PrEP (Sida) : définition, à la demande, effets, remboursement

La PrEP (Prophylaxie pré-exposition) est un traitement préventif contre le VIH pris par plus de 30 000 personnes en France. Depuis le 1er juin 2021, elle peut être prescrite par tous les médecins de ville, généralistes... Quelle est son efficacité ? Ses contre-indications ? Ses effets secondaires ? Réponses avec Julien Martinez, infirmier, militant associatif et intervenant en santé communautaire.

PrEP (Sida) : définition, à la demande, effets, remboursement
© Niphon Subsri - 123RF

En France, plus de 30 000 personnes sont sous PrEP. Depuis le 1er juin 2021, la prescription initiale des médicaments utilisés pour la PrEP, un traitement préventif du VIH, est élargie à l'ensemble des médecins : aux médecins hospitaliers ou exerçant dans les Centres gratuits d'information, de dépistage et de diagnostic (CeGIDD), comme c'était déjà le cas, mais également aux médecins généralistes. L'objectif : renforcer son accès et simplifier le parcours des personnes concernées, indique un communiqué du ministère de la Santé. C'est pour qui ? A la demande ? Comment ça se passe ? Est-ce gratuit ? Quels sont les effets secondaires ?

Définition : qu'est-ce que la PrEP ?

La PrEP ("Prophylaxie pré-exposition") est un traitement qui permet de se prémunir du risque d'être contaminé par le VIH.  "En d'autres termes, la prise de ce médicament permet à des personnes qui n'ont pas le VIH de rester séronégatives, même si elles sont exposées au virus", résume Julien Martinez. La PrEP sert à protéger ses usagers du risque d'attraper le VIH, néanmoins, elle ne permet pas de se protéger des autres IST. C'est donc un moyen de protection à utiliser conjointement au préservatif.

En France, c'est le Truvada® ou ses génériques (TDF/FTC) qui sont utilisés pour la PrEP. Ce sont des molécules utilisées pour soigner les personnes séropositives au VIH. Ils sont constitués de deux principes actifs, l'Emtricitabine (FTC) et le Tenofovir (TDF). Dans une logique de santé publique la PrEP est un outil de lutte contre l'épidémie globale du VIH, avec des résultats importants, comme en témoigne les chiffres de septembre 2019 sur la région parisienne.

Quelles sont les indications de la PrEP ?

En France, la PrEP est destinée à des populations cibles que nous liste notre interlocuteur : 

  • les HSH (hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes),
  • les personnes transgenres,
  • les usagers de drogues intraveineuses,
  • les travailleurs (euses) du sexe,
  • les migrants,
  • les personnes en situations de précarité,
  • les hétérosexuels multipartenaires,
  • aussi toutes les autres personnes ayant une activité sexuelle présentant un fort risque d'être infecté par le VIH.

On considère qu'une personnes est à risque lorsqu'elle répond à certains critères :

  • Si elle est multipartenaire.
  • Si elle a été infectée par plusieurs IST durant l'année écoulée.
  • Si elle a eu un traitement post exposition aux VIH durant l'année.
  • Si elle utilise des produits psychoactifs pour avoir des relations sexuelles (chemsex).

Mode d'action : combien de médicaments, mode de prise, durée ?

Le Truvada et ses génériques se prennent par voie orale, sous forme de comprimés. Il existe deux modalités de prise.

En continu : il s'agit d'une prise du Truvada (TDF/FTC) : 1 comprimé par jour. Cette modalité est recommandée notamment chez les femmes et les hommes transgenres, les HSH et les hétérosexuels avec plusieurs rapports à risque par semaine,  les principes actifs du médicament se fixant moins rapidement sur les muqueuses vaginales, rectales et génitales.

À la demande : ce schéma est aujourd'hui recommandé pour les HSH et les femmes transgenre. Il s'agit de prendre 2 comprimés entre 24 heures et deux heures avant l'acte sexuel, puis un comprimé à 24h et un à 48h après l'acte, avec de la nourriture et à horaires fixes.

"La PrEP, on la prend pour se protéger soi, pas pour protéger les autres."

Quelle efficacité ?

"Quand elle utilisée correctement, la PrEP est efficace à plus de 99%C'est une méthode sûre, et le suivi permet de surveiller le risque d'attraper des IST (dépistage tous les 3 mois). La PrEP est un style de vie, il ne s'agit pas d'un seul comprimé, elle doit être surveillée, indique notre interlocuteur. la PrEP est d'abord et avant tout un outil de protection individuel, qui ne protège pas le partenaire. La PrEP, on la prend pour se protéger soi, pas pour protéger les autres." Il existe un impact collectif : les usagers de la PrEP bénéficient d'un suivi médical rapproché. Tous les 3 mois, la personne bénéficie d'un dépistage IST complet, permettant ainsi de se traiter s'il en contracte une, et évitant la contamination à d'autres partenaires.  D'autre part, et c'est le plus gros impact de la PrEP, elle réduit l'incidence du VIH dans les populations concernée.  En France, on commence à apprécier les bénéfices de la PrEP, la capitale enregistre pour la première fois une baisse de 16% des nouveaux diagnostics d'infection à VIH entre 2015 et 2016, principalement chez les hommes gays ou bisexuels nés en France, avec une baisse de 28%. En 2019, 25% des HSH parisiens utilisaient la PrEP. On peut en partie expliquer ces résultats pars la PrEP.

Si la prise est bien respectée, on ne peut pas être contaminé par le VIH sous PrEP.

Contamination sous PrEP : est-ce possible ?

Si la prise est bien respectée, on ne peut pas être contaminé par le VIH sous PrEP. "Aux USA, une étude à été faite entre 2012 et 2019 avec 250 000 usagers. On constate qu'il y a eu moins de 20 cas de contamination sous PrEP, explicable en grande partie par un mauvais usage du traitement" explique Julien Martinez.

Prescription : pour qui, comment en faire la demande ?

La PrEP est disponible uniquement sur ordonnance. La PrEP et les examens de suivi sont remboursés à 65% par la Sécurité Sociale et 35% par une mutuelle. La PrEP se prescrit dans différents centres (Cegidd, hôpitaux) et par des infectiologues dans des centres ayant l'expérience avec l'utilisation des molécules anti-VIH. La prescription de la PrEP par médecin généraliste est également possible depuis le 1er juin 2021. Pour accéder à la PrEP, il convient d'avoir une première consultation durant laquelle le médecin hospitalier ou de ville demandera un bilan sérologique complet ainsi qu'un bilan de la fonction rénale. Ensuite, l'usager reviendra se faire prescrire la PrEP puis le bilan et la consultation médicale se fera à nouveau tous les 3 mois. "Il est souhaitable d'avoir un suivi clinique, biologique et motivationnel fait par l'équipe soignante" précise Julien Martinez.

Quels sont les effets secondaires ?

Les principaux risques associés à l'utilisation d'emtricitabine/ténofovir disoproxil dans la PrEP, sont le risque de toxicité rénale et de séroconversion sous traitement pouvant être associé à l'apparition de mutations de résistance du VIH, nécessitant un suivi régulier, indique l'ANSM dans un communiqué du 2 juin 2021. "Il peut y avoir, les premiers jours, une intolérance digestive passagère conduisant à quelques douleurs abdominales, nausées, vomissements et fatigue. Ces effets secondaires ne durent en général pas longtemps (4 à 8 semaines) et disparaissent avec le temps ou à l'arrêt du traitement." prévient Julien Martinez. D'une manière beaucoup plus rare, et après des années d'utilisation en continu, la PrEP peut avoir un impact négatif sur la densité osseuse ainsi que sur les reins. Il est donc important de surveiller la fonction rénale lorsque l'on est sous PrEP.

Quelles sont les contre-indications ?

La PrEP ne doit pas être utilisée par des personnes séropositives au VIH, ou celles qui ne connaissent pas leur statut sérologique. En cas d'infection au virus de l'hépatite B, la personne doit prendre la PrEP seulement en continu, et non à la demande. Il existe aussi des restrictions spécifique à l'usage de la PrEP chez les insuffisants rénaux. Le médicament est aussi contre-indiqué pour les personnes ayant un bilan hépatique perturbé, et ou présentant une intolérance à l'une des molécules ou à l'un des excipients contenu dans le Truvada ou générique. En cas de doute, consultez votre médecin.

Quel est le prix et le remboursement en France ?

Le médicament générique coûte environ 170€. C'est un médicament qui est remboursé par la Sécurité sociale dès lors que l'on rentre dans les critères d'attribution.

Merci à Julien Martinez, infirmier, militant associatif et intervenant en santé communautaire.

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