PIMS et Covid : définition, symptômes, bilan en France, vaccin

PIMS COVID - Le PIMS (syndrome inflammatoire multisystémique pédiatrique ou MIS-C) touche des bébés, enfants et adolescents, principalement contaminés par le Covid-19. Définition, symptômes, âge des cas en France, bilan à date, traitements et évolution... Tout savoir sur cette maladie.

PIMS et Covid : définition, symptômes, bilan en France, vaccin
© instaphotos - 123RF

Le syndrome inflammatoire multisystémique pédiatrique (PIMS ou MIS-C) présentant initialement des caractéristiques proches de la maladie de Kawasaki a touché plusieurs milliers d'enfants, d'adolescents et de jeunes adultes à travers le monde depuis l'alerte lancée par le National Health Service du Royaume-Uni fin avril 2020. Plusieurs pays d'Europe et d'Amérique du Nord ont signalé des patients jeunes atteints de ce syndrome associé au virus SARS-CoV-2 de la Covid. En France, 781 cas de PIMS ont été signalés par les pédiatres à Santé publique France entre le 2 mars 2020 et le 21 novembre 2021. Pour 702, le lien avec un Covid-19 était possible, probable ou confirmé. La prise en charge des enfants concernés est rappelée par la Direction générale de la Santé (DGS) le 25 juillet 2021. Avoir fait un PIMS est une contre-indication à la vaccination contre le Covid. Quels sont les symptômes ? Quel est le lien entre Covid-19 et MIS-C et comment l'expliquer ? Quels sont les symptômes ? Est-ce que cette affection se soigne et avec quel traitement ? Quelle évolution ? Infos.

C'est quoi le syndrome PIMS ?

PIMS désigne (en anglais) le "Pediatric Inflammatory Multisystem Syndrom" pour "Syndrome inflammatoire multisystémique pédiatrique" et le MIS-C "Multisystem Inflammatory Syndrome in Children" pour "Syndrome inflammatoire multisystémique de l'enfant". Ces deux termes similaires caractérisent une maladie inflammatoire rare qui touche les enfants et les très jeunes adultes.

Quel lien avec le Covid ?

Un lien probable avec la maladie Covid-19 existe selon les autorités sanitaires. Ce syndrome inflammatoire multisystémique "se manifeste la plupart du temps dans le contexte d'enfants qui ont été infectés par le Covid-19 à peu près un mois après", avait indiqué le Pr Arnaud Fontanet, membre du Conseil scientifique, le 30 avril lors d'une audition au Sénat. Ce que confirme Santé Publique France le 27 mai 2020 en avançant "un délai moyen de survenue des PIMS de quatre à cinq semaines après l'infection par le SARS-CoV-2" observé lors de la première vague de l'épidémie. Le nombre de cas a diminué de manière importante au cours de l'été 2020 avant une nouvelle augmentation fin septembre.

Combien de cas en France (bilan) ?

En France, entre le 2 mars 2020 et le 21 novembre 2021, 781 cas de syndromes inflammatoires multi-systémiques pédiatriques (PIMS ou MIS-C), dont 702 en lien avec la COVID-19, ont été signalés à Santé publique France par les pédiatres, peut-on lire dans le bulletin du 25 novembre 2021 de Santé publique France :

  • 82% des cas étaient confirmés par une RT-PCR et/ou une sérologie pour SARS-CoV-2 positives
  • Parmi les 702 patients pour lesquels le lien avec la COVID-19 était possible, probable ou confirmé, les PIMS étaient associés à une myocardite (inflammation du muscle du coeur) pour 498 cas (71%).
  • Un séjour en réanimation a été nécessaire pour 318 enfants (41%) et en unité de soins critiques pour 199 (25%). Les autres enfants ont été hospitalisés en service de pédiatrie.
  • Un enfant âgé de 9 ans est décédé dans un tableau d'inflammation systémique avec myocardite.
  • Les régions ayant signalé le plus grand nombre de cas sont l'Île-de-France (304 cas, 39%), Provence-Alpes-Côte d'Azur (106 cas, 14%), Auvergne-Rhône-Alpes (81 cas, 10%), Grand Est (56 cas, 7%), Occitanie (43 cas, 6%) et Nouvelle Aquitaine (35 cas, 4%). Les autres régions ont rapporté moins de 30 cas chacune.
Nombre hebdomadaire d'hospitalisations pour PIMS, en fonction du lien avec la COVID-19, et d'hospitalisations COVID-19 tout âge confondu, du 02 mars 2020 au 21 novembre 2021, France (données au 25 novembre 2021)
Nombre hebdomadaire d’hospitalisations pour PIMS, en fonction du lien avec la COVID-19, et d’hospitalisations COVID-19 tout âge confondu, du 02 mars 2020 au 21 novembre 2021, France (données au 25 novembre 2021)
Nombre hebdomadaire d’hospitalisations pour PIMS, en fonction du lien avec la COVID-19, et d’hospitalisations COVID-19 tout âge confondu, du 02 mars 2020 au 21 novembre 2021, France (données au 25 novembre 2021) © Santé publique France

Après un pic observé en semaine 18-2020 (semaine d'hospitalisation), le nombre de cas signalés a diminué de manière importante au cours de l'été 2020, avant une nouvelle augmentation au cours de l'automne et l'hiver 2020/21 avec un pic semaine 49-2020 (dernière semaine de novembre, 22 cas). Le nombre de cas hebdomadaire est ensuite resté assez stable, oscillant entre 9 et 15 cas jusqu'à fin mai 2021, avant une nouvelle diminution au cours de l'été.

Quelles recommandations pour la vaccination ?

La vaccination est contre-indiquée aux personnes ayant développé un syndrome inflammatoire multi-systémique pédiatrique (PIMS) conformément à l'avis du 11 juin 2021 du Conseil d'orientation de la stratégie vaccinale. Pour le moment, il n'existe pas de vaccin pour prévenir le syndrome inflammatoire multisystémique. Connaître avec précision sa cause pourrait permettre également d'élaborer un vaccin préventif. Néanmoins, la Haute autorité de Santé (HAS) rappelle, dans un avis du 30 novembre 2021, que les PIMS constituent une des complications du Covid chez l'enfant. C'est pour cela qu'elle recommande la vaccination chez les 5-11 ans à risque de forme grave ou ayant des comorbidités. Cela concerne un peu plus de 360 000 enfants en France. Elle recommande d'élargir la campagne de vaccination par le vaccin Comirnaty® (avec une posologie adaptée de 10 µg) aux enfants qui présentent l'une de ces comorbidités : maladies hépatiques chroniques ; maladies cardiaques et respiratoires chroniques (y compris l'asthme sévère nécessitant un traitement continu) ; maladies neurologiques ; immunodéficience primitive ou induite par médicaments ; obésité ; diabète ; hémopathies malignes ; drépanocytose et trisomie 21.

Quelles sont les causes d'un PIMS ?

La grande majorité des enfants, adolescents et jeunes adultes atteints du syndrome inflammatoire multisystémique pendant l'épidémie de Covid étaient en bonne santé et n'avaient pas d'antécédents médicaux ou de facteurs de risque particulier. Le PIMS est soupçonné d'être provoqué par une réponse anormale du système immunitaire à un agent infectieux, encore inconnu. "Étant donné que le MIS-C (ou PIMS) survient généralement tardivement après l'infection par le SRAS-CoV-2, une fois que l'anticorps s'est développé, des réponses immunitaires adaptatives cellulaires ou humorales aberrantes peuvent être impliquées. Il existe des preuves que les anticorps peuvent augmenter la gravité de l'infection par le SRAS-CoV-1 en déclenchant une inflammation ou en provoquant des dommages aux organes", précise Michael Levin dans son édito.

Quel est l'âge de survenue ?

La HAS rapporte que ces signes peuvent être observés à tout âge, mais qu'ils surviennent le plus souvent chez les enfants âgés de 4 à 11 ans. Selon une analyse belge rassemblant 68 études publiée dans l'European Journal of Pediatrics en février 2021, le syndrome PIMS toucherait davantage les garçons, adolescents et les minorités raciales et ethniques (origine africaine, hispanique...)

Nombre de cas et incidence cumulée des PIMS liés à la COVID-19, par groupe d'âge France, 02/03/2020 au 21/11/2021

Groupe d'âge 0-2 ans 3-5 ans 6-10 ans 11-14 ans 15-17 ans TOTAL
Nombre de cas 100 129 269 149 55 702
% 14 19 38 21 8 100
Incidence (pour un million d'habitants) 46.9 56.5 64.9 43.8 21.9 448.5

Quels sont les symptômes ?

Symptômes d'un syndrome inflammatoire multi-systémique
Symptômes d'un syndrome inflammatoire multi-systémique © Centers for Disease Control and Prevention (CDC)

Les signes cliniques et symptômes du PIMS sont peu spécifiques et nécessitent de la part des médecins toute l'attention et la réactivité nécessaires lors de l'interrogatoire et de l'examen clinique des enfants, insiste la DGS le 25 juillet. 

Doivent en particulier attirer l'attention les signes les plus fréquents :

  • Une fièvre élevée 39-40°c supérieure à 3 ou 4 jours (quasi systématique)
  • Une altération de l'état général : apathie, asthénie extrême, perte d'appétit, frissons, pâleur, douleurs diffuses, marbrures
  • Des signes digestifs très fréquents : douleurs abdominales, diarrhée, nausées, vomissements, syndrome pseudo-appendiculaire (le plus souvent, l'abdomen est souple à la palpation).

D'autres signes inconstants peuvent aussi être présents :

  • signes de choc : pâleur, polypnée, tachycardie, pouls filant, hépatomégalie, temps de recoloration cutanée allongé, instabilité tensionnelle ou hypotension
  • signes cutanéomuqueux : injection conjonctivale, éruption maculo-papuleuse, prurit, œdème et rougeur des extrémités, lèvres sèches et fissurées (chéilite), glossite
  • signes neurologiques ou respiratoires : irritabilité, céphalées, méningisme, confusion
  •  signes respiratoires : polypnée, toux
  • et d'autres signes comme conjonctivite bilatérale non purulente, atteinte des extrémités (érythème palmo plantaire, œdèmes des extrémités, parfois desquamation).
Symptômes d'un PIMS
Symptômes d'un PIMS © Association Famille des enfants victimes du PIMS Covid

Quelles différences avec la maladie de Kawasaki ?

Si l'enfant présente des risques ou des signes de défaillance hémodynamique, le SAMU doit être contacté

Les médecins qui ont lancé l'alerte en avril 2020 ont très vite relevé de grandes similitudes entre la maladie de Kawasaki et le MIS-C. Les symptômes de la maladie de Kawasaki et du MIS-C sont quasiment identiques (fièvre, grande fatigue, diarrhée, éruptions cutanées, inflammation des artères...). Les deux maladies ont donc des points communs. En revanche, il y a des signes divergents : âge plus jeune dans la maladie de Kawasaki, douleur abdominale, thrombopénie, anémie....

Que faire lors d'une suspicion de PIMS ?

L'enfant doit être adressé en milieu hospitalier dans les meilleurs délais en cas de signes évocateur voire douteux de PIMS. La prise en charge urgente ne doit pas être différée par la réalisation de test biologiques (y compris la recherche d'infection à SARS CoV-2). "Si l'enfant présente des risques ou des signes de défaillance hémodynamique, le SAMU doit être contacté" explique la DGS. La prise en charge est multi disciplinaire et a lieu au sein de services pédiatriques. Elle implique le plus souvent des urgentistes, des réanimateurs, des cardiologues, des infectiologues et des rhumatologues.

Quel est le traitement ?

Un algorithme de traitement a été élaboré par la Société Française de Pédiatrie et le comité de pilotage du groupe COPIL COVID inflammation. Ce traitement qui peut associer corticothérapie, immunoglobulines, anti agrégants, anticoagulants, antibiotiques voire biothérapies est fonction de la sévérité clinique du syndrome. Un accompagnement psychologique du patient ou de sa famille peut être proposé en lien avec le médecin traitant.

Quelle évolution ?

"Malgré une maladie grave, la mortalité est plutôt faible (1,9 %)" rapportent les chercheurs belges tout en soulignant une "évolution à court terme favorable". Le pronostic global est "bon avec une absence de complications à court terme malgré des interventions fréquentes en soins intensifs".

Sources :

Surveillance des cas de syndrome inflammatoire multi-systémique pédiatrique (PIMS ou MIS-C). Bilan au 25 novembre 2021

Covid-19 : la HAS recommande la vaccination des enfants fragiles, HAS, 30 novembre 2021

Covid-19 Prise en charge du Syndrome inflammatoire multi systémique de l'enfant (PIMS), DGS, 25/07/2021.

Prise en charge des enfants avec syndrome inflammatoire multisystémique post Covid, CHU de Grenoble.

Hoste, L., Van Paemel, R. & Haerynck, F. Multisystem inflammatory syndrome in children related to COVID-19: a systematic review. Eur J Pediatr 180, 2019–2034 (2021).

"Multisystem Inflammatory Syndrome in Children in New York State", The New England Journal of Medicine, 29 juin 2020

Edito du Pr Michael Levin : "Childhood Multisystem Inflammatory Syndrome — A New Challenge in the Pandemic", 29 juin 2020.