PIMS et Covid-19 (MIS-C) : cas en France, profil des enfants

Le syndrome inflammatoire multisystémique pédiatrique (MIS-C ou PIMS) est proche de la maladie de Kawasaki et toucherait les enfants et les adolescents, surtout ceux infectés par la Covid-19. A date, il y aurait eu 396 cas en France. Définition, symptômes, complications, âge des enfants touchés et traitements.

PIMS et Covid-19 (MIS-C) : cas en France, profil des enfants
© Tetiana Sydorenko - 123RF

[Mis à jour le vendredi 26 février à 10h18] Le syndrome inflammatoire multisystémique pédiatrique (PIMS ou MIS-C) présente des caractéristiques proches de la maladie de Kawasaki et a touché plusieurs milliers d'enfants, d'adolescents et de jeunes adultes à travers le monde depuis l'alerte lancée par le National Health Service du Royaume-Uni fin avril 2020. Près de 400 en France à date. En effet, Santé publique France a indiqué dans son bulletin hebdomadaire du 25 février 2021 que de nouveaux cas de PIMS avaient été signalés depuis cet automne, portant à 396 le nombre de cas observés entre le 1er mars 2020 et le 21 février 2021. 75% de ces jeunes patients atteints de MIS-C présentaient des anticorps contre le SARS-CoV-2 (virus responsable de la pandémie Covid-19) ou une sérologie positive vis-à-vis du nouveau coronavirus. Ils ont développé des symptômes évocateurs du MIS-C 4 à 5 semaines après l'infection au virus. Quel est le lien entre Covid-19 et MIS-C et comment l'expliquer ? Est-ce que cette affection se soigne et avec quel traitement ? Des chercheurs américains nous apportent des éléments de réponses. 

Syndrome inflammatoire multisystémique : c'est quoi le MIS-C ?

Le syndrome inflammatoire multisystémique (abrégé MIS-C pour "multisystem inflammatory syndrome in children", en anglais ou PIMS pour syndrome inflammatoire multisystémique pédiatrique) est une maladie qui touche les enfants et les très jeunes adultes. Cette maladie est rare : deux études américaines* publiées le 29 juin 2020 dans The New England of Medicine (NEJM) indiquent qu'elle affecterait 2 personnes de moins de 21 ans sur 100 000 dans le monde. Dans le monde, près d'un millier de personnes seraient touchées par le MIS-C, si on inclut ces deux nouvelles études, précise Michael Levin, professeur de biologie et de philosophie de l'Imperial College à Londres dans un éditorial qui accompagne ces travauxEn France, l'incidence des PIMS en lien avec la COVID-19 (338 cas) a été estimée à 23.3 cas par million d'habitants dans la population des moins de 18 ans (soit 14 511 544 habitants, données Insee 2019). Ce syndrome inflammatoire multisystémique "se manifeste la plupart du temps dans le contexte d'enfants qui ont été infectés par le Covid-19 à peu près un mois après", indiquait le Pr Arnaud Fontanet le 30 avril lors d'une audition au Sénat. Une information confirmée dans le bulletin hebdomadaire du 25 février 2021 de Santé publique France : sur les 396 cas signalés en France au 21 février 2021, une PCR et/ou sérologie pour SARS-CoV-2 étaient positives dans 75% des cas

Le syndrome inflammatoire multisystémique apparaît 25 jours après en moyenne après l'infection au Covid-19.

Pour en savoir plus sur le MIS-C, les chercheurs de ces deux études ont suivi 300 enfants et jeunes adultes de moins de 21 ans positifs au Covid-19 ou fortement suspectés d'être contaminés, recensés aux Etats-Unis entre mars et mai 2020. Ces analyses faisaient suite à une alerte lancée par le National Health Service du Royaume-Uni fin avril, puis par les Centres américains de prévention et de lutte contre les maladies au moins de mai. 

MIS-C et Covid-19 : quel est le lien ?

"Ce syndrome inflammatoire serait donc potentiellement lié à une infection au coronavirus"

"L'émergence du syndrome inflammatoire multisystémique chez les enfants dans l'État de New York a coïncidé avec une transmission généralisée du SRAS-CoV-2", soulignent les chercheurs américains qui se sont aperçus que le syndrome inflammatoire multisystémique apparaissait 4 à 5 semaines après l'infection au Covid-19 : 25 jours après en moyenne. "Ce syndrome inflammatoire serait donc potentiellement lié à une infection au coronavirus", estiment les chercheurs américains. Même constat en France. Selon les données de Santé publique France au 25 février 2021 :

  • 43% des cas recensés concernaient des filles. L'âge médian des cas était de 7 ans (25% des cas avaient ≤ 3 ans et 75% ≤ 11 ans).
  • Les régions ayant signalé le plus grand nombre de cas sont l'Île-de-France (159 cas, 40%), Auvergne-Rhône-Alpes (57 cas, 14%), Provence-Alpes-Côte d'Azur (50 cas, 13%) et Grand Est (24 cas, 6%). Les autres régions ont rapporté moins de 20 cas
  • Un séjour en réanimation a été nécessaire pour 179 enfants (45%) et en unité de soins critiques pour 94 (24%). Les autres enfants ont été hospitalisés en service de pédiatrie. Un enfant âgé de 9 ans est décédé dans un tableau d'inflammation systémique avec myocardite.
  • 75%, soit trois quart des cas, étaient confirmés par une PCR et/ou sérologie pour SARS-CoV-2 positives.
  • Le lien avec le virus était probable chez 18 (5%) patients (contage avec un sujet positif ou scanner évocateur)
  • Le lien était considéré comme possible chez 23 patients (6%).
  • Le lien avec le Covid-19 n'a pas pu être établi pour les 58 patients restants (15%)
  • Parmi les 329 patients pour lesquels le lien avec la COVID-19 était possible, probable ou confirmé, les PIMS étaient associés à une myocardite pour 240 cas (71%).
  • Après un pic observé en semaine 18-2020 (semaine d'hospitalisation), le nombre de cas signalés a diminué de manière importante au cours de l'été, avant une nouvelle augmentation depuis la semaine 39 (fin septembre) : 180 cas ont été rapportés entre le 21 septembre 2020 et le 21 février 2021, tous confirmés à l'exception d'un cas probable et de deux cas possibles

Nombre hebdomadaire d'hospitalisations pour PIMS, en fonction du lien avec la COVID-19, et d'hospitalisations COVID-19 tous âges, du 02 mars 2020 au 21 février 2021, France (données au 23 février 2021)

 Nombre hebdomadaire d’hospitalisations pour PIMS, en fonction du lien avec la COVID-19, et d’hospitalisations COVID-19 tous âges, du 02 mars 2020 au 21 février 2021, France (données au 23 février 2021)
Nombre hebdomadaire d’hospitalisations pour PIMS, en fonction du lien avec la COVID-19, et d’hospitalisations COVID-19 tous âges, du 02 mars 2020 au 21 février 2021, France (données au 23 février 2021) © Santé publique France

Nombre de cas de PIMS par région en fonction de leur lien avec le SARS-CoV-2, du 02 mars 2020 au 21 février 2021, France (données au 23 février 2021)

Nombre de cas de PIMS par région en fonction de leur lien avec le SARS-CoV-2, du 02 mars 2020 au 21 février 2021, France (données au 23 février 2021)
Nombre de cas de PIMS par région en fonction de leur lien avec le SARS-CoV-2, du 02 mars 2020 au 21 février 2021, France (données au 23 février 2021) © Santé publique France

Quelles sont les causes du MIS-C ?

La grande majorité des enfants, adolescents et jeunes adultes atteints du syndrome inflammatoire multisystémique étaient en bonne santé et n'avaient pas d'antécédents médicaux ou de facteurs de risque particulier. Les chercheurs ignorent encore quelle est la cause exacte du MIS-C. Pour le moment, le MIS-C est soupçonné d'être provoqué par une réponse anormale du système immunitaire à un agent infectieux, encore inconnu. "Étant donné que le MIS-C survient généralement tardivement après l'infection par le SRAS-CoV-2, une fois que l'anticorps s'est développé, des réponses immunitaires adaptatives cellulaires ou humorales aberrantes peuvent être impliquées. Il existe des preuves que les anticorps peuvent augmenter la gravité de l'infection par le SRAS-CoV-1 en déclenchant une inflammation ou en provoquant des dommages aux organes", précise Michael Levin.

Quels enfants sont les plus à risque ?

Au terme de leur analyse, les chercheurs ont observé que le MIS-C touchait plus les enfants à la peau noire (40% des cas recensés) ou d'origine hispanique (36% des cas recensés).

Quels sont les symptômes chez l'enfant ?

Le syndrome inflammatoire multisystémique entraîne quasiment tout le temps de la fièvre (d'une durée supérieure à 4 jours) et, dans plus de 80% des cas recensés, des troubles gastro-intestinaux (douleurs abdominales, nausées et vomissements, diarrhées) et des troubles du système cardiovasculaire (97% présentent une tachycardie, 8 à 9% ont développé un anévrisme des artères coronaires, 53% des cas présentent une myocardite, une inflammation des tissus musculaires du cœur). 60% des cas, particulièrement les enfants de moins de 5 ans, présentent pour la plupart des éruptions cutanées. Parmi les personnes atteintes du MIS-C, 80% ont été admis en soins intensifs, 20% ont reçu une assistance respiratoire et 2% sont décédés. 

MIS-C et maladie de Kawasaki : points communs et différences ?

Le MIS-C toucherait des enfants un peu plus âgés que la maladie de Kawasaki.

Les médecins qui ont lancé l'alerte en avril dernier ont très vite relevé de grandes similitudes entre la maladie de Kawasaki et le MIS-C. Les symptômes de la maladie de Kawasaki et du MIS-C sont quasiment identiques (fièvre, grande fatigue, diarrhée, éruptions cutanées, inflammation des artères...). Les deux maladies ont donc des points communs. En revanche, le MIS-C toucherait des enfants un peu plus âgés (42% ont entre 6 et 12 ans) que la maladie de Kawasaki qui concerne davantage les nourrissons et les très jeunes enfants. Par ailleurs, le MIS-C provoquerait des inflammations et des lésions du myocarde plus intenses que la maladie de Kawasaki. Enfin, la maladie de Kawasaki, dans sa forme classique, "affecte généralement les enfants asiatiques de manière disproportionnée. Tandis que le MIS-C associé à la Covid-19 semble survenir chez les enfants de toutes origines raciales ethniques", soulignent les chercheurs.

Quel est le traitement ?

Comme la cause du MIS-C est encore inconnue, il est difficile de trouver un traitement efficace. À ce jour, la plupart des patients ont été traités avec des agents qui se sont révélés bénéfiques dans la maladie de Kawasaki ou d'autres troubles inflammatoires. "Ainsi, des essais seront nécessaires pour établir la thérapie appropriée", poursuit Michael Levin.

Existe-t-il un vaccin ?

Non. Pour le moment, il n'existe pas de vaccin pour prévenir le syndrome inflammatoire multisystémique. Connaître avec précision sa cause pourrait permettre également d'élaborer un vaccin préventif.

Sources : Deux études citées dans l'article "Multisystem Inflammatory Syndrome in Children in New York State", The New England Journal of Medicine, 29 juin 2020 et l'édito du Pr Michael Levin : "Childhood Multisystem Inflammatory Syndrome — A New Challenge in the Pandemic", 29 juin 2020.

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