R0 et coronavirus : signification, taux en mai en France

Depuis le 11 mai, le confinement est levé en France progressivement mais l'épidémie n'est pas pour autant éteinte. Les scientifiques ont les yeux rivés sur le R0, le taux de reproduction du coronavirus que l'on sait désormais très contagieux. Le 28 mai, le gouvernement a présenté le niveau du taux actuellement en France.

R0 et coronavirus : signification, taux en mai en France
© Yurii Yarema -123RF

[Mise à jour le vendredi 29 mai 2020 à 16h16] Les Français sont déconfinés depuis le 11 mai 2020 puisque l'épidémie de coronavirus continue de baisser en France, même "plus que nous l'espérions" a indiqué le Premier ministre Edouard Philippe le 28 mai lors de la présentation de la phase 2 du déconfinement. Mais le virus circule toujours et les autorités sont vigilantes sur une éventuelle deuxième vague épidémique. Parmi les 4 indicateurs clés surveiller par le gouvernement : le R0 ou "R zéro" qui atteste de la transmission et de la circulation du Sars-CoV-2. De quoi s'agit-il ? A quel taux est-il en France ? Quels sont les autres indicateurs suivis par les autorités ? Pourra-t-on de nouveau être reconfinés ? Explications.

Le R0 ou "R zéro" : c'est quoi ?

Le R0 dit "R zéro" est le taux de reproduction de base d'un virus. Sa mesure permet de dire combien de personnes en moyenne seront infectées par une personne contaminée par ce virus. Ce taux est le produit de trois facteurs : 

  • le risque de contracter le virus lors d'un contact (d'où le respect d'une distance sociale d'au moins 1 mètre recommandée en ce moment),
  • le nombre de contacts par jour (d'où la mise en place du confinement actuel) :  si l'on diminue le nombre de contacts de moitié, on diminue le R0 de moitié.
  • le nombre de jours où une personne infectée est contagieuse (jusqu'à 14 jours pour le coronavirus).

 Les mesures de prévention et de contrôle visent à abaisser les valeurs de chacun de ces trois paramètres. "Si le R0 est supérieur à 1, un malade va contaminer plus d'une personne donc l'épidémie va prendre de l'ampleur. S'il est inférieur à 1, petit à petit les malades contaminent moins de personnes et donc l'épidémie peut s'atténuer voire disparaître" rappelait Olivier Véran lors du point de situation de l'épidémie en France le 6 avril. Dans le cas du coronavirus qui est un virus très contagieux, ce R0 était à 3 voire plus. L'objectif en cas de pandémie était de le ramener à moins de 1. Pour un même virus, le R0 peut varier d'une population à l'autre en fonction de la densité de population, de la susceptibilité et d'autres facteurs. 

A titre de comparaison : le R0 de la grippe en France a été ramené à moins de 1 grâce à la politique vaccinale qui immunise une partie de la population. Le RO de la rougeole est de 16. Le RO du SRAS en 2003 était de 3 et a été ramené à 0,5 ce qui a permis d'arrêter l'épidémie.

R0 en France : à quel niveau est-il ?

 

Le R0 a diminué en France à partir du confinement du 17 mars. Le 21 avril, une analyse publiée par l'Institut Pasteur annonçait qu'il était "passé de 3.3 en début de confinement à 0.5" en France.

Carte France R0 coronavirus
EVOLUTION DU R - 0 (NOMBRE DE PERSONNES CONTAMINÉES PAR CHAQUE MALADE) EN FRANCE-28 MAI 2020 © Ministère de la Santé

Au 28 mai 2020, lors de la présentation de la suite du déconfinement en France, le ministre de la Santé Olivier Véran a confirmé que le R0 restait un indicateur épidémique surveillé par les autorités sanitaires et révélé qu'il était à 0,77. Il est donc légèrement remonté depuis un mois mais est resté inférieur à 1 ce qui confirme la baisse de nouvelles transmissions. Mayotte par contre conserve un R0 supérieur à 1. 

Courbe R0 en France coronavirus
Courbe d'évolution du R0 en France depuis le début de l'épidémie de coronavirus. © Ministère de la Santé

L'immunité collective

Des pays comme les Pays-Bas et la Suède ont décidé de ne pas freiner le R0 en confinant la population mais de miser plutôt sur l'immunité collective. Si le R0 est supérieur à 1, les contaminations augmentent jusqu'à ce que l'épidémie culmine et finisse par diminuer en raison de l'acquisition d'une immunité collective par la population. Elle est atteinte quand 50% à 60% de la population a été infectée et a donc produit des anticorps. En France, selon l'analyse de chercheurs de l'Institut Pasteur publiée le 21 avril, seuls 6% des Français en moyenne auraient été infectés à date. Si l'immunité collective se fera naturellement au moment du déconfinement, elle ne sera pas suffisante pour arrêter la pandémie dans le pays : "On se retrouve à la case départ vis-à-vis du risque épidémique au moment où on va lever le confinement parce qu'en empêchant la circulation du virus, on a empêché la population de s'immuniser naturellement et de fait dans les zones les plus touchées on a à peu près 10% de la population qui a été infectée alors que dans les moins touchées on descend à moins de 2%. On ne peut donc pas compter sur l'immunité collective donc il faut maintenir un contrôle très fort du virus" a expliqué le Pr Arnaud Fontanet lors d'une audition au Sénat le 30 avril. 

Quels sont les autres indicateurs du déconfinement ?

Trois autres indicateurs sont suivis par le gouvernement français pour observer l'évolution de l'épidémie de coronavirus en France depuis le déconfinement. Ce sont ces indicateurs que le gouvernement et les autorités scientifiques observent pour élaborer la carte des départements de France répartis en deux couleurs selon la circulation du virus (vert/orange). 

→ L'incidence épidémie c'est-à-dire le nombre de personnes infectées sur une semaine sur 100 000 habitants.

Courbe tests positifs au coronavirus
Nombre de tests virologiques positifs pour 100 000 habitants par semaine © Ministère de la Santé

→ Le nombre de tests virologiques positifs au Covid-19 pour 100 000 habitants par semaine

Depuis le 11 mai, chaque Français qui présente des symptômes évocateurs du Covid-19 peut, après consultation de son médecin traitant, se voir prescrire par ordonnance un test de dépistage du coronavirus Sars-CoV-2.

→ Le taux d'occupation des lits en réanimation par des patients COVID par rapport à la capacité initiale en réanimation

Le ministère de la Santé indique chaque jour le bilan des cas de coronavirus en France dont le nombre de personnes supplémentaires hospitalisées en réanimation dans les 24 dernières heures. "C'est un indicateur important qui permet de percevoir la tension dans les établissements de santé" annonçait le directeur général de la santé Jérôme Salomon dans le point du 4 avril. Plus la tension est élevée, plus l'épidémie persiste sur le territoire. De même, les professionnels de santé observent aussi le nombre de patients qui sortent de réanimation. Au 28 mai, la tension hospitalière persiste en Ile-de-France et en Guyane.

carte tension hospitalière covid-19
Carte présentant le niveau de tension hospitalière en France à cause du Covid-19. © Ministère de la Santé

"On pourrait se retrouver en septembre avec une bouffée épidémique plus importante"

Un reconfinement possible après en septembre ?

Après avoir amorcé une phase de plateau de l'épidémie autour du 12 avril, Emmanuel Macron a annoncé le déconfinement progressif de la population à partir du 11 mai ce qui ne veut pas dire que nous ne pourrons pas être de nouveau confinés si l'épidémie reprend. Le gouvernement a d'ailleurs décidé d'avancer par étape avec une première phase d'observation du 11 mai au 2 juin puis du 2 juin au 22 juin. Le 28 mai, le Premier ministre a confirmé que "les résultats sont bons sur le plan sanitaire" permettant un assouplissement des mesures de déconfinement avec la réouverture des bars, restaurants, cafés, collèges, lycées (en zones vertes), parcs et jardins. Un nouveau point d'étape sera établi le 22 juin. Lors de la conférence de presse, Edouard Philippe et Olivier Véran ont néanmoins rappelé les précautions du Conseil scientifique sur la saisonnalité de ce virus, à savoir que dans 50% des cas, ces types de virus diminuent l'été pour revenir à 70% durant l'automne. Le 15 avril, le Pr Jean-François Delfraissy, Président du Conseil Scientifique Covid-19 avait indiqué qu'il était possible qu'on se retrouve avec une "bouffée épidémique en septembre".

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