Statine : crampe, douleur, quels effets secondaires ?

Les statines sont le traitement de référence pour soigner l'hypercholestérolémie et réduire le risque de survenue d'un évènement cardio-vasculaire. Des alternatives sont proposées pour les patients qui ne les supportent pas. On fait le point avec les docteurs François Paillard, cardiologue, et Amine Morjane, Médecin généraliste.

Statine : crampe, douleur, quels effets secondaires ?
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Définition : c'est quoi une statine ? 

"Les statines sont la classe de médicaments la plus couramment prescrite en cas d'hypercholestérolémie, explique le Dr François Paillard, cardiologue. Elles visent à réduire la synthèse du cholestérol par l'organisme. Elles abaissent en effet fortement la cholestérolémie et réduisent de façon importante les complications cardiovasculaires". Les personnes qui prennent des statines doivent faire l'objet d'une surveillance médicale régulière par le médecin prescripteur (généraliste, cardiologue, angiologue, neurologue…). "Un premier bilan sanguin est établi 3 mois après le début du traitement. Selon les résultats, celui-ci est éventuellement adapté ou modifié par le médecin". Ensuite, un bilan sanguin est pratiqué tous les 6 à 12 mois pour vérifier l'efficacité du traitement. Consommées "par 220 millions de patients à travers le monde", les statines sont parmi les médicaments les plus prescrits au monde.

Quelles sont les indications des statines ?

Les statines sont indiquées exclusivement dans le traitement de l'hypercholestérolémie. "Il faut savoir toutefois que, dans certaines circonstances, notamment lorsque les artères sont malades, par exemple en cas d'infarctus ou d'artérite des membres inférieurs, les statines peuvent être indiquées pour baisser le cholestérol même s'il est normal au départ", poursuit le cardiologue. "Il faut alors en effet baisser le cholestérol bien en dessous des valeurs normales pour limiter le risque de progression de la maladie artérielle".

Quels médicaments sont de la famille des statines ? 

"Tous les noms des médicaments de cette classe (du moins dans leur forme générique) se terminent par "…statine", complète le Dr Paillard : fluvastatine, pravastatine, simvastatine, atorvastatine, rosuvastatine…". A noter que toutes les statines disposent d'une forme générique.

Quels sont les effets indésirables des statines ? 

Attention au jus de pamplemousse

"Les principaux effets secondaires indésirables des statines sont des problèmes musculaires qui surviennent chez 5 à 9 % des patients", répond le spécialiste. Il peut s'agir de crampes, de courbatures excessives, plus rarement de baisse de force musculaire. "La majorité des patients (plus de 90 %) tolère donc parfaitement bien les statines, mais compte tenu du nombre très important de prescriptions (plusieurs millions en France), les patients présentant des effets indésirables sont aussi assez nombreux…". Les effets indésirables considérés comme graves sont très rares (1 cas sur 100 000) et surviennent surtout à fortes doses : augmentation importante des enzymes du foie (transaminases), atteintes musculaires graves (rhabdomyolyses ou myosites nécrosantes auto-immunes).
► Attention au jus de pamplemousse (jus et fruit) qui interagit avec deux statines : la simvastatine et l'atorvastatine. Sa consommation expose à un risque de surdosage et une augmentation des effets indésirables de ces deux substances.

Quelles sont les contre-indications des statines ?

"Les contre-indications des statines sont :

Quelles sont les alternatives aux statines ? 

Il existe plusieurs solutions lorsque le patient ne supporte pas les statines.

► Les hypolipidémiants de la famille des fibrates. "Ils diminuent le taux de cholestérol LDL, mais aussi en partie les taux sanguins de triglycérides et d'acide urique, explique le Dr Amine Morjane, Médecin généraliste. Ils sont utilisés lorsque les statines sont restées sans effet ou ont provoqué des effets indésirables gênants". Les personnes qui prennent des fibrates doivent faire l'objet d'une surveillance médicale régulière. "Le médecin prescrit un premier bilan après deux à trois mois de traitement et le modifie éventuellement à la lecture des résultats. Il peut décider de faire pratiquer un bilan sanguin tous les deux à trois mois pendant un an pour vérifier l'efficacité et la tolérance du traitement". Les effets indésirables observés peuvent varier selon les substances : Digestion difficile, nausées ou diarrhée, démangeaisons, urticaire, photosensibilité, vertiges ou fatigue. Des cas de calculs biliaires ont également été rapportés.

► "En cas d'intolérance (surtout musculaire) aux statines, le principal médicament proposé est l'ézétimibe qui agit par un mécanisme différent (bloqueur de l'absorption du cholestérol au niveau intestinal)", reprend le cardiologue. Il peut parfois donner des problèmes musculaires mais beaucoup plus rarement. "Un autre médicament agissant aussi au niveau intestinal et ne donnant pas de problème musculaire est le QUESTRAN (colestyramine). En revanche, il occasionne assez souvent des problèmes digestifs".

► Le Lomitapide est utilisé, en association à d'autres médicaments hypolipémiants surtout chez des adultes ayant une hypercholestérolémie familiale homozygote. "L'hypercholestérolémie familiale homozygote est une maladie génétique, précise le Dr Morjane. Dans la mesure du possible, elle doit être confirmée par un test avant de débuter le traitement". Les effets indésirables les plus fréquents du Lomitapide sont digestifs : diarrhée (79 %), nausées (65 %), digestion difficile (38 %), vomissements (34 %), gêne abdominale (20 %) et augmentation des enzymes du foie (transaminases).

Pratiquer une activité physique régulière permet d'augmenter le taux de cholestérol HDL

► "Les acides gras polyinsaturés oméga-3 sont parfois prescrits chez les patients qui ont un taux sanguin de triglycérides élevé, en complément du régime, poursuit le généraliste. Ces acides gras inhiberaient la formation du cholesterol LDL". Leur principal effet indésirable est un allongement du temps de coagulation sanguine.

► "Certains nouveaux médicaments très puissants, administrés uniquement par voie injectable, les inhibiteurs PCSK9, ne donnent pas de problème musculaire, reconnait le Dr Paillard. Mais on ne peut les prescrire actuellement que chez des patients ayant présenté des complications cardiovasculaires de type infarctus ou AVC ou artérite".

Enfin, "pratiquer une activité physique régulière permet d'augmenter le taux de cholestérol HDL, de diminuer le taux de cholestérol LDL et le taux de triglycérides, conclut le Dr Morjane. Les sportifs réguliers ont un taux de " bon " cholestérol jusqu'à 30 % plus élevé que les sédentaires…".

Merci aux docteurs François Paillard, cardiologue au CHU de Rennes et 1er Vice-Président de la Fédération Française de Cardiologie, et Amine Morjane, Médecin généraliste, maître de stage universitaire et directeur du pôle médical du COSEM.

Effets et risques