Vaccin Coronavirus : à quelle date, quels laboratoires en tête ?

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"Vaccin Coronavirus : à quelle date, quels laboratoires en tête ?"

La recherche d'un vaccin contre le coronavirus se poursuit avec 17 vaccins au stade de l'évaluation clinique. La Commission européenne a signé en septembre un accord de précommande 300 millions de doses du vaccin de Sanofi.

[Mise à jour le lundi 28 septembre à 10h44] La course aux vaccins continue dans la lutte contre le Covid-19. L'OMS a recensé au 28 juin, 131 vaccins au stade de l'évaluation pré-clinique et 17 vaccins au stade de l'évaluation clinique chez l'homme. Parmi les vaccins en tête, celui de l'américain Moderna et celui du britannique Astrazeneca. Le 18 septembre, la Commission européenne (comprenant la France) a signé un accord de précommande de 300 millions de doses du vaccin en cours de développement par Sanofi et GSK. Comment se passe le développement d'un vaccin ? Combien de temps va-t-il falloir attendre pour en avoir un contre l'infection Covid-19 ? Liste des vaccins en cours et explications. 

Fabrication d'un vaccin : les grandes étapes

Il faut généralement une dizaine d'années pour développer un vaccin. Avec l'épidémie de coronavirus, les équipes de chercheurs doivent travailler dans des temps record. Mais elles sont toutes sont unanimes : il va falloir plusieurs mois pour le mettre au point. En effet, il ne suffit pas seulement de trouver la bonne formule, le vaccin doit ensuite être testé sur les animaux, puis sur les humains et ce, à chaque étape de son processus de fabrication. Au total, il faut compter entre 6 et 36 mois pour la production, le conditionnement et la livraison auprès des différents pays concernés qui vont à leur tour effectuer des contrôles de qualité. "Obtenir un vaccin efficace, non toxique et donc utilisable prend des mois voire plusieurs années. Cette épidémie va cependant permettre d'accélérer peut-être la mise au point d'un vaccin actif sur coronavirus, celui découvert à Wuhan en 2019 ou d'autres (comme on a déjà vu il y a 10 et 20 ans avec le SRAS et le MERS) ou au moins aider à optimiser la technique et le ciblage sur coronavirus", commente Mathieu Lafaurie, infectiologue à l'hôpital Saint-Louis.

Phases de développement d'un vaccin
Essais pré-cliniques Sur des animaux  
Essai clinique phase 1 Sur quelques dizaines de volontaires (même si le vaccin est destiné au nourrisson, la 1ère administration d'un nouvel antigène a toujours lieu chez l'adulte) Observation des effets secondaires indésirables, déterminer la tolérance du vaccin, mesurer les anticorps des volontaires...
Essai clinique phase 2 Sur plusieurs centaines de volontaires, dans plusieurs centres cliniques différents, sur plusieurs mois. Etoffer les connaissances : observer l'évolution des anticorps dans le sang des volontaires, étudier la réponse immunitaire, les effets secondaires, définition de la dose à administrer, doses de rappel, du calendrier.
Essai clinique phase 3 Sur plusieurs milliers de volontaires. Observer si le vaccin protège contre l'infection au bout de plusieurs semaines/mois après la vaccination, déceler d'éventuels effets secondaires rares, déterminer l'efficacité du vaccin selon le profil des volontaires (âge...), sa balance bénéfice/risque..
Essai clinique phase 4 Après la commercialisation du vaccin. Observer si des effets secondaires indésirables rares, graves surviennent chez des millions de personnes vaccinées. Repréciser et réadapter l'utilisation du vaccin selon les populations.

"L'efficacité d'un vaccin ne peut se démontrer que sur le long terme."

Vaccin contre le coronavirus : quelle efficacité ?

Selon un porte-parole du service du Pr Didier Raoult, Directeur de l'IHU Méditerranée Infection, il n'est pas raisonnable de penser que le vaccin est une solution à court terme : "L'efficacité d'un vaccin ne peut se démontrer que sur le long terme. Il faut que des personnes vaccinées et non vaccinées contre le virus aient été exposées dans une zone à risque pour que l'on puisse démontrer que la population vaccinée a été moins touchée que la population non vaccinée. Or, cela demande nécessairement un temps long". Mais même si l'"on sait que la mise au point d'un vaccin, via les approches classiques, nécessite environ 18 mois, rétorque Nicolas Manel, directeur de recherche à l'Inserm au sein de l'unité "Immunité et cancer" de l'Institut Curie, la (relative) bonne nouvelle concernant ce virus, c'est qu'il est très stable génétiquement (à l'inverse du VIH par exemple) et les vaccins actuellement en cours de développement devraient être efficaces plusieurs mois, voire plusieurs années. Le virus va circuler par vague et pour les prochaines, nous disposerons du vaccin qui devrait nous permettre de circonscrire l'épidémie" assure l'expert dans un communiqué du 8 avril.

Vaccin contre le coronavirus : quand sera-t-il disponible ?

L'ex-Premier ministre Edouard Philippe avait indiqué le 19 avril qu'il n'y aurait pas de vaccin avant 2021. Ce qui est confirmé par le Comité vaccin français le 24 août dans un article de Libération : "si tout continue à bien se dérouler, nous pourrons voir arriver un vaccin au premier trimestre 2021", indique Marie-Paule Kieny, la présidente du nouveau Comité vaccin et directrice de recherche à l'Inserm. Dans un Avis du 24 juillet, le Conseil scientifique indiquait s'attendre à avoir "plusieurs dizaines de millions de doses de vaccins disponibles entre le dernier trimestre de l'année 2020 et le premier trimestre de 2021".

Les vaccins en cours de test

Face à un virus très contagieux et mortel pour les plus fragiles, la Commission européenne a débloqué 10 millions d'euros pour la recherche d'un vaccin et soutient un projet mettant en lien 300 hôpitaux et 900 laboratoires. L'OMS a recensé au 28 juin 2020 131 vaccins au stade de l'évaluation pré-clinique et 17 vaccins au stade de l'évaluation clinique chez l'homme. Deux types de vaccins sont à l'étude :

  • Vaccin "stérilisant" permettant d'interrompre la transmission du virus.
  • Vaccin protecteur contre la maladie mais n'empêchant pas la transmission de l'infection : la vaccination pourrait être alors ciblée sur des populations spécifiques.

Quels vaccins en France ?

En France, une Task Force (force opérationnelle) a été mise en place à l'Institut Pasteur pour le développement de vaccins dès le début de l'épidémie. Plusieurs pistes ont été élaborées :

→ celle du vaccin de la rougeole (même famille de virus que le coronavirus SARS-CoV-2). La première consiste à assembler le génome du vaccin de la rougeole avec une partie de celui du coronavirus pour obtenir un dérivé de vaccin que tous les pays du monde savent produire. Des tests sur des souris ont commencé le 11 mars.

Vaccin BCG. Plusieurs essais cliniques confirment que le BCG, le vaccin contre la tuberculose renforcerait nos défenses immunitaires contre le coronavirus, a estimé l'Institut Pasteur de Lille qui a lancé une grande étude sur 1 000 personnes pour vérifier cette hypothèse. Plusieurs chercheurs dans le monde travaillent sur la piste du vaccin BCG anti tuberculose, contre le coronavirus. "Lorsqu'il y a une couverture vaccinale BCG importante dans un pays donné, nous nous apercevons que la gravité de la maladie Covid-19 est moindre", avait déclaré Laurent Lagrost, directeur de recherche à l'Inserm, sur LCI en avril. Ce que confirme une étude américaine publiée le 9 juillet dans la revue PNAS. D'après ses auteurs, "plusieurs associations significatives entre la vaccination par le BCG et la réduction des décès par COVID-19 ont été observées". Les personnes vaccinées contre le BCG ne seraient pas immunisées contre le SARS-CoV-2 mais moins à risque de développer une forme grave en stimulant la mémoire de l'immunité innée (première immunité à entrer en jeu face à une infection) et en induisant ainsi une 'immunité innée entraînée' expliquait l'Inserm dont les résultats avaient été été publiés dans la revue Cell Stem Cell

celle des anticorps. Dans un communiqué du 15 avril, l'Institut Pasteur explique que son laboratoire Immunologie humorale recherche des anticorps capables de neutraliser le virus SARS-Cov-2. L'équipe dirigée par Hugo Mouquet va isoler des lymphocytes B mémoires spécifiques du virus à partir du sang de patients en rémission, puis les utiliser pour permettre la production d'anticorps monoclonaux qu'elle étudiera au cas par cas. L'équipe espère ainsi proposer des anticorps monoclonaux potentiellement thérapeutiques, et contribuer au développement d'un vaccin. 

Le vaccin Sanofi-GSK ; Par ailleurs, un vaccin est développé par par Sanofi et GSK, pour une production en Europe et notamment en France. "La combinaison d'un antigène protéique (apporté par Sanofi) et d'un adjuvant (dont GSK a la maîtrise) est une procédure fiable, utilisée dans plusieurs vaccins déjà commercialisés" annonçaient-ils le 14 avril. Il consiste en l'ajout d'un adjuvant à certains vaccins pour renforcer la réponse immunitaire, et crée ainsi une immunité plus forte et plus durable contre les infections que le vaccin sans adjuvant. Dans un communiqué du 18 septembre, le ministère de la Santé français a indiqué que la Commission européenne leur a signé un accord de précommande de 300 millions de doses. Il pourrait être disponible dans le courant de l'année 2021.

Le vaccin Moderna aux Etats-Unis

Le vaccin du laboratoire américain Moderna fait partie des plus avancés dans les essais à grande échelle. Le vaccin ARN messager testé par Moderna ne consiste pas à inoculer le virus (comme c'est le cas habituellement) mais une part du code génétique du virus. Un concept qui n'a jamais prouvé son efficacité contre d'autres virus. La dernière phase de son essai clinique (phase 3) a débuté le 27 juillet. Ce vaccin expérimental a déclenché des anticorps contre le coronavirus chez les 45 participants suivis dans la première phase de l'essai. Il est désormais testé sur 30 000 personnes : la moitié d'entre elles reçoivent une dose de 100 microgrammes, les autres un placebo. Moderna a annoncé que 28% des participants étaient issus de minorités noires et hispaniques, particulièrement touchées par la pandémie aux Etats-Unis. L'étude devrait durer jusqu'au 27 octobre 2022, mais la firme espère des premiers résultats en novembre prochain.

Le vaccin d'Astrazeneca

La France, l'Allemagne, l'Italie et les Pays-Bas ont lancé en juin l'Alliance européenne pour le vaccin contre le Covid-19. Son rôle : agir collectivement pour suivre les recherches les plus prometteuses, négocier des pré-accords avec les entreprises pharmaceutiques dans le but d'assurer la production d'un vaccin en Europe, à un prix juste. Cette alliance a signé un accord le 13 juin avec le laboratoire anglais AstraZeneca pour la fourniture de 400 000 millions de doses d'un vaccin baptisé AZD1222 actuellement en test clinique par l'Université d'Oxford sur plusieurs milliers de patients au Royaume-Uni, au Brésil et aux Etats-Unis, des pays où le virus circule encore beaucoup. Les espoirs s'étaient arrêtés le 8 septembre quand le laboratoire a annoncé interrompre ses essais de phase 3 en raison de la réaction négative d'un des patients au Royaume-Uni. Ils ont pu reprendre le 12 septembre au Royaume-Uni, Brésil et en Afrique du Sud, mais pas aux Etats-Unis.

Qui serait vacciné en premier ?

Dans un Avis publié le 24 juillet, le Conseil scientifique Covid-19 indique qu'il faut dès maintenant préparer une stratégie vaccinale. "Le ciblage des populations prioritaires est crucial".  Parmi ces populations en France (Hexagone et Outre-mer), se trouvent environ 6,8 millions de personnes à risque d'exposition professionnelle avec une "priorité très élevée". Parmi les autres groupes prioritaires, les personnes exposées du fait de leur âge ou de leur état de santé, soit environ 23 millions de personnes en France, celles en grande précarité (environ 250 000 personnes), celles exposés par leur emploi au contact de la population (commerçants, aides à domicile, enseignants, chauffeurs de bus) ou travaillant en milieux confinés à risque (abattoirs, taxis/VTC, ou encore croisières) ou ayant un hébergement confiné à risque (travailleurs migrants, site de construction...).

Merci au Dr Mathieu Lafaurie, infectiologue à l'hôpital Saint-Louis à Paris et au porte-parole du service du Pr Didier Raoult, Directeur de l'IHU Méditerranée Infection.

Sources :

Recherche clinique (vaccinologie), Faculté de médecine - Université Paris Descartes

Essai vaccinal : les différente étapes, CRIPS Ile-de-France, avril 2016. 

"Vaccin contre le Sars-CoV-2 - 9 juillet 2020 Une stratégie de vaccination", Conseil scientifique Covid-19

Inserm, Les cellules souches sanguines ont une mémoire immunitaire et ouvrent des pistes dans la recherche sur le Covid-19, 12 mai 2020.

Institut Curie, Nicolas Manel, Covid-19 et immunologie

Institut Pasteur, les projets de recherche sur le coronavirus.

Centre de recherche Allemand sur les infections (DZIF), développement de vaccins contre le SARS-CoV-2.

Sanofi, Sanofi et GSK s'associent pour lutter contre le COVID-19, communiqué du 14 avril 2020.