Désensibilisation : comment ça se passe, pour quelle allergie ?

La désensibilisation, également appelée "immunothérapie spécifique" ou "vaccinothérapie des allergies", est le seul traitement capable de modifier l'évolution naturelle de certaines maladies allergiques. Lesquelles ? Les allergies alimentaires ? Aux acariens ? Quelles contre-indications ? Réponses avec le Dr Eric Thomas, allergologue cutané.

Désensibilisation : comment ça se passe, pour quelle allergie ?
© Henadzi Pechan - 123RF

Définition : qu'est-ce qu'une désensibilisation ?

La désensibilisation est une méthode de traitement des allergies qui consiste à réhabituer l'organisme à tolérer l'allergène mis en cause. "Cela se fait après une phase initiale d'administration de doses croissantes d'allergènes purifiés, jusqu'à obtention de la dose maximale efficace qui permettra cette induction de tolérance pour obtenir à terme une réduction voire une disparition de la sensibilisation à l'allergène, explique le Dr Eric Thomas, allergologue cutané. L'allergique présentera alors des symptômes nettement réduits voire disparus en présence du ou des allergènes auxquels il est sensible".

Pour quelles allergies : acariens, alimentaires, arachide… ?

Toutes les allergies ne peuvent éligibles à la désensibilisation. Ce traitement ne peut être proposé que dans le cas d'allergies aux pollens (arbres, graminées, herbacées), aux acariens (domestiques, agricoles), aux moisissures, à certains animaux (chat, chien) et aux venins d'hyménoptères (guêpes, abeille). Plusieurs allergènes peuvent être employés lors d'une désensibilisation. Certains allergènes alimentaires invalidantes (lait, arachide, fruits à coque) peuvent également être traités mais les résultats sont inconstants.

Principe : comment ça se passe ?

Ce traitement s'étale sur une durée de 3 à 5 ans. Il existe deux modes d'administration différents :

Voie sublinguale

Cette méthode, utilisée désormais dans plus de 8 cas sur 10, consiste à déposer quelques gouttes ou comprimés sous la langue puis à les laisser fondre pendant deux minutes sans avaler. Le traitement se prend périodiquement à domicile selon un protocole prescrit par l'allergologue, selon la tolérance du patient au traitement.

Dans 70 à 80 % des cas, la désensibilisation permet de diminuer nettement les symptômes de l'allergie.

Injections

Méthode la plus connue et la plus ancienne, la désensibilisation sous forme d'injections consiste à injecter de l'extrait allergénique dans le haut du bras avec des seringues et de fines aiguilles. L'injection se fait à rythme mensuel en moyenne. "Elle doit être réalisée par un médecin ou par une infirmière sous surveillance médicale, précise le Dr Thomas. Actuellement en France cette forme d'administration est limitée aux venins d'hyménoptères (guêpes, abeille)".

Qui consulter ?

L'allergologue est l'interlocuteur incontournable pour le choix et le suivi.

Efficacité

Dans 70 à 80 % des cas, la désensibilisation permet de diminuer nettement les symptômes de l'allergie. "De nombreuses études ont démontré l'effet préventif d'apparition d'un asthme ainsi que la prévention de sensibilisations secondaires à d'autres allergènes", ajoute notre expert.

Durée des résultats

S'il varie d'une personne à l'autre, il est constaté un effet bénéfique à long terme du traitement. Il arrive que des cures de rappel saisonnières soient indiquées sur quelques années, si les symptômes reviennent persistants sur des périodes prolongées.

Dangers et effets secondaires

Une intolérance bucco-pharyngée (démangeaisons buccales, linguale, pharyngée) voire un gonflement labial peut s'observer, devant laquelle une adaptation de dose peut être proposée. Des épisodes de toux, rechute de rhinite voire asthme ou urticaire sont exceptionnels. "A ce jour, aucune réaction sévère documentée n'a été observée. De nombreuses études ont montré en général une tolérance des vaccins allergéniques chez une majorité de patients", précise l'allergologue.

Contre-indication

Une désensibilisation n'est en principe pas proposée :

  • en cas de maladies auto-immunes ou de cancers (selon un principe de précaution),
  • chez les enfants de moins de 5 ans (la prise correcte n'est pas garantie).
  • elle sera interrompue en cas de mauvaise tolérance après plusieurs essais par le patient (souvent corrélée à une inefficacité), en cas d'inefficacité au bout d'1 an de traitement, et également en cas d'inobservance régulière (qui ne peut pas garantir l'efficacité). Dans ces 3 situations la voie injectable pourrait être une alternative.

Merci au Dr Eric Thomas, allergologue cutané au DermoMedicalCenter.