Dengue : symptômes d'alerte, transmission, vaccin, traitements

La dengue (ou la "grippe tropicale") est une maladie virale transmise à l'homme par un moustique du genre Aedes. En France, il est surtout présent dans le sud. Quels sont les symptômes de cette maladie ? Est-elle contagieuse ? Existe-t-il un vaccin ? Quels sont les traitements ?

Dengue : symptômes d'alerte, transmission, vaccin, traitements
© Sunthorn Viriyapan - 123RF

Définition : qu'est-ce que la dengue ?

Il s'agit d'une maladie très souvent bénigne.

La dengue est une maladie due à un virus transmis à l'homme par les moustiques femelles du genre Aedes, principalement l'espèce Aedes aegypti. Parfois l'Aedes albopictus, plus communément appelé le moustique tigre. Il s'agit d'une maladie très souvent bénigne. Le virus de la dengue est un arbovirus (virus transmis par des insectes) réparti en 4 sérotypes :

  • DEN-1,
  • DEN-2,
  • DEN-3
  • DEN-4.

Chez les personnes qui ont été infectées, la guérison entraîne une immunité à vie contre le sérotype à l'origine de l'infection, mais pas contre les trois autres. Un individu peut donc être infecté par chacun des quatre sérotypes de la dengue au cours de sa vie.

Comment se transmet la dengue ?

Le principal vecteur du virus de la dengue est le moustique Aedes aegypti qui vit en milieu urbain et qui se reproduit principalement dans des récipients contenant de l'eau stagnante. C'est la femelle qui pique, essentiellement le jour, avec un pic d'activité tôt le matin et le soir avant le crépuscule"Un second vecteur potentiel de la dengue est l'Aedes albopictus (ou "moustique tigre" qui transmet également du chikungunya), à activité diurne, présent en Asie et qui s'est propagé en Amérique du Nord et en Europe. Doté d'une grande facilité d'adaptation dans les zones tempérées, il a été introduit en 2004 dans les Alpes-Maritimes, et sa zone d'implantation ne cesse de s'étendre", rappelle le Professeur Anna-Bella Failloux, responsable de l'unité de recherche et d'expertise "Arbovirus et Insectes vecteurs" à l'Institut Pasteur.

► Le mode de contamination est classique : le moustique se contamine en piquant une personne déjà infectée et peut ainsi transmettre le virus en piquant un autre individu quelques jours après. Une fois dans l'organisme, le virus se multiplie et persiste 3 à 10 jours. La personne infectée par la dengue n'est pas contagieuse pour un autre être humain, par contre elle peut contaminer d'autres moustiques du genre Aedes si elle est à nouveau piquée dans une période allant de 1 à 2 jours avant le début des symptômes et jusqu'à 7 jours après.

Quels sont les symptômes de la dengue ?

Les symptômes sont le plus souvent de type grippal (forte fièvre, maux de tête, nausées, vomissements, douleurs articulaires et musculaires et éruption cutanée ressemblant à celle de la rougeole) se manifestant dans les 3 à 14 jours (4 à 7 jours en moyenne de période d'incubation) qui suivent la piqûre par le moustique. Le plus souvent bénigne bien qu'invalidante, la dengue classique peut toutefois se compliquer en formes hémorragiques.

► Consulter immédiatement son médecin traitant en présence de symptômes évocateurs (forte fièvre d'apparition brutale, douleurs musculaires ou articulaires, douleurs oculaires, fatigue, maux de tête), en particulier s'ils apparaissent dans les 15 jours qui suivent le retour d'un voyage en zone tropicale.

Quelles sont les personnes à risque ?

La dengue touche indifféremment les nourrissons, les jeunes enfants et les adultes. Il n'y a donc pas de personnes à risque plus que d'autres. Néanmoins, les personnes vivant dans les zones de forte circulation du virus (voir ci-dessous) sont les plus exposées. 

Quels sont les pays à risque concernés par la dengue ?

Deux milliards et demi de personnes vivent dans des zones à risque. La dengue sévit principalement dans l'ensemble de la zone intertropicale. Longtemps limitée à l'Asie du Sud-est, elle ne cesse de s'étendre à l'Océan Indien, au Pacifique Sud, aux Antilles françaises et à l'Amérique Latine, où les cas annuels rapportés ont été multipliés par 60 entre 1989 et 1993 comparativement à la période précédente (1984-1988).

Où est-elle présente en France ?

"Ces dernières années, Aedes albopictus, vecteur secondaire de la dengue en Asie, s'est implanté en Amérique du Nord et en Europe, y compris en France où les 2 premiers cas autochtones ont été recensés en 2010 à Nice. En 2019, le moustique vecteur est implanté dans 51 départements français" ajoute la spécialiste qui recommande de se faire vacciner avant de partir en voyage au Centre médical de l'Institut Pasteur. Selon l'OMS, il y aurait plus de 50 millions de cas de dengue estimés par an, dans le monde. Dont 500 000 cas de dengue hémorragique. Un cas autochtone de dengue a été signalé par l'Agence régionale de Santé Provence-Alpes-Côte-d'Azur dans un communiqué de presse publié le 8 septembre 2020. Il s'agit d'une touriste hollandaise, diagnostiquée à son retour de vacances et qui a été contaminée lors d'un séjour à la Croix Valmer dans le département du Var (83). Quelques jours avant, le 4 septembre, une personne atteinte de la dengue avait déjà été diagnostiquée à Nice dans les Alpes-Maritimes (06). Elle avait immédiatement été prise en charge par son médecin traitant et est aujourd'hui guérie. Le 7 septembre, une deuxième personne atteinte de la dengue avait été diagnostiquée à Nice dans le cadre des interventions réalisées autour du premier cas. Ces deux cas ont pu confirmer la circulation du virus dans cette zone. En revanche, il n'y aurait a priori aucun lien établi entre les cas de Nice et celui du Var. Pour éviter la propagation de la maladie, le quartier du lieu de résidence des personnes atteintes ont dû rapidement être démoustiqué.

Les anti-inflammatoires non stéroïdiens et l'aspirine sont contre-indiqués.

Comment se fait le diagnostic de la dengue ?

Le diagnostic précoce peut être fait par la recherche de l'antigène NS1, une protéine du virus de la dengue détectée dans le sérum des personnes atteintes de dengue dès l'apparition de la fièvre ; l'identification du virus peut-être aussi réalisée précocement.
La recherche d'anticorps de type IgM, ne se positive que vers le 6 ou 7° jour de fièvre et persistent en moyenne 2 à 3 mois. D'autres examens biologiques plus sophistiqués, type PCR ou cultures virales sont réservés à la recherche ou aux laboratoires très spécialisés des centres de référence. "Le diagnostic biologique permet la déclaration de la maladie ; d'autre part, si on admet la théorie selon laquelle une deuxième infection pourrait être plus sévère, il est préférable qu'une personne sache qu'elle a déjà fait ou non un épisode de dengue, afin d'adopter des mesures préventives encore plus draconiennes", précise le Professeur Failloux.

Quels sont les traitements ?

Il n'existe pas de traitement spécifique de la dengue. Le traitement est symptomatique, destiné à lutter contre la douleur et la fièvre. Les anti-inflammatoires non stéroïdiens (ibruprofène...) et surtout l'aspirine sont contre-indiqués du fait de la thrombopénie (baisse du nombre de plaquettes) et du risque hémorragique.

Existe-t-il un vaccin contre la dengue ?

Il n'existe pas de vaccin contre la dengue. La prévention repose donc sur des mesures efficaces de lutte anti vectorielle.

Prévention : comment se protéger de la dengue ?

Selon l'ARS, pour éviter les piqûres de moustiques, il est conseillé de :

  • porter des vêtements couvrants et amples, voire de les imprégner d'insecticide pour tissus ;
  • utiliser un répulsif cutané, préférentiellement le matin en soirée, conseillé par un pharmacien, sur les zones de peau découvertes ;
  • si nécessaire, utiliser des grillages-moustiquaires sur les ouvertures (portes et fenêtres) ;
  • utiliser des moustiquaires à berceau pour les nouveau-nés ;
  • utiliser les diffuseurs électriques à l'intérieur des habitations ;
  • utiliser les serpentins insecticides uniquement en extérieur ;
  • utiliser les climatiseurs ou les ventilateurs qui gênent les moustiques.

Pour limiter le développement des moustiques autour de son domicile, il convient de :

  • vider, ranger ou éliminer tout récipient pouvant contenir de l'eau ;
  • couvrir les réserves d'eau avec une moustiquaire ou du tissu afin de les rendre hermétiques ;
  • nettoyer les gouttières et caniveaux ;
  • éviter les dépôts sauvages de déchets.

Dengue et grossesse : quels risques ?

L'infection par le virus de la dengue pendant la grossesse n'entraîne pas d'augmentation du risque de maladie ou d'aggravation de la maladie chez la mère. Le taux de malformations n'est pas augmenté, mais on observe occasionnellement des cas de fièvre dengue congénitale. Les naissances prématurées et les avortements sont possiblement plus fréquents chez les patientes atteintes de dengue. L'infection du fœtus survient avant la naissance, au cours des dernières semaines de la grossesse.

La vigilance clinique doit être maximale autour du 4e jour.

Dengue et enfants : quels risques ?

Chez les enfants de moins de 15 ans, un état de choc hypovolémique peut s'installer (refroidissement, moiteur de la peau et pouls imperceptible signalant une défaillance circulatoire) et entraîner des douleurs abdominales. Un traitement médical adapté est nécessaire pour éviter les complications et le risque de décès. Une perfusion intraveineuse doit être rapidement posée pour rétablir le volume sanguin car les hémorragies peuvent entraîner des pertes sanguines importantes.

Evolution : peut-on en mourir, quelles sont les chances de guérison ?

La dengue sévère est une complication potentiellement mortelle par la survenue d'un état de choc ou de complications hémorragiques. Généralement après la recrudescence de la fièvre, l'infection repart et peut évoluer dans de rares cas (1% des cas chez les personnes présentant des symptômes de dengue) vers une dengue grave. La vigilance clinique doit être maximale autour du 4e jour. La dengue guérit en règle générale en l'espace de 2 semaines, mais la durée de la convalescence peut prendre plusieurs semaines. Les patients peuvent se sentir assez fatigués durant cette période et développer des symptômes dépressifs. 

Réalisé avec le Professeur Anna-Bella Failloux, responsable de l'unité de recherche et d'expertise "Arbovirus et Insectes vecteurs" à l'Institut Pasteur.

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