Bore-out : symptômes, test, comment le soigner ?

Le bore-out correspond à un état d'épuisement mental et physique dû à un ennui au travail. Que faire lorsque cela arrive ? Quelles différences avec le burn-out et quels symptômes pour le reconnaître ? Comment le soigner ?

Bore-out : symptômes, test, comment le soigner ?
© Roman Samborskyi - 123RF

Définition : qu'est-ce que le bore-out ?

"Le bore-out, correspond à l'ennui au travail tout simplement" explique d'emblée Lionel Leroi-Cagniart, psychologue du travail. "Il s'agit d'un sous investissement au travail, d'une absence de perspective, d'un ennui profond et durable qui mènent à un épuisement général et à la dépression. C'est un sentiment d'être sous utilisé, d'avoir des compétences au dessus de ce à quoi on est utilisé et de gâcher ces compétences", décrit notre interlocuteur. Les personnes déplorent un manque d'autonomie et une absence de capacité à prendre des décisions. C'est typiquement ce qui se produit après "une placardisation" ou une mise à l'écart. Le salarié finit par passer ses journées à traîner sur internet, à enchaîner les pauses café… jusqu'à ce que cette situation devienne véritablement pesante.

Différences avec le burn-out ?

Le burn-out correspond à un épuisement par trop de travail et trop de tension. "Le burn out, c'est l'épuisement professionnel par l'excès de travail, le bore out, c'est un épuisement par manque d'utilisation de ses compétences", résume le Dr Fond. Le psychiatre établit aussi une distinction avec le "brown out" qui désigne une perte de sens dans le travail.

Pour résumer : 

  • Le bore-out est un état d'épuisement mental et physique par un manque de travail, l'ennui et donc l'absence de satisfaction dans sa profession. 
  • Le burn out est un état d'épuisement mental et physique par un excès de travail

Symptômes

"Quand on parle de symptôme, c'est que l'on parle déjà de trouble et de malaise or le bore-out n'est pas considéré comme une maladie en tant que telle. C'est un phénomène professionnel qui engendre des troubles de santé", tient à signaler le Dr Fond. Voici les étapes pour reconnaître un bore-out.

  • En premier lieu, la personne en bore-out a généralement le sentiment d'être sous employée, de ne pas être reconnue ou considérée et/ou d'être mise à l'écart.
  • Sur le plan somatique, "le bore-out se manifeste par des signes tels qu'une prise de poids, un sommeil perturbé, de l'eczéma, une aménorrhée chez les femmes, des douleurs qui ne sont pas habituelles", liste le spécialiste. Fatigue inhabituelle, troubles musculo-squelettiques et intestinaux, manifestations cutanées et insomnie sont ainsi fréquents.
  • Sur le plan psychologique "il y a de la démotivation, de l'anxiété, parfois de la culpabilité, de la tristesse, de la honte" ajoute le psychologue du travail. Il peut y avoir des "ruminations, des pensées négatives, le fait que la personne n'en parle pas au début et qu'elle rationalise"
  • Puis viennent des troubles du sommeil, des troubles d'angoisse et les personnes commencent à avoir des propos très critiques à propos du travail. Autre élément significatif : "Les week-ends ne sont pas récupérateurs alors que les vacances le sont" note le psychiatre.
  • Vient ensuite une phase de désengagement puis parfois d'effondrement (quoique cela soit moins fréquent que lors du burn out). Le salarié voit ses performances baisser, il peut avoir des troubles de la mémoire… ce qui engendre un cercle vicieux dans la mesure où il sera de moins en moins sollicité.

Causes

Sont souvent en cause dans le bore-out :

  • des tâches répétitives et monotones,
  • un décalage entre compétence et niveau d'exigence,
  • une mise à l'écart,
  • parfois, une situation de conflit, un désaccord avec les collègues, un changement de dirigeant

"Comme toutes les pathologies qui émergent dans le travail, il faut aller voir en première intention les causes du côté de l'organisation qui crée les malaises. Cette organisation relève du pouvoir de direction, il y a donc une responsabilité réelle de la direction". 

Test et diagnostic

"Il n'y a pas, aujourd'hui, d'échelle de critères clairement identifiés pour diagnostiquer le bore-out" explique le Dr. Fond. Le praticien va, en revanche établir le diagnostic de troubles anxieux, de troubles du sommeil ou de dépression et identifier la situation en fonction des propos du patient qui présente une souffrance au travail. Lionel Leroi-Cagniart indique que les facteurs de risques psychosociaux qui permettent d'analyser la situation :

  • intensité et temps de travail
  • exigences émotionnelles
  • manque d'autonomie
  • rapports sociaux au travail dégradés
  • conflits de valeurs
  • insécurité de la situation de travail

Solutions : comment le soigner ?

"Soit l'entreprise a le courage de se remettre en question et met en place des moyens de prévention, information, formation, intervention d'un psychologue du travail soit les gens font appel individuellement à un praticien (médecin généraliste, psychologue, psychiatre)", indique Lionel Leroi-Cagniart.

Sur le plan individuel, "on traite les troubles associés au bore-out comme n'importe quel trouble psychique" explique le Dr Fond et le traitement dépendra non seulement des symptômes présents mais aussi des objectifs de la personne qui pourra décider d'agir et de se demander ce qu'elle peut faire dans son travail pour améliorer les choses. Si ce n'est pas possible, le travail pourra se porter sur une thérapie d'acceptation et d'engagement afin d'identifier quelles sont les valeurs importantes desquelles la personne a été déconnectée, et de rééquilibrer les différents domaines de vie. La pratique du mindfulness permet également d'appréhender ses pensées et ses émotions, trouver comment se mettre en accord avec ses principes. Parfois la personne devra changer de poste.

Bore out et arrêt de travail

Le médecin du travail, le médecin généraliste ou le psychiatre peuvent prescrire un arrêt maladie pour protéger le salarié.

Conséquences

"Le risque de suicide existe comme pour tous les troubles liés au travail, les risques psychosomatiques sont également importants. On peut devenir psychiatriquement atteint, il y a une vraie violence sociale", souligne Lionel Leroi-Cagniart.

Prévention : en parler à la médecine du travail ?

Il convient bien sûr, en premier lieu, de parler au médecin du travail, à son médecin traitant ou à un psychiatre qui pourront éloigner la personne de l'entreprise afin de la protéger. Un psychologue du travail en entreprise pourra aider les dirigeants à effectuer un changement dans l'organisation du travail et à évaluer les risques psychosociaux. Le Dr Fond précise qu'"il faudrait une vraie politique de prévention en santé mentale y compris dans la fonction publique".

Il propose, en termes de prévention, de développer le télétravail et d'organiser les locaux de l'entreprise ou de l'institution avec des espaces silencieux et de repos dans lesquels le salarié peut s'isoler voire faire une sieste durant la journée. Il insiste également sur l'importance de ne pas négliger son sommeil.

Merci au Dr Guillaume Fond, Docteur en psychiatrie et neurosciences, psychiatre et chercheur à l'AP-HM et auteur de "Voyage au coeur de la souffrance,  Regards croisés d'un psychiatre et d'une avocate sur le burn-out et le harcèlement professionnel" et à Lionel Leroi-Cagniart, psychologue du travail.

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