Fuite de la valve mitrale : symptômes, grades, causes, traitements

Valvulopathie fréquente chez les adultes, l'insuffisance mitrale doit faire l'objet d'une surveillance particulière. De quoi s'agit-il exactement ? Quels sont les risques et les chances de guérison ? En quoi consiste l'opération ? Explications avec le Pr Alain Furber, chef du service cardiologie du CHU d'Angers.

Fuite de la valve mitrale : symptômes, grades, causes, traitements
© natalimis - 123RF

La valve mitrale est un composant du cœur. En s'ouvrant et se refermant, elle contrôle normalement le passage du sang depuis l'oreillette gauche du cœur vers le ventricule gauche du cœur. On parle de fuite de la valve mitrale ou d'insuffisance mitrale lorsque du sang reflue du ventricule vers l'oreillette lors de la contraction cardiaque (systole). 

Définition : qu'est-ce qu'une fuite de la valve mitrale ?

Une fuite de la valve mitrale, appelée également insuffisance mitrale, est un écoulement de sang anormal depuis le ventricule vers l'oreillette gauche du cœur traduisant un défaut d'étanchéité. La valve mitrale sert de portillon entre ces deux parties, s'ouvrant et se refermant hermétiquement pour réguler la circulation du sang. Lors de la contraction du cœur qui évacue le sang vers l'aorte (on parle de systole), une partie du sang reflux à travers cette valve. Le sang n'est pas censé circuler dans ce sens mais la perte d'étanchéité de la valve mitrale qui doit empêcher le reflux sanguin le permet. Elle peut être de survenue brutale par rupture de cordage, une de ses structures permettant sa stabilité, et réaliser un tableau d'oedème aigu du poumon avec difficultés respiratoires d'aggravation rapide. 

Quels sont les symptômes de la fuite de la valve mitrale ?

"Les circonstances de découverte sont variables : découverte d'un souffle lors d'un examen clinique systématique, des symptômes à type d'essoufflement ou de fatigue à l'effort, des palpitations, une fièvre prolongée (endocardite) ou d'emblée une complication dans les insuffisances mitrales aiguës. Le principal symptôme de l'insuffisance mitrale chronique est la dyspnée (l'essoufflement) qui apparaît de manière progressive. Dans les formes débutantes, elle ne survient qu'à l'effort et peut ensuite entraîner un essoufflement au repos, voire un œdème aigu du poumon", explique le Pr Alain Furber. 

Quels sont les différents grades ?

Il existe différents niveaux de sévérité des symptômes et différents degrés de fuite de la valve mitrale. L'auscultation cardiaque permet de déterminer qu'il y a un souffle cardiaque évoquant une insuffisance mitrale. Une échocardiographie permet ensuite de confirmer le diagnostic, de rechercher la cause et de quantifier cette insuffisance mitrale. "Les principaux paramètres à prendre en compte sont : le volume régurgité, c'est-à-dire la quantité de sang qui sort par la fuite, le retentissement de la fuite mitrale sur le cœur quand il se contracte (fonction ventriculaire gauche et fraction d'éjection), le degré de dilatation du ventricule gauche. Un problème important, ce sont les patients qui ont une insuffisance mitrale sévère mais qui n'ont aucun symptôme. Il faut agir assez rapidement parce qu'il y a des atteintes cardiaques qui ne régressent pas après l'opération", d'où l'importance de l'auscultation cardiaque pour dépister un souffle, prévient le cardiologue.

Quelles sont les causes ?

Cette insuffisance mitrale peut survenir brutalement lors d'un mécanisme appelé rupture de cordage ce qui engendre une gêne respiratoire rapide à cause d'une accumulation secondaire de liquide dans les poumons. Plus souvent, l'insuffisance mitrale apparait progressivement, une insuffisance cardiaque dite ventriculaire gauche va se manifester progressivement sous forme d'essoufflement d'abord à l'effort, puis pour des efforts de moins en moins importants, à la fin au repos. 

Quels sont les risques ?

"Le risque principal de la fuite de la valve mitrale est l'insuffisance cardiaque : le cœur va se dilater et moins bien se contracter. Résultat, cela entraîne l'apparition progressive de fibroses dans le ventricule gauche. Le problème, c'est qu'une fois que la fibrose est installée, elle n'est pas régressive ", indique le spécialiste.

Quand et qui consulter ?

Il faut consulter un cardiologue en cas d'essoufflement. 

Quel est le diagnostic ?

Le diagnostic est fait grâce à l'étude des valves possibles avec une échographie cardiaque couplée à un examen doppler qui étudie les flux sanguins. 

Quels sont les traitements ?

Le traitement de l'insuffisance mitrale est chirurgical. Il consiste en une plastie mitrale, c'est-à-dire une réparation chirurgicale de la valve, lorsqu'elle est possible. Le remplacement valvulaire mitral à l'aide d'une bioprothèse ou d'une prothèse mécanique est envisagé lorsque la plastie mitrale est impossible. "Lorsque le patient est âgé ou à très haut risque opératoire (présente de nombreuses comorbidités), le dispositif MITRACLIP est proposé : il s'agit de mettre un ou plusieurs petits clips au niveau de la valve et ainsi diminuer l'importance de la fuite mitrale ", ajoute le Pr Alain Furber. 

Quand opérer ?

"On opère les patients qui ont des symptômes et une insuffisance mitrale importante. Mais aussi les patients asymptomatiques, en présence de critères qui indiquent que le cœur commence à souffrir (dilatation du ventricule gauche, baisse de la fréquence d'éjection)", continue-t-il. 

Quelles sont les chances de guérison ?

"Les techniques chirurgicales fonctionnent très bien. En revanche, quand on le fait trop tardivement et que l'insuffisance mitrale est évoluée, que le cœur s'est dilaté et qu'il ne se contracte pas bien, c'est beaucoup plus difficile d'obtenir une bonne amélioration et les risques opératoires sont importants", note le spécialiste. Les chances de guérison reposent donc sur le dépistage précoce de la fuite mitrale, le suivi et l'opération au bon moment. 

Merci au Pr Alain Furber, chef du service cardiologie du CHU d'Angers et président de la Fédération Française de Cardiologie.

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