Vaccin anti coronavirus : des avancées prometteuses

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"Vaccin anti coronavirus : des avancées prometteuses"

La recherche d'un vaccin contre le contre le Covid-19 avance. L'entreprise allemande BioNTech annonce de bons résultats préliminaires sur 45 patients. Tandis que le laboratoire Astrazeneca annonce qu'un vaccin conçu par l'Université d'Oxford pourrait être disponible cet automne et distribué à 400 000 millions de doses en Europe.

[Mise à jour le jeudi 2 juillet 2020 à 11h24] Alors que l'épidémie de coronavirus s'est stabilisée en France, l'entreprise allemande BioNTech et l'américain Pfizer annoncent le 1er juillet des résultats préliminaires positifs pour leur projet commun de vaccin contre le Covid-19. La recherche mondiale avance et permet d'envisager la sortie d'un vaccin avant la fin de l'année. Dans un communiqué du 13 juin, le laboratoire Astrazeneca a annoncé la signature d'un accord avec l'Alliance Inclusive pour le Vaccin (AIV), dirigée par l'Allemagne, la France, l'Italie et les Pays-Bas, pour fournir jusqu'à 400 millions de doses du vaccin potentiel contre le Covid-19, actuellement en développement clinique par l'Université anglaise de Oxford. Le mois dernier, l'Université a annoncé le début d'un essai de phase II/III au Royaume-Uni sur l'AZD1222 chez environ 10 000 adultes volontaires. D'autres essais à un stade avancé devraient commencer dans un certain nombre de pays. "Les études que nous menons en ce moment nous permettront d'avoir des résultats à l'automne", assure Olivier Nataf, président d'AstraZeneca France, sur France Info. S'ils sont concluants, il pourrait y avoir "un début de livraison de fourniture de vaccin potentiellement pour la fin de l'année sur une partie des doses".  AstraZeneca reconnaît que le vaccin potentiel peut ne pas fonctionner mais s'est engagé à faire progresser le programme clinique avec rapidité. De plus, la société s'est engagée à "ne pas faire de profits sur ce vaccin". Il serait vendu à prix coûtant. "Cet accord garantira que des centaines de millions d'Européens auront accès au vaccin de l'Université d'Oxford après son approbation. Notre chaîne d'approvisionnement européenne devant bientôt démarrer la production, nous espérons rendre le vaccin largement et rapidement disponible" a commenté Pascal Soriot, directeur général d'Astrazeneca dans le communiqué de la société. Le laboratoire a conclu des accords similaires avec le Royaume-Uni, les États-Unis. La capacité de fabrication totale s'élève actuellement à deux milliards de doses. La société AstraZeneca est un groupe pharmaceutique international, né en 1999 de la fusion du suédois Astra et du britannique Zeneca.

Fabrication d'un vaccin : les grandes étapes

Les équipes de chercheurs avancent sur l'élaboration d'un vaccin contre le nouveau coronavirus, mais toutes sont unanimes : il va falloir plusieurs mois pour le mettre au point, il ne permettra donc pas d'enrayer l'épidémie de coronavirus actuelle. En effet, il ne suffit pas seulement de trouver la bonne formule, le vaccin doit ensuite être testé sur les animaux, puis sur les humains et ce, à chaque étape de son processus de fabrication. Au total, il faut compter entre 6 et 36 mois pour la production, le conditionnement et la livraison auprès des différents pays concernés qui vont à leur tour effectuer des contrôles de qualité. "Obtenir un vaccin efficace, non toxique et donc utilisable prend des mois voire plusieurs années. Cette épidémie va cependant permettre d'accélérer peut-être la mise au point d'un vaccin actif sur coronavirus, celui découvert à Wuhan en 2019 ou d'autres (comme on a déjà vu il y a 10 et 20 ans avec le SRAS et le MERS) ou au moins aider à optimiser la technique et le ciblage sur coronavirus", commente Mathieu Lafaurie, infectiologue à l'hôpital Saint-Louis.

"L'efficacité d'un vaccin ne peut se démontrer que sur le long terme."

Vaccin contre le coronavirus : quelle efficacité ?

Selon un porte-parole du service du Pr Didier Raoult, Directeur de l'IHU Méditerranée Infection, il n'est pas raisonnable de penser que le vaccin est une solution à court terme : "L'efficacité d'un vaccin ne peut se démontrer que sur le long terme. Il faut que des personnes vaccinées et non vaccinées contre le virus aient été exposées dans une zone à risque pour que l'on puisse démontrer que la population vaccinée a été moins touchée que la population non vaccinée. Or, cela demande nécessairement un temps long". Mais même si l'"on sait que la mise au point d'un vaccin, via les approches classiques, nécessite environ 18 mois, rétorque Nicolas Manel, directeur de recherche à l'Inserm au sein de l'unité "Immunité et cancer" de l'Institut Curie, la (relative) bonne nouvelle concernant ce virus, c'est qu'il est très stable génétiquement (à l'inverse du VIH par exemple) et les vaccins actuellement en cours de développement devraient être efficaces plusieurs mois, voire plusieurs années. Le virus va circuler par vague et pour les prochaines, nous disposerons du vaccin qui devrait nous permettre de circonscrire l'épidémie" assure l'expert dans un communiqué du 8 avril.

Vaccin contre le coronavirus : quand sera-t-il disponible ?

Le Premier ministre Edouard Philippe avait indiqué le 19 avril qu'il n'y aurait pas de vaccin avant 2021. Ce qu'avait aussi annoncé l'Agence européenne du médicament (EMA) le 31 mars en indiquant "qu'il pourrait s'écouler au moins un an" avant qu'il ne soit prêt et disponible en quantités suffisantes. Mais si les résultats des essais cliniques en cours par l'Université d'Oxford sont positifs, le laboratoire Astrazeneca pourrait livrer des premières doses de vaccin avant la fin de l'année 2020, comme l'a indiqué Olivier Nataf, président d'AstraZeneca France, sur France Info le 14 juin. Les doses "doivent être distribuées à tous les États membres qui veulent participer, en fonction de la taille de leur population", a précisé le ministère allemand de la Santé en réponse.

Les vaccins en cours de test

Face à un virus très contagieux et mortel pour les plus fragiles, la Commission européenne a débloqué 10 millions d'euros pour la recherche d'un vaccin et soutient un projet mettant en lien 300 hôpitaux et 900 laboratoires. Actuellement, 23 projets de vaccin sont en cours d'essais, selon la London School of Hygiene & Tropical Medicine, et plusieurs sont déjà passés à la deuxième voire la troisième phase, qui consiste à injecter le vaccin sur des milliers ou des dizaines de milliers de patients volontaires afin de vérifier s'il permet une protection immunitaire contre le virus. Le vaccin de l'américain Moderna et celui de l'université britannique d'Oxford alliée au laboratoire AstraZeneca sont parmi les plus avancés dans les essais à grande échelle, parallèlement à plusieurs projets chinois, notamment celui de CanSinoBIO qui est en cours de test sur des soldats de l'armée chinoise.

• En France, une Task Force (force opérationnelle) a été mise en place à l'Institut Pasteur pour le développement de vaccins dès le début de l'épidémie. Plusieurs pistes ont été élaborées :

→ celle du vaccin de la rougeole (même famille de virus que le coronavirus SARS-CoV-2). La première consiste à assembler le génome du vaccin de la rougeole avec une partie de celui du coronavirus pour obtenir un dérivé de vaccin que tous les pays du monde savent produire. Des tests sur des souris ont commencé le 11 mars.

Vaccin BCG. Plusieurs essais cliniques confirment que le BCG, le vaccin contre la tuberculose renforcerait nos défenses immunitaires contre le coronavirus, a estimé l'Institut Pasteur de Lille qui a lancé une grande étude sur 1 000 personnes pour vérifier cette hypothèse. Plusieurs chercheurs dans le monde travaillent sur la piste du vaccin BCG anti tuberculose, contre le coronavirus. "Lorsqu'il y a une couverture vaccinale BCG importante dans un pays donné, nous nous apercevons que la gravité de la maladie Covid-19 est moindre", a déclaré Laurent Lagrost, directeur de recherche à l'Inserm, sur LCI. Les personnes vaccinées contre le BCG ne seraient donc pas immunisées contre le SARS-CoV-2 mais moins à risque de développer une forme grave en stimulant la mémoire de l'immunité innée (première immunité à entrer en jeu face à une infection) et en induisant ainsi une 'immunité innée entraînée' explique l'Inserm dans un communiqué. Les résultats prometteurs ont été publiés dans la revue Cell Stem Cell

celle des anticorps. Dans un communiqué du 15 avril, l'Institut Pasteur explique que son laboratoire Immunologie humorale recherche des anticorps capables de neutraliser le virus SARS-Cov-2. L'équipe dirigée par Hugo Mouquet va isoler des lymphocytes B mémoires spécifiques du virus à partir du sang de patients en rémission, puis les utiliser pour permettre la production d'anticorps monoclonaux qu'elle étudiera au cas par cas. L'équipe espère ainsi proposer des anticorps monoclonaux potentiellement thérapeutiques, et contribuer au développement d'un vaccin. 

• Au niveau européen, la France, l'Allemagne, l'Italie et les Pays-Bas  ont lancé en juin l'Alliance européenne pour le vaccin contre le Covid-19. Son rôle : agir collectivement pour suivre les recherches les plus prometteuses, négocier des pré-accords avec les entreprises pharmaceutiques dans le but d'assurer la production d'un vaccin en Europe, à un prix juste. L'initiative a été présentée le 3 juin à Bruxelles en présence du ministre de la Santé Olivier Véran et de la secrétaire d'État auprès du ministre de l'Économie et des Finances Agnès Pannier-Runacher. Cette alliance a signé un accord le 13 juin avec la laboratoire Astrazeneca pour la fourniture de 400 000 millions de dose d'un vaccin baptisé AZD1222 actuellement en test clinique par l'Université d'Oxford sur plusieurs milliers de patients au Royaume-Uni, au Brésil et aux Etats-Unis, des pays où le virus circule encore beaucoup. Il s'agit d'un vaccin "sur la base d'un vecteur viral, explique Olivier Nataf,  président d'AstraZeneca France à France InfoVous prenez un virus qui est inactivé, on change son code génétique pour insérer le code génétique qui va permettre de produire la protéine du coronavirus. En produisant cette protéine, le patient va pouvoir développer une réponse immunitaire contre la protéine caractéristique du coronavirus." Cette protéine s'appelle "Spike" et elle permet au Sars-CoV-2 de pénétrer dans les cellules. "Les études que nous menons en ce moment nous permettront d'avoir des résultats à l'automne", assure Olivier Nataf. S'ils sont concluants, le vaccin pourrait commencer à être distribué avant la fin de l'année 2020. "AstraZeneca reconnaît que le vaccin pourrait ne pas fonctionner, mais s'engage à faire progresser le programme clinique avec rapidité", précise l'entreprise dans un communiqué (en anglais)

• En Chine, le laboratoire CanSino Biologics a annoncé le 22 mai des résultats prometteurs d'un vaccin recombinant à adénovirus de type 5 (Ad5), en obtenant un "début" d'immunité chez l'humain (108 participants) : "Les anticorps ELISA et les anticorps neutralisants ont augmenté de manière significative au jour 14 et ont culminé 28 jours après la vaccination" indique Wei Chen, l'auteur principal de l'étude parue dans la revue médicale The Lancet. Les essais sont passés en phase II ce qui pourrait produire des résultats en juillet annonce les autorités chinoises. Il s'agit de la deuxième des trois étapes des tests sur l'homme à valider avant toute commercialisation. Aucune date de commercialisation n'a toutefois été avancée par la Chine.

• Aux Etats-Unis, le 18 mai, le laboratoire américain Moderna, premier groupe à avoir lancé un essai clinique en vue de la conception d'un vaccin, a dévoilé des "données intérimaires positives" de la phase initiale de ses essais cliniques sur 45 personnes volontaires. Une réponse immunitaire a été identifiée chez 8 d'entre eux, d'après un communiqué du laboratoire. La phase 2 des essais cliniques a démarré et la dernière phase de test est prévue quant à elle pour juillet.

• En Allemagne, le Centre de recherche sur les infections (DZIF) travaille sur le codage génétique, soit l'utilisation des parties spécifiques du virus SARS-CoV-2 contre lesquelles le corps humain peut développer des anticorps. "Les scientifiques ont identifié un élément constitutif approprié du coronavirus - une protéine de pointe -, à la surface du nouveau coronavirus. Cette protéine est utilisée par le virus pour pénétrer les cellules humaines. En conséquence, le système immunitaire peut identifier ces protéines comme "étrangères", ce qui stimulerait une réponse immunitaire et la production d'anticorps et de cellules T spécifiques contre la protéine de pointe" détaille un communiqué du DZIF le 9 mars. L'entreprise allemande BioNTech et le laboratoire pharmaceutique américain Pfizer ont annoncé le 1er juillet des résultats préliminaires positifs pour leur projet commun de vaccin BNT162b1 contre le Covid-19 : ce vaccin "est capable de générer une réponse d'anticorps neutralisants chez les humains à des niveaux supérieurs ou égaux à ceux observés dans les sérums convalescents et il le fait à des doses relativement faibles", a indiqué le directeur général de BioNTech, Ugur Sahin. Les données préliminaires sont issues d'un essai dit de phase 1/2 réalisé aux Etats-Unis sur 45 personnes de 18 à 55 ans. La plupart ont reçu deux doses à 21 jours d'intervalle, soit du vaccin, soit d'un placebo, sans le savoir. L'essai visait à vérifier que le vaccin n'était pas toxique et déclenchait une réponse du système immunitaire pour préparer le corps à résister au virus. les résultats sont donc positifs, mais le vaccin a entrainé de la fièvre après l'injection d'une seconde dose. 

Collaboration internationale : les laboratoires Sanofi et GSK travaillent au développement d'un vaccin avec adjuvant contre le COVID-19, en unissant leurs technologies. "La combinaison d'un antigène protéique (apporté par Sanofi) et d'un adjuvant (dont GSK a la maîtrise) est une procédure fiable, utilisée dans plusieurs vaccins déjà commercialisés" annonçaient-ils le 14 avril. Il consiste en l'ajout d'un adjuvant à certains vaccins pour renforcer la réponse immunitaire, et crée ainsi une immunité plus forte et plus durable contre les infections que le vaccin sans adjuvant.

Merci au Dr Mathieu Lafaurie, infectiologue à l'hôpital Saint-Louis à Paris et au porte-parole du service du Pr Didier Raoult, Directeur de l'IHU Méditerranée Infection.

Sources :

Inserm, Les cellules souches sanguines ont une mémoire immunitaire et ouvrent des pistes dans la recherche sur le Covid-19, 12 mai 2020.

Institut Curie, Nicolas Manel, Covid-19 et immunologie

Institut Pasteur, les projets de recherche sur le coronavirus.

Centre de recherche Allemand sur les infections (DZIF), développement de vaccins contre le SARS-CoV-2.

Sanofi, Sanofi et GSK s'associent pour lutter contre le COVID-19, communiqué du 14 avril 2020.

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