Névralgie pudendale : premiers symptômes, causes, traitement

La névralgie pudendale, également appelée "syndrome du canal d'Alcock", est une maladie neurologique à l'origine d'intenses douleurs dans la région du siège, accentuées en position assise. Le point sur cette pathologie avec le Dr Gaelle Paradot, neurochirurgienne à Paris.

Névralgie pudendale : premiers symptômes, causes, traitement
© Nonwarit Pruetisirirot - 123RF

Définition

Issu de la moelle épinière, le nerf pudendal passe par le bassin et donne naissance au nerf rectal. Il se divise également en deux branches : le nerf périnéal et le nerf dorsal du clitoris (chez la femme) ou le nerf dorsal de la verge (chez l'homme). La névralgie pudendale est une neuropathie caractérisée par une compression du nerf pudendal. Il s'agit d'une affection évolutive, dont les symptômes s'installent généralement pendant plusieurs mois.

Les symptômes

La névralgie pudendale se manifeste par une douleur importante et chronique au niveau du siège, aggravée en position assise et soulagée au repos. "Chez la femme, les douleurs peuvent toucher la vulve, le clitoris, le vagin, l'anus et la partie allant de l'anus au vagin. Chez les hommes, les douleurs auront la même localisation donc seront au niveau de la verge, des testicules et de l'anus" décrit le Dr Paradot. Cette douleur est souvent perçue comme une brûlure, une décharge électrique, un pincement ou un engourdissement. Elle s'accompagne parfois d'une sensation de corps étranger dans le vagin ou dans le rectum. L'intensité de la douleur causée par une névralgie pudendale peut se révéler intolérable, avec un retentissement sur le quotidien, la vie sociale et la vie professionnelle.

Causes et facteurs de risque

Les causes d'une compression du nerf pudendal sont méconnues, elle s'installe la plupart du temps sans qu'on en trouve l'explication. Il existe cependant quelques facteurs de risque :

  • La pratique répétée d'activités comme l'équitation ou le cyclisme peut être à l'origine de micro-traumatismes sur le trajet du nerf pudendal, entravant sa mobilité.
  • "Il y a probablement une susceptibilité anatomique chez certaines personnes, qui ont, par exemple, un canal d'alcock un peu rétréci ayant davantage tendance à se coincer" précise la neurologue.
  • Elle peut s'installer après une chute, provoquant probablement un hématome ou une compression sur le nerf.
  • Elle peut être consécutive à une intervention chirurgicale dans la région traversée par le nerf ou à un traumatisme (chute).

Diagnostic

Il n'existe à l'heure actuelle pas de méthode spécifique au diagnostic d'une névralgie pudendale. Le diagnostic repose essentiellement sur la description des symptômes selon cinq critères, appelés les critères de Nantes. Des examens complémentaires d'imagerie, tels que l'IRM du dos ou du bassin, peuvent être indiqués. "Ces examens d'imagerie ont pour but d'éliminer d'autres causes responsables des douleurs (tumeur du bassin ou de la moelle) et non pas de confirmer le diagnostic en vérifiant que le nerf est bien coincé. Aucun examen d'imagerie ne permet de poser le diagnostic" précise le Dr Paradot.

Critères de Nantes

"Les critères de Nantes sont les signes cliniques qui permettent de poser le diagnostic" explique la spécialiste. Ils sont au nombre de cinq :

  • Douleur localisée dans la région périnéale sur le trajet du nerf pudendal,
  • Douleur aggravée par la position assise, notamment soulagée sur le siège des WC qui met le siège en décompression,
  • La douleur n'est pas accompagnée d'un engourdissement de cette zone,
  • Un test anesthésique par infiltration d'un produit anesthésiant dans la région douloureuse qui doit entraîner une amélioration très nette des symptômes.
  • Pas de réveil nocturne : normalement les douleurs ne réveillent pas les patients dans la nuit.

Traitement

"La prise en charge doit vraiment être multidisciplinaire pour être efficace" explique la spécialiste. Elle repose en première intention sur un traitement médicamenteux visant à réduire la douleur neuropathique : "On propose généralement des médicaments antiépileptiques, explique la neurochirurgienne. Par ailleurs, très souvent, les douleurs sont associées à un syndrome dépressif, ou à une a nxiété très importante (dans plus de 50% des cas), qui nécessite un traitement antidépresseur, essentiel pour une bonne prise en charge". En effet la douleur est forte, lancinante et dure longtemps, elle peut littéralement "rendre fou".

Une cure thermale ?

En parallèle, des cures thermales peuvent être proposées. Pour la neurochirurgienne, "elles ne peut pas faire de mal mais il n'y a pas de preuve de leur efficacité dans la névralgie pudendale et pas d'indication à la prescrire". 

Des infiltrations de corticoïdes ? 

On ne propose plus d'infiltrations de corticoïdes à visée thérapeutique, dont l'efficacité est limitée (16% seulement) et qui peut provoquer des nécroses musculaires.

La chirurgie

"Au-delà de 6 mois de douleur, on peut commencer à envisager la chirurgie : la technique la plus efficace est par voie transglutéal, par une incision au niveau de la fesse pour libérer le nerf pudendal" explique la neurochirurgienne. D'après de récentes études, cette chirurgie améliorerait les douleurs dans 70% des cas. Un petit nerf appelé nerf clunéal, proche du nerf pudendal, a récemment été mis en lumière. "Il pourrait être lui aussi responsable de douleur névralgique très similaire à celles de la névralgie pudendale, et sa libération lors de l'intervention chirurgicale augmenterait significativement la diminution des douleurs" ajoute la neurochirurgienne. Après l'intervention, les résultats ne sont le plus souvent pas immédiat. Ils se font vraiment ressentir à partir de 6 mois et peuvent se poursuivre pendant les deux ans qui suivent la chirurgie.

Kinésithérapie

Proposée en première intention, elle permet d'améliorer les douleurs musculo-squelettique liées à la compression du nerf. Des résultats suggèrent que deux fois sur trois en moyenne, les patients sont soulagés par la séance. La manipulation consiste à un massage du nerf par voie externe ou interne. Les séances de kinésithérapie prescrites par un médecin sont prises en charge par la sécurité sociale.

Ostéopathie

L'ostéopathie fait également partie des traitements proposés pour diminuer les douleurs liées à la névralgie pudendale. Elle permet la mobilisation de toutes les structures, qu'elles soient osseuses, ligamentaires, musculaires ou organique, afin de réduire efficacement les
tensions. Ces manipulations donneraient de très bons résultats pour améliorer les douleurs et le quotidien des patients. Les séances d'ostéopathie ne sont pas prises en charge par la sécurité sociale mais certaines mutuelles proposent un forfait annuel de remboursement.

Névralgie pudendale après grossesse

"Il arrive qu'un accouchement très traumatique entraine une déchirure ou un étirement du nerf pudendal, explique la spécialiste, mais il ne s'agit plus de la même pathologie : le nerf est abîmé mais pas coincé, le traitement est différent."

Merci au Dr Gaelle Paradot, neurochirurgienne à Paris.

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