Fumer 1 à 3 cigarettes par jour : quels risques ? 

Le tabac est la première cause de mortalité évitable avec 75 000 décès par an en France, et 8 millions de morts dans le monde chaque année. Mais que veut réellement dire "être fumeur" ? À partir de combien de cigarettes par jour prend-on un risque ? Bernard Antoine, addictologue et tabacologue, répond à nos questions. 

Fumer 1 à 3 cigarettes par jour : quels risques ? 
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À partir de combien de cigarettes est-ce dangereux pour la santé ? 

"Tout d'abord, il est important de préciser que l'addiction au tabac est une addiction en chaîne : un fumeur moyen (fumeur standard) doit fumer autant que l'industrie du tabac a décidé qu'il devrait fumer - et selon le business model de cette dernière, il s'agit d'une vingtaine de cigarettes par jour", explique Bernard Antoine, addictologue et tabacologue. "Il existe toujours des exceptions", poursuit-il. "Je pense aux fumeurs occasionnels, qui restent rares : ils ne représentent que 5 à 6 % du marché du tabac". Dans 90% des cas, les fumeurs sont obligés de fumer tous les jours à peu près toutes les heures, avec une pharmacodynamique d'environ 45 minutes. Pourtant, le nombre de cigarettes n'a pas d'importance, rapporte Bernard Antoine. Il n'existe pas de "nombre" ni de seuil qui deviendrait dangereux pour la santé. La raison ? "Il n'y a pas de véritable rapport linéaire entre le nombre de cigarettes fumées et le risque encouru. Même si un fumeur réduit le nombre de cigarettes, cela ne veut pas forcément dire qu'il fume moins. Car sur le peu de cigarettes qu'il fume, il tire des bouffées plus fortes avec des inspirations plus fortes, et en plus grand nombre", explique l'expert. "Ainsi, lorsqu'un fumeur vous dit 'je suis content car j'ai fumé dix cigarettes au lieu de vingt', cela ne veut pas dire qu'il a fumé deux fois moins. Cela signifie qu'il a allumé deux fois moins de cigarettes".

Quels risques pour les poumons ? 

Le fumeur s'expose à :

  • Un cancer du poumon (mais aussi d'autres types de cancers : bouche, lèvres, gorge, vessie, reins, pancréas, prostate, utérus…) ;
  • Une BPCO (bronchopneumopathie chronique obstructive, maladie respiratoire chronique due au tabagisme dans environ 80 % des cas) ;

Outre les risques pour les poumons, les femmes enceintes qui fument s'exposent au risque de donner naissance à un bébé avec des troubles du développement. "Lorsque j'utilise le terme 'fumer', je ne parle pas seulement de cigarettes", précise Bernard Antoine. "J'englobe le cigare, la pipe, la chicha, le joint, la cigarette roulée… Ces derniers ne sont pas moins 'mauvais' pour la santé que la cigarette, certains sont même pires, comme la chicha, ou la cigarette roulée qui a un pouvoir carcinogène plus fort que la cigarette industrielle". 

Quels risques pour le cœur ? 

Le tabac est néfaste pour le cœur car il s'agit d'un vasoconstricteur (la vasoconstriction est un mécanisme physiologique correspondant à la diminution du diamètre des vaisseaux sanguins), et un hypertenseur. "Il a une répercussion extrêmement délétère sur toutes les pathologies ou faiblesses cardiovasculaires", explique le tabacologue. "Fumer provoque une obstruction des artères. C'est un facteur de risque pour le diabète, le cholestérol, l'hypertension…".

Quels risques pour la peau, la cicatrisation ? 

"Le tabac et la chirurgie font très mauvais ménage", répond Bernard Antoine. En effet, fumer engendre un problème de vascularisation, qui va venir nécroser les cicatrices. "C'est par exemple le cas en implantologie dentaire : beaucoup de médecins implantologues m'envoient des patients qui ont besoin d'arrêter de fumer avant de subir une chirurgie. Mais les risques concernent tous les types de chirurgie". Fumer représente également un risque pour la peau. "Chaque bouffée de fumée de cigarette dégage 200 000 radicaux libres qui vont attaquer les cellules de la peau et entraîner des effets sur le contour des yeux et la peau du visage dans son ensemble : apparition de rides, de cernes, épaississement de la peau et teint grisâtre…", rappelle le Syndicat national des dermatologues. 

"Il n'y a pas de petit, moyen ou grand fumeur : soit vous fumez, soit vous ne fumez pas"

Petit fumeur : c'est quoi, quels risques pour la santé ? 

"En tant que tabacologue spécialisé dans l'arrêt du tabac depuis 15 ans, je pense qu'il n'existe pas de 'petit fumeur', ou quasiment pas", déclare Bernard Antoine. "Nous pouvons diviser la population en trois catégories : les gens qui fument, ceux qui ne fument pas, et ceux qui ont fumé et qui ne fument plus", dit-il. "Il existe une quatrième catégorie un peu hybride, correspondant aux personnes qui fument deux à trois cigarettes par semaine. Seulement, l'histoire ne raconte dans combien de temps ces personnes deviendront de vraies fumeuses, et combien de cigarettes fument-elles lors des occasions spéciales (soirées, etc.)". On ne peut pas "fumer avec modération", assure l'expert. "Il n'y a pas de petit, moyen ou grand fumeur : soit vous fumez, soit vous ne fumez pas. Effectivement, plus vous allumez de cigarettes, plus vous fumez et plus vous vous exposez aux risques, mais pas de manière linéaire par rapport au risque total". Conclusion : "le tabac est une dépendance pure. Vous pouvez boire de l'alcool régulièrement sans avoir de problème d'alcoolodépendance, mais vous ne pouvez pas fumer sans avoir un problème de tabacodépendance".

Comment arrêter totalement ?

"Pour arrêter de fumer, je pense qu'il faut réellement en avoir marre", rapporte Bernard Antoine. "Il est nécessaire d'arriver à un stade de maturité psychique qui nous pousse à avoir envie d'arrêter, car on n'en peut plus". Si certaines personnes arrêtent de fumer seules, sans avoir besoin d'aide, "d'autres font appel à un professionnel comme moi pour les aider dans leur démarche". "Il faut savoir que la dépendance au tabac est un peu chimique, mais surtout très comportementale et psychologique", explique-t-il.

"Ainsi, le traitement qui a le plus prouvé son efficacité est celui des thérapies cognitivo-comportementales (TCC)". "Au cours de la TCC que je propose, par exemple, les personnes continuent de fumer en notant sur un carnet leurs automatismes habituels de façon à les repérer. Je les aide à être habité par la conviction qu'en ne fumant plus, ils n'abandonneront rien : c'est ce qu'on appelle en psychologie cognitive la théorie de la dissonance cognitive. Cela permet de prendre son élan et de devenir un ex-fumeur heureux et non frustré". "Le véritable enjeu", conclut-il, "ce n'est pas d'arrêter de fumer, mais de ne pas reprendre. Et simplement, de ne jamais commencer". 

Merci à Bernard Antoine, addictologue et tabacologue.