Distilbène : retour sur l'affaire, conséquences sur les patientes

Une nouvelle étude confirme les effets nocifs du Distilbène® sur trois générations : les mères, les enfants exposés in utero et les petits-enfants. Interdit à la vente depuis 1977, ce médicament capable de prévenir les fausses couches a toutefois laissé des séquelles chez certaines personnes. Retour sur l'affaire.

Distilbène : retour sur l'affaire, conséquences sur les patientes
© Evgeny Atamanenko - 123RF

En France, entre 1948 et 1977, ce sont 200 000 femmes enceintes qui ont reçu du Distilbène®. Le Distilbène® (le diéthylboestrol) ou DES est une hormone de synthèse qui a été prescrite pour éviter des fausses couches et les risques de prématurité et pour traiter les hémorragies chez les femmes enceintes. Pour autant, ce médicament agirait comme un perturbateur endocrinien et serait lié à des problèmes gynécologiques (malformations, infertilité, accidents de grossesse, cancers), des malformations génitales, cardiaques et de l’œsophage ainsi que des séquelles de la prématurité chez les mères traitées par Distilbène®, mais également leurs enfants et leurs petits-enfants. Retour sur cette crise sanitaire. 

L'affaire Distilbène en dates

  • Entre 1948 et 1977, le Distilbène®,  nom commercial d'une hormone de synthèse (le diéthylstilboestrol, ou DES) est prescrite en France à près de 200 000 femmes enceintes pour prévenir les fausses couches.
  • Depuis 1953, le Distilbène® est soupçonné de toxicité et agirait en tant que perturbateur endocrinien, avec toutes les conséquences sur la santé que cela implique.
  • Au début des années 1980, le Dr Anne Cabau, gynécologue, découvre que certaines femmes exposées au Distilbène présentent des anomalies de l'utérus. Pendant deux ans, elle décide de mener l'enquête et de rassembler des données sur des cas de malformations. Ses travaux sont mis en lumière en 1983 dans un article du Monde avec pour titre "Les enfants du Distilbène® : une monumentale erreur médicale".
  • En 1971, le Distilbène® est interdit chez les femmes enceintes aux Etats-Unis
  • En 1977, il est interdit de commercialisation en France.
  • En 2011, la Cour d'appel de Versailles reconnaît un lien entre la prise de Distilbène® et un handicap à la troisième génération.
  • En 2014, une vaste étude épidémiologique portant sur 100 000 de ces enfants et petits-enfants estime que le risque de cancer du sein est multiplié par deux chez les 80 000 "filles DES" exposées in utero au Distilbène®. Quant aux "garçons DES", ils souffriraient plus que le reste de la population de malformations génitales (cryptorchidie (testicule non descendu à la naissance), de kyste de l'épididyme et d'atrophie testiculaire)...

Générations

Dans l'affaire du Distilbène®, on distingue trois générations :

  1. La première génération : c'est-à-dire les femmes enceintes à qui on a prescrit du Distilbène® entre 1950 et 1977. Cela concerne environ 200 000 femmes.
  2. La deuxième génération : c'est-à-dire les filles et fils des mères de la première génération, exposés in utero au Distilbène®. Ils sont 160 000 (80 000 filles et 80 000 garçons)
  3. La troisième génération ou "les petits-enfants DES".  Bien qu'ils n'aient jamais été en contact direct avec le Distilbène®, ils subissent les conséquences de l'exposition des 2 générations précédentes.

Conséquences du Distilbène®

Distilbène et risque de malformation : absence totale ou partielle d'utérus

Une nouvelle étude du Réseau DES France (association qui soutient les victimes de ce médicament) financée par l'Agence de santé et du médicament (ANSM) et relayée en exclusivité par le Parisien dans un article du 30 janvier 2020, a été menée sur 753 petites-filles de patientes auxquelles a été prescrit le Distilbène®. Parmi ces "petites-filles", trois d'entre elles seraient nées avec le syndrome de Rokitansky caractérisé par une absence totale ou partielle d'utérus. Ce nombre est anormalement élevé par rapport au reste de la population : 0.4% contre 0.02%. "Il s'agit de résultats à partir d'une enquête déclarative. On ne peut pas en tirer de conclusions définitives", déclare Anne de Cassini, vice-présidente du laboratoire belge UCB Pharma qui commercialisait à l'époque ce médicament. Pour autant, "c'est un signal qui mérite d'être creusé", ajoute Anne Wautier, une des gynécologues à avoir participé à l'étude. Rappelons que plusieurs études antérieures avaient montrées un risque accru - pour les femmes traitées avec du Distilbène®, mais également à leurs filles et à leurs petites-filles - de souffrir de cancers génitaux (utérus, vagin), de malformations génitales et d'accidents de reproduction (infertilité, grossesses extra-utérines, fausses couches, accouchements prématurés).

Distilbène et risque de cancer du sein

Une vaste étude épidémiologique menée par l'Association DES France en 2014 a montré que le risque de cancer du sein est deux fois plus élevé chez les 80 000 "filles DES" exposées in utero, quelle que soit la tranche d'âge. Soit un risque semblable à celui d'une femme dont une parente au premier degré (mère, sœur, fille) a eu un cancer du sein. Un risque important donc et qui pose la question d'une adaptation des recommandations de dépistage du cancer du sein pour ces filles dont les mères ont été exposées au Distilbène® pendant la grossesse. Ces résultats confirment en tout cas qu'elles doivent bénéficier d'un suivi gynécologique annuel, même en l'absence de symptôme. Des pertes de sang inexpliquées ou l'apparition d'une anomalie dans un sein doivent faire rapidement consulter. " L'histoire du D.E.S. n'est pas terminée. Réseau DES France va continuer de se mobiliser pour que l'information parvienne à tous les professionnels de la santé pour que les "filles DES." bénéficient d'un suivi médical adapté", souligne Anne Levadou, la Présidente de l'association DES.