est aussi connu pour causer une élévation transitoire ou intermittente, légère à modérée, des transaminases hépatiques, à une fréquence accrue lorsqu'il est utilisé en association avec des médicaments potentiellement hépatotoxiques (par exemple le méthotrexate), rappelait l'Agence nationale du médicament (ANSM) en juillet 2019. Des cas graves de lésions hépatiques d'origine médicamenteuse ont été observés chez des patients prenant du tocilizumab. D'après les données des essais cliniques, l'ANSM estime que ces lésions "sont considérées comme rares et la balance bénéfice/risque du tocilizumab dans les indications approuvées demeure favorable". Ce médicament est contre-indiqué en cas d'hypersensibilité au tocilizumab.

Quel est le prix du  tocilizumab ?

Le tocilizumab existe sous deux formes dans les pharmacies françaises (disponible uniquement sur ordonnance) : 

  • ROACTEMRA 162 mg, solution injectable en seringue préremplie : 823,15 euros. Taux de remboursement : 65%.
  • ROACTEMRA 162 mg, solution injectable en stylo prérempli : 823,15 euros. Taux de remboursement : 65%

Il existe ROACTEMRA 20 mg/ml en solution à diluer pour perfusion, uniquement pour les établissements de santé.

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