Cigarette électronique : effet, danger, pour arrêter de fumer ?

La cigarette électronique est un appareil électronique qui a l'apparence d'une cigarette et qui délivre au fumeur une vapeur aromatisée, contenant ou non de la nicotine. Selon le Haut Conseil de la Santé Publique, elle ne doit plus être conseillée aux fumeurs pour arrêter de fumer. Danger, composition, taux de nicotine : tout savoir sur la e-cigarette.

Cigarette électronique : effet, danger, pour arrêter de fumer ?
© 123rf-prostooleh

Les systèmes électroniques de délivrance de la nicotine (SEDEN), appelés communément "cigarettes électroniques" sont apparus en France en 2010. Après une diffusion rapide, la prévalence du vapotage semble relativement stable depuis quelques années. Selon les chiffres rapportés par le Haut Conseil de la Santé Publique (HCSP), en 2020, 37% des adultes français déclaraient avoir déjà expérimenté le vapotage ; 5,4% déclaraient vapoter actuellement dont 4,3% quotidiennement. Par ailleurs, en 2017, 73% des vapoteurs utilisaient exclusivement du e-liquide avec nicotine, 13% du e-liquide sans nicotine et 14% les deux types de e-liquide. La très grande majorité des vapoteurs sont soit fumeurs, soit ex-fumeurs et utilisent la cigarette électronique pour réduire ou arrêter leur consommation de tabac. Est-ce une bonne chose ? En 2016, le HCSP avait considéré que la cigarette électronique pouvait être considérée comme une aide au sevrage tabagique pour les populations fumeuses désireuses d'arrêter leur consommation de tabac mais en janvier 2022, elle a fait marche arrière et "souligne que les connaissances fondées sur les preuves sont insuffisantes pour proposer les SEDEN comme aides au sevrage tabagique". "Les professionnels de santé qui accompagnent un fumeur dans une démarche de sevrage tabagique, se doivent d'utiliser des traitements médicamenteux ou non, ayant prouvé leur efficacité." Risques, composition de la e-cigarette... Tout savoir.

Définition : qu'est-ce que la cigarette électronique ?

La cigarette électronique est un appareil électronique qui a l'apparence d'une cigarette et qui délivre au fumeur une vapeur aromatisée, contenant ou non de la nicotine"Les doses de nicotines sont plus faibles, le fait de vapoter la cigarette électronique permet aux fumeurs qui ont du mal à perdre leurs habitudes gestuelles de se sevrer lentement", explique l'addictologue Anita Diu. Toutefois, son utilisation est fortement controversée. Les spécialistes du tabac ne sont pas tous d'accord quant à son utilité : pour le docteur Bernard Antoine, tabacologue, la cigarette électronique "n'empêche pas forcément d'avoir des envies de fumer, et entretient la dépendance comportementale, puisque le fumeur continue de faire ce geste et n'apprend pas à s'en passer". De plus, bien qu'elle ne contienne pas à proprement parler du tabac, la cigarette électronique contient tout de même des substances toxiques, en quantité bien moindre, mais dont les effets sur la santé ne sont pas encore connus aujourd'hui.

Comment ça marche ?

La cigarette électronique a pour principe de produire une imitation de la fumée du tabac sous forme d'aérosol. S'il existe plusieurs sortes de cigarettes électroniques, elles ont toutes les mêmes composants : un atomiseur contenant une résistance qui va vaporiser le liquide, un réservoir pour ce dernier, une batterie qui alimente l'atomiseur et d'un embout permettant à l'utilisateur d'aspirer la vapeur. Ainsi, la technique la plus courante consiste à chauffer le liquide (ou e-liquide) grâce à la résistance faisant partie de l'atomiseur. Cela va vaporiser le liquide et produire un aérosol que le vapoteur pourra inhaler. Contrairement à la fumée de cigarette classique, celle de cigarettes électroniques est peu odorante et s'évapore très rapidement.

Composition : que contient le liquide de la cigarette électronique ?

La majorité des e-liquides à vapoter déclarés pour le marché français contiennent un support de dilution tel que propylène-glycol (PG) et/ou glycérol (glycérine végétale, VG), une teneur moyenne en nicotine d'environ 6 mg/ml et peuvent comporter jusqu'à quinze substances aromatisantes. Les plus fréquents sont les dérivés de la vanilline, du maltol, du menthol, des esters aux odeurs fruitées. On retrouve également des sucres et édulcorants (glucose/fructose, sucralose), des acides utilisés dans les sels de nicotine et des extraits de plantes.

Composition d'une cigarette électronique
Composition d'une cigarette électronique et d'une cigarette classique © Anses

Aide-t-elle à arrêter de fumer ?

"La cigarette électronique est moins toxique que la cigarette" explique la docteure Anita Diu. En théorie, elle peut ainsi avoir un intérêt pour un fumeur qui a du mal à se détourner du tabac. Mais "il faut jouer le jeu et ne pas fumer à côté" rappelle le docteur Bernard Antoine. En 2016, le Haut Conseil de la Santé Publique avait considéré que la cigarette électronique pouvait être considérée comme une aide au sevrage tabagique pour les populations fumeuses désireuses d'arrêter leur consommation de tabac mais en janvier 2022, elle a fait marche arrière. Dans l'avis actualisé le 4 janvier, elle "souligne que les connaissances fondées sur les preuves sont insuffisantes pour proposer les SEDEN (systèmes électroniques de délivrance de la nicotine) comme aides au sevrage tabagique". Aucune étude comparant en double aveugle la cigarette électronique avec nicotine ou sans nicotine ne montre une supériorité, c'est-à-dire une différence significative par rapport au placebo, explique l'autorité. De plus "le recueil des effets indésirables et effets indésirables graves n'est pas systématique et faiblement documenté". En revanche, le HCSP considère que les systèmes électroniques de délivrance de la nicotine pourraient être utilisés pour atteindre des publics vulnérables (en raison de co-addiction, de comorbidités, de facteurs sociaux…) à forte dépendance nicotinique, qui préfèrent se tourner vers eux plutôt que vers les traitements traditionnellement utilisés (médicaments...).  De manière générale le HCSP recommande : 

  • dans une démarche de sevrage tabagique, de recourir à l'aide d'un professionnel de santé, et d'utiliser des médicaments et/ou thérapeutiques non médicamenteuses ayant prouvé leur efficacité ;
  • en cas d'utilisation des cigarettes électroniques dans le cadre d'une démarche de sevrage et s'ils sont bien tolérés, d'arrêter complètement de fumer du tabac : "Il est très important de savoir que fumer 'seulement' trois cigarettes par jour suffit pour avoir un risque de cancer ou de maladie. Il n'y a pas de 'petit' fumeur" argue Anita Diu.
  • le " vapofumage " est formellement déconseillé dans toutes les situations.
  • éviter les initiatives personnelles de mélanges faits soi-même ("do it yourself"), en particulier de substances non identifiées et non évaluées par les autorités sanitaires.

Cigarette électronique vs cigarette : est-elle moins dangereuse ?

La cigarette électronique est assez controversée à cause de la méconnaissance des dangers encourus en vapotant. "Les bénéfices potentiels et les risques de l'utilisation à moyen ou à long-terme de cigarettes électroniques avec ou sans nicotine, ne sont pas établis à ce jour" a rappelé le Haut Conseil de la Santé Publique en janvier 2022. "On peut faire l'hypothèse que la consommation de SEDEN (cigarette électronique avec nicotine) seul est moins à risque que la consommation de tabac mais plus à risque que l'absence de consommation" explique le HCSP. De même, l'autorité estime qu'il est possible que "le risque global est inférieur au risque de continuer à fumer si on arrête de fumer du tabac et qu'on utilise exclusivement des SEDEN". Dans un rapport de juillet 2019, l'OMS (Organisation Mondiale de la Santé) a qualifié les cigarettes électroniques d'"incontestablement nocives", mais "probablement moins toxiques que la cigarette".

Quels sont les dangers de la cigarette électronique pour la santé ?

Aux Etats-Unis, les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) ont enregistré en août 2019 plusieurs cas de pneumopathies sévères chez des utilisateurs de cigarettes électroniques avec nicotine. Au 18 février 2020, un total de 2 807 personnes hospitalisées ou décédées avait été rapporté aux CDC. Les patients étaient le plus souvent des hommes jeunes. La majorité a déclaré avoir vapoté des produits contenant du tétrahydrocannabinol (THC). L'analyse a montré la présence d'acétate de vitamine E dans les produits vapotés. Rien ne permet d'exclure le rôle éventuel d'autres substances présentes dans les produits vapotés. Suite à cette alerte, un dispositif de suivi des pneumopathies sévères liées au vapotage a été construit en France par Santé publique France. Au 8 janvier 2020, 5 cas de pneumopathies sévères chez des vapoteurs âgés de 18 à 60 ans avaient été signalés. "Il n'avait pas été mis en évidence d'épidémie de pneumopathies sévères non infectieuses chez les vapoteurs en France, telle que celle observée aux États-Unis" indique le HCSP. C'est l'ANSES qui, en France, est chargée de recueillir et d'analyser les informations contenues dans les déclarations par les fabricants des produits du tabac et produits connexes avant commercialisation. Au-delà du tabac, dont les effets sanitaires sont connus, il s'agit d'évaluer les dangers des ingrédients et additifs entrant dans la composition et surtout des composés volatils formés dans les émissions et qui sont inhalés. Des travaux de hiérarchisation des substances sont engagés car ils constituent le prérequis nécessaire à toute démarche d'évaluation des risques. L'ANSES a lancé un partenariat avec les centres antipoison afin de réaliser un suivi des remontées de cas d'intoxication aiguë en lien avec le vapotage. "Bien que la gravité des cas d'intoxication soit faible ou modérée, la prudence doit rester de mise sur l'utilisation de ces dispositifs, leur possible source de confusion avec des traitements médicamenteux et leur accessibilité aux enfants" avait-elle informé en 2017. La vigilance doit également être maintenue concernant la fabrication d'e-liquides par les vapoteurs eux-mêmes, souligne le HCSP. 10 à 20% des expositions accidentelles correspondent à la pratique du "Do it yourself".

Peut-on l'utiliser enceinte ?

Chez les femmes enceintes fumeurs, le Haut Conseil de la Santé Publique déconseille l'utilisation des cigarettes électroniques avec ou sans nicotine en l'absence de données sur l'efficacité, et par principe de précaution en l'absence de données sur les risques.

Prévoyez le coût des liquides et de la résistance.

Quel est le prix d'une cigarette électronique ?

La cigarette électronique peut être chère selon le modèle (entre une vingtaine d'euros et une soixantaine d'euros). Il existe trois générations de cigarettes électroniques, il est donc conseillé de faire son choix en magasin pour comparer les modèles, et non sur internet. Une fois le kit acheté, il faudra prévoir le coût des consommables (e-liquide et résistance). Généralement, le budget cigarette électronique tourne aux alentours d'une trentaine d'euros par mois. En moyenne, le coût de vapoter est cinq fois moins important que le coût de fumer.

Sources : 

Avis relatif aux bénéfices-risques de la cigarette électronique. HCSP.4 janvier 2022.

Produits du tabac et du vapotage : l'Anses publie un panorama inédit des produits vendus en France. Anses. 28 octobre 2020.

Académie de médecine, communiqué de presse du 12 décembre 2019.

Merci au Dr Anita Diu, addictologue et Dr Bernard Antoine, tabacologue.