Ce qui ce passe dans le corps quand on arrête l'alcool

L'arrêt de l'alcool a plusieurs effets sur le corps, notamment au niveau du cerveau, mais aussi sur le poids, la peau et l'état psychologique de la personne qui reprend confiance en elle. Détails avec le Dr Dan Véléa, psychiatre addictologue et psychothérapeute à Paris.

Ce qui ce passe dans le corps quand on arrête l'alcool
© Andrey Cherkasov - 123RF

Les risques liés à la consommation d'alcool pour la santé au cours de la vie augmentent avec la quantité consommée. Or, plus on boit, plus la dépendance devient forte. Les effets de la dépendance sont visibles pendant la consommation mais aussi quand on arrête de boire. Que se passe-t-il dans le corps quand on arrête l'alcool ? Dans le cerveau ? A partir de quand voit-on les premiers effets ? Réponses avec le Dr Dan Véléa, psychiatre addictologue et psychothérapeute à Paris.

Quand voit-on les premiers effets ? 

"Une fois que les personnes arrêtent de boire, il y a des modifications au niveau de l'organisme", expose le Dr Dan Véléa, psychiatre addictologue et psychothérapeute à Paris. Elles apparaissent plus ou moins rapidement : "Ça dépend des gens, poursuit notre interlocuteur. Il faut quand même une bonne période de sevrage avant que la personne ne les voient, il faut aussi une période drastique de réduction voire d'abstinence totale pour que la peau puisse retrouver un bel aspect sans rougeurs par exemple." La perte de poids non plus ne se fait pas d'un seul coup, mais est visible et peut être accélérée "avec un peu de sport, avec un soutien et des séances de relaxation." Dans tous les cas "ce n'est pas une situation où on arrête de boire de l'alcool et où le lendemain on est super." prévient l'addictologue. 

Cerveau : un sentiment de déprime, de manque 

Arrêter de boire de l'alcool est un "travail de longue haleine", prévient l'addictologue. "Il peut y avoir des moments d'euphorie et de bonheur où on arrête de boire, mais il peut aussi y avoir des moments où il y a une rechute." Pendant le sevrage, un manque peut se faire sentir. "Quand on arrête de boire de l'alcool, il y a moins de stimulation au niveau du cerveau. Il y a moins de dopamine et de sérotonine, deux molécules libérées comme des molécules de plaisir dans la dépendance à l'alcool." Cette baisse de dopamine et de sérotonine explique que "certains patients en sevrage vont se sentir déprimés ou en manque". Pour pallier ce manque, le médecin conseille de se tourner vers d'autres pratiques pour compenser, comme le sport ou le travail.

"Le premier bienfait que le patient remarque c'est la perte de poids."

La santé du foie s'améliore

La consommation d'alcool est la première cause de cirrhose du foie en France et en Europe, indique l'AFEF (Association Française pour l'étude du foie) qui recommande de ne pas boire d'alcool tous les jours et de se limiter à 3 verres quand l'occasion se présente. Environ 12.000 personnes décèdent chaque année de cirrhose du foie en France dont la moitié en raison d'une consommation excessive d'alcool. L'alcool peut aussi aggraver d'autres maladies du foie comme hépatite C. Pour voir si votre foie est atteint, une prise de sang peut être prescrite. Si nécessaire, une échographie du foie peut aussi être réalisée. 

→ Si vous n'avez pas de cirrhose et si vous arrêtez de consommer de l'alcool, le foie pourra se régénérer plus ou moins selon les cas. "Quand la cirrhose est présente, le foie ne peut pas se régénérer aussi facilement que sans cirrhose. Néanmoins, l'arrêt de l'alcool et un traitement des complications de la cirrhose peuvent, dans certains cas, permettre de mener une vie normale sans aucune autre restriction. Parfois, l'état de fonctionnement du foie est très mauvais et ne s'améliore pas malgré l'arrêt de la consommation d'alcool et on peut se poser la question de la transplantation" explique l'AFEF.

Une perte de poids, notamment de masse grasse 

"L'alcool contient beaucoup de calories et de lipides, donc automatiquement, une personne qui arrête de boire va voir sa masse graisseuse diminuer", affirme le Dr Véléa. "C'est le premier bénéfice que le patient qui arrête de boire de l'alcool va remarquer."  De plus, les médicaments utilisés dans le cadre d'un sevrage (appelés "anti-cravings" : en français, "craving" signifie "envies compulsives") "sont des médicaments qui jouent un rôle dans les compulsions alimentaires". Cela signifie qu'il y a une réduction de l'envie de boire mais également une réduction de l'envie de manger. 

Un ventre qui dégonfle

A l'arrêt de l'alcool, le ventre est moins gonflé. "Un ventre gonflé est typique des buveurs de bière par exemple, ce sont des gens très minces avec des gros ventres à cause de l'alcool, de son action déshydratante sur l'organisme et du manque d'eau"  argue le spécialiste. Le manque d'eau occasionné par la consommation d'alcool cause une rétention d'eau par l'organisme ce qui fait gonfler.

Santé Publique France recommande de ne pas consommer :

  • plus de 10 verres standard par semaine,
  • et pas plus de 2 verres standard par jour,
  • tout en ayant des jours dans la semaine sans consommation d'alcool.

Une diminution de la fatigue

"Une personne qui arrête de boire retrouve de l'énergie", constate le Dr Véléa. "Quand on arrête une pratique excessive, il y a une récupération de fatigue, on récupère du sommeil." Pourquoi ?

→ Le nombre de calories consommées est réduit grâce à l'arrêt de l'alcool. L'organisme est moins fatigué.

→ Le patient dort davantage. Si la personne avait pour habitude de boire la nuit "tout était déréglé, perturbé, ce qui pouvait causer un manque de sommeil et des réveils nocturnes."

L'hydratation est meilleure

"En phase de sevrage, la bonne utilisation de médicaments est conditionnée par une hydratation massive avec des boissons non-alcoolisées comme de l'eau ou des jus." explique le médecin addictologue. "Cela peut aller de 2 à 3 litres par jour pendant le sevrage et par la suite il faut maintenir une bonne hydratation." 

"Narcissiquement parlant il y a une reconstruction qui se fait et qui est fondamentale et bénéfique"

Visage : la peau est plus belle

"Les personnes dépendantes à l'alcool ont souvent des signes visibles sur leur peau comme des rougeurs qu'on appelle couperoses. C'est un phénomène typique de vasodilatation engendré par l'alcool" déclare le Dr. Véléa. L'alcool dilate les parois des vaisseaux sanguins, ce qui crée une fragilité vasculaire et entraîne les signes de couperose. Quand la personne arrête de boire de l'alcool, sa peau va se régénérer, les rougeurs vont peu à peu disparaître, son hydratation sera meilleure. "Il faut une période drastique de réduction voire d'abstinence totale pour que la peau puisse retrouver un bel aspect sans rougeurs par exemple" précise tout de de même notre interlocuteur sans oublie de "compléter en utilisant des crèmes recommandées par des dermatologues et en faisant attention à ne pas trop s'exposer au soleil car la peau est fragilisée".

A noter : "Si ce type de rougeur peut être un signe de dépendance à l'alcool, elle peut aussi être dû à autre chose que l'alcool."  

Tremblements et vertiges s'arrêtent

Les tremblements peuvent être causés par le manque lors du sevrage à l'alcool. "Si ce n'était pas un alcoolisme poussé à l'extrême, les tremblements et vertiges disparaissent petit à petit" observe l'addictologue. "Quand on arrête de boire, ça se voit au niveau de la démarche, au niveau de l'attitude et la personne reprend la maîtrise de son corps." La confiance en soi revient, l'image de soi devient meilleure… "Narcissiquement parlant il y a une reconstruction qui se fait et qui est fondamentale et bénéfique."

Merci au Dr Dan Véléa, psychiatre addictologue et psychothérapeute à Paris.

Source : L'alcool, AFEF, Association Française pour l'étude du foie.