Piqûre en boite de nuit : effets, que faire si ça arrive ?

Dans plusieurs villes de France, des jeunes rapportent avoir eu la sensation de piqûres dans le bras, la cuisse, la fesse lors de soirées en boîte de nuit ou en festival. Un homme a été interpellé à Lyon en possession de GHB. Il faut réagir vite. Drogues, effets, VIH, hépatite B, prévention... Conseils avec le Dr Leila Chaouachi.

Piqûre en boite de nuit : effets, que faire si ça arrive ?
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[Mise à jour le 16 mai 2022 à 10h11] Les témoignages se multiplient. En Bretagne, à Valence, Montpellier, Toulouse, Périgueux, Grenoble, Nantes, Béziers... Depuis mars 2022, des dizaines de jeunes, hommes et femmes, racontent avoir été piqués lors de soirées en discothèque ou en festivals. Un homme de 24 ans a été interpellé dans une brasserie lyonnaise dans la nuit du samedi 14 au dimanche 15 mai, en possession d'une seringue, d'un buvard de LSD et d'un produit dérivé du GHB a indiqué France 3 le 15 mai. "Nous sommes en face d'un profil de toxicomane habitué à consommer ce type de substance", précise Nicolas Jaquet, le procureur de Lyon à France 3. Il semblerait que le GHB que l'homme avait sur lui était pour sa consommation personnelle. Plusieurs victimes ont porté plainte et des enquêtes sont en cours pour trouver le(s) responsable(s) et découvrir la substance injectée. "J'ai senti comme une piqûre (...). En quelques minutes j'ai eu la tête qui tournait, puis un malaise. Très vite, je ne sentais plus aucun membre mais je n'ai jamais perdu connaissance" a raconté Arthur le 20 avril 2022 à nos confrères de Midi Libre. La piste du GHB (appelé aussi "drogue du violeur") est émise mais les analyses réalisées sur les victimes n'ont pas permis d'en retrouver la trace. Il pourrait s'agir d'autres produits. Les victimes n'ont pas déclaré de vols, d'agressions, d'abus sexuels ou de viols. Après leurs déclarations, plusieurs ont réalisé un dépistage du VIH pour vérifier une éventuelle contamination et ont été placées sous traitements préventifs. Des faits similaires de "piqûres" en boîte de nuit ont été rapportés fin 2021 dans plusieurs régions d'Angleterre. En octobre, la police britannique aurait reçu, selon l'AFP, 140 rapports sur des incidents impliquant des boissons droguées (notamment avec du GHB) et 24 impliquant des piqûres. Une pétition a récolté plus de 160 000 signatures pour demander au gouvernement anglais de rendre obligatoire les fouilles minutieuses à l'entrée des établissements de nuit. Que faire si on pense avoir été piqué lors d'une soirée ? Quels sont les bons gestes en prévention ? Conseils.

Quelles sont les drogues injectables ?

"Toutes sortes de substances peuvent être injectées, des médicaments psychoactifs comme des drogues illicites" nous explique d'emblée le Dr Leila Chaouachi, pharmacienne au centre d'addicto-vigilance de Paris et experte nationale sur l'enquête soumission chimique auprès de l'ANSM.

"Une sensation d'ébriété trop rapide au regard des consommations doit alerter"

"Le GHB est dans toutes les bouches mais attention à ne pas focaliser uniquement sur cette substance, poursuit notre interlocutrice. On recherche le maximum de substances pour ne pas passer à côté d'un autre agent de soumission chimique."

Quels sont les effets après avoir été piqué ?

Sensations de malaise, tête qui tourne, bouffées de chaleur, "trous noirs", nausées, amnésie ou encore trouble du comportement sont rapportés par les victimes. Mais toutes ne ressentent pas forcément la piqûre : certaines constatent une trace de piqûre à postériori des effets, d'autres non. Les effets sont variables. Ils dépendent du produit injecté, de la dose administrée et sont propres à chaque individu. "Un comportement inhabituel, une sensation d'ébriété trop rapide au regard des consommations doivent alerter" prévient le Dr Chaouachi. La personne ne se sent pas bien alors qu'elle n'a pas bu d'alcool ou peu.

"Chaque minute compte"

Que faire si on pense avoir été piqué en boîte de nuit ?

Réagir immédiatement car "chaque minute compte" insiste le Dr Leila Chaouachi. "Il faut réagir tout de suite pour éviter la disparition des preuves (traces de piqûres, détection d'une substance, ndlr) et aussi pour se protéger du risque infectieux." 

Se rendre dans un commissariat ou à la gendarmerie pour déposer plainte le plus rapidement possible : "Le dépôt de plainte va permettre d'être examiné par un médecin légiste qui constate les lésions avant qu'elles ne se résorbent (traces d'injection, bleus), les objective et réalise des prélèvements du sang et de l'urine en urgence pour détecter une éventuelle substance. Le dépôt de plainte permet que l'ensemble des examens et analyses toxicologiques soit pris en charge par les frais de justice" explique le Dr Chaouachi. 

Si la personne ne souhaite pas déposer plainte, elle doit se rendre aux services d'Urgences le plus proche ou en CEGIDD (Centre gratuit d'information, de dépistage et de diagnostic) dans les 48 heures pour avoir la possibilité de recevoir un traitement contre le risque infectieux (prophylaxie anti-VIH (PreP) par exemple). "Dans les différentes communications, on entend essentiellement parler du risque lié au VIH alors même que le risque de contamination par le virus de l'hépatite B est nettement plus important, souligne le Dr Chaouachi. Vérifier sa sérologie pour l'hépatite B est primordiale. Sans tomber dans la psychose, il est important de se protéger."

Comment ne pas se faire droguer lors d'une soirée ?

En soirée festive, publique ou privée "surveiller son verre, éviter de boire dans le verre d'une autre personne ou une boisson qui n'a pas été servie devant vous, désigner un capitaine d'équipe qui permet de veiller sur le groupe" conseille notre interlocutrice.

"Quand on sort, il faut rester proche de ses amis, ne pas se désolidariser du groupe"

Dans le cadre spécifique des piqûres, faire attention à son verre ne suffit pas. "Quand on sort, il faut rester proche de ses amis, ne pas se désolidariser du groupe et avoir le réflexe tout de suite d'appeler les Urgences si on voit qu'un(e) ami(e) est dans un état second, conseille notre interlocutrice. La vigilance solidaire semble le meilleur rempart contre le crime. Devant toute personne vraisemblablement en détresse, qu'elle ait consommé volontairement ou non des substances, portez lui assistance."

Merci au Dr Leila Chaouachi, pharmacienne au centre d'addicto-vigilance de Paris et experte nationale sur l'enquête "Soumission chimique" auprès de l'ANSM.

Source : AFP.