Evolution Covid-19 en France : pic de la troisième vague, courbes

Les courbes de l'épidémie sont sans appel : la France est frappée par une troisième vague depuis la mi-mars. Quand le pic est-il attendu ? Quand a-t-il été atteint à la 1ère vague ? Et à la 2e ? Pourrait-il y avoir une 4e vague de contamination à l'automne 2021 ? Pic, plateau, décrue : évolution de l'épidémie et bilan des courbes.

Evolution Covid-19 en France : pic de la troisième vague, courbes
© Courbe des patients en réanimation / Gouvernement.fr

[Mis à jour le jeudi 1er avril à 14h36] L'épidémie de Covid-19 se propage comme un feu de brousse en France, frappée de plein fouet par une troisième vague. Cette flambée épidémique est marquée par un nombre très élevé de personnes en réanimation et une pression hospitalière très forte. Quand le pic est-il attendu au printemps 2021 ? Quand avait-t-il été atteint lors de la première vague ? Lors de la deuxième vague ? Quelle est la courbe d'évolution de l'épidémie à date ? Quand sortirons-nous (vraiment) de l'épidémie de coronavirus selon les chercheurs ? Bilan de la pandémie depuis ses débuts et hypothèses pour les mois à venir. 

Quelle est l'évolution de l'épidémie de la Covid-19 en France ?

Depuis le début de l'épidémie, plusieurs scientifiques tentent de prédire l'évolution de la propagation du coronavirus, en tenant compte des facteurs sociaux ainsi que des mesures d'hygiène et de confinement mises en place par les autorités sanitaires. Ils se basent également sur le nombre de personnes qu'un malade peut infecter (le R0) et sur le nombre de nouveaux cas, de malades hospitalisés ou en réanimation. Compte tenu de ces différents paramètres, on peut dire que la France a connu plusieurs phases.

Première vague de la Covid-19 : mars - mai 2020

Depuis les premiers cas officiels enregistrés en France le 24 janvier 2020 par Santé publique France, le nombre de nouveaux cas et de nouveaux décès de Covid-19 ont augmenté de façon croissante jusqu'à la fin du mois de mars. Autrement dit de fin janvier à fin mars, la France était en phase ascendante. A partir du 3 avril 2020, l'impact de l'épidémie était majeur et "la France se situait dans une phase de haut plateau" indiquait Jérôme Salomon, directeur général de la santé le 10 avril. Le nombre de personnes hospitalisées a été le plus élevé le 14 avril (plus de 32 000) pour redescendre progressivement entre le 20 avril et début juin (autour de 15 000). Entre le 15 juin et le 20 septembre 2020, le nombre de patients hospitalisés s'est stabilisé autour de 5 000 et le nombre de personnes en réanimation autour de 400 : la France était alors dans une phase de bas plateau. Les chiffres ont commencé à ré-augmenter fin août, laissant présager le début d'une deuxième vague. 

Courbe des hospitalisations en France - Première vague
Courbe des hospitalisations en France - Première vague : 15 mars / 15 juin © Géodès - Santé publique France

Deuxième vague de la Covid-19 : septembre - novembre 2020

Depuis la mi-novembre, l'épidémie poursuit sa décrue

Le Conseil scientifique a alerté début septembre 2020 de la survenue à la fin de ce même mois d'une deuxième vague épidémique. "La circulation du virus a repris pendant l'été 2020 sur l'ensemble du territoire français, notamment chez les jeunes adultes. Le nombre de cas diagnostiqués chaque jour a atteint les 10 000 au premier septembre", expliquait-il dans une note du 26 octobre. Un tassement des chiffres a été observé lors de la seconde moitié du mois de septembre (en moyenne 15 000 nouvelles infections par jour). Dès le 1er octobre 2020, "on constate une remontée extrêmement rapide du nombre de nouveaux cas, qui fait suite à une baisse généralisée des températures (baisse atteignant 25°C pour les maximales par endroit) qui a débuté entre le 20 et le 25 septembre selon les régions", poursuit le Conseil Scientifique. L'épidémie a ensuite progressé en France pour atteindre à la mi-novembre [autour du 15 novembre] un nombre de personnes hospitalisées légèrement supérieur au pic de la mi-avril (environ 32 000 personnes hospitalisées chaque jour entre le 11 et le 20 novembre). Depuis le 17 novembre, le nombre de personnes hospitalisées et admises en réanimation baisse en France. Le 16 novembre, il y avait près de 5 000 personnes en réanimation tandis que le 1er décembre, il y en avait 3 600. A la mi-novembre, l'épidémie est en décrue. Le 14 décembre 2020, le nombre quotidien de nouveaux cas tourne aux alentours de 4 000. 

. Évolution des taux d’incidence et taux de dépistage par RT-PCR (/100 000 habitants), par semaine, depuis la semaine 23/2020
. Évolution des taux d’incidence et taux de dépistage par RT-PCR (/100 000 habitants), par semaine, depuis la semaine 23/2020 © Santé publique France

Troisième vague de la Covid-19 : printemps 2021

Après avoir connu une décrue à partir du 16 novembre 2020, l'épidémie est repartie à la hausse à la mi-mars 2021, avec une moyenne de nouveaux cas par jour de 50 000. "Oui la troisième vague est là et elle nous frappe durement" a alerté le Premier Ministre, Jean Castex, devant l'Assemblée Nationale le 1er avril 2021. Lundi 29 mars 2021, le nombre de personnes en réanimation a dépassé celui du pic de la deuxième vague en automne. Il s'agit du nombre le plus élevé depuis le 22 avril 2020. La situation sanitaire est particulièrement critique en Ile-de-France où les hôpitaux sont saturés. "Des scénarios ont montré que si on ne faisait rien, on irait même largement au-dessus même de la première vague de mars-avril 2020. On pourrait très largement dépasser le nombre potentiel de patients de patients hospitalisés en réanimation", a indiqué sur BFMTV, Jean-Pierre Thierry, médecin spécialisé en santé publique, conseiller médical de France. "Ce sont des gens plus jeunes, qui vont donc rester plus longtemps en réanimation même si, en effet, il y aura probablement moins de morts et on voit que la courbe des décès diminue progressivement", a commenté ce mardi matin Alain Ducardonnet, médecin généraliste et consultant santé de BFMTV.

Situation dans les hôpitaux pendant la troisième vague
Situation dans les hôpitaux pendant la troisième vague © Twitter AFP

Quatrième vague de la Covid-19 : à l'automne 2021 ?

En analysant les données de précédentes pandémies, et notamment celle de la grippe, les chercheurs du Center for Infectious Disease Research and Policy (Minnesota, Etats-Unis) ont modélisé la courbe épidémique et envisagent plusieurs scénarii possibles parmi lesquels l'éventualité d'une quatrième vague à l'automne 2021. Cette quatrième vague serait néanmoins plus petite que les précédentes d'après les scientifiques, grâce notamment à la vaccination déployée en masse dans le monde entier. 

  • Un pic correspond au moment qui précède l'infléchissement d'une courbe de cas, hospitalisations ou décès enregistrés chaque jour.
  • Un plateau désigne la stabilisation du nombre de nouveaux cas, d'hospitalisations ou de décès enregistrés chaque jour.
  • Une décrue signifie la baisse des nouvelles contaminations et des nouveaux décès enregistrés chaque jour. 

Pic de l'épidémie : quand sont-ils atteints ?

"Généralement, les nouvelles infections ou les nouveaux cas symptomatiques sont considérés pour définir le franchissement du pic de l'épidémie ; en effet, ils traduisent la circulation du virus dans la population de manière plus précoce que les hospitalisations et les décès", explique Santé publique France dans un communiqué du 26 novembre. On ne peut donc déterminer le pic d'une épidémie que lorsque celui-ci est passé. Pour décréter le passage d'un pic, les épidémiologistes s'appuient sur l'observation d'une franche diminution des indicateurs pendant au moins deux semaines consécutives. Au vu de l'évolution des indicateurs étudiés, le pic de la première vague en France a eu lieu entre le 6 et le 10 avril 2020 et le pic de la deuxième vague du Covid-19 en France a eu lieu, selon Santé publique France, autour du 15 novembre 2020, ce qui témoigne d'une moindre circulation du virus dans la population. "Pour autant, le passage d'un pic ne signifie pas la fin de la vague épidémique, car de nombreux nouveaux cas continuent à survenir durant la phase décroissante, insiste l'agence sanitaire". En ce qui concerne la troisième vague, qui a débuté à la mi-mars, le pic pourrait être atteint entre le 7 et le 10 avril 2021 si tout va bien, et "fin-avril 2021" pour le pic des réanimations, a indiqué Olivier Véran, ministre de la Santé le 1er avril au micro de FranceInter, estimant que les mesures annoncées le 31 mars par Emmanuel Macron "vont permettre d'avoir un impact fort sur la dynamique épidémique". 

Pic de la première vague : entre le 6 et le 10 avril 2020

Pic de la deuxième vague : entre le 12 et le 19 novembre 2020

Pic de la troisième vague : estimé entre le 7 et le 10 avril 2021 pour le pic des contaminations et fin avril pour le pic des réanimations, selon Olivier Véran, ministre de la Santé sur FranceInter. 

Nombre de patients en réanimation pendant les trois vagues
Nombre de patients en réanimation pendant les trois vagues © Gouvernement.fr

Courbes de l'évolution de l'épidémie de la Covid-19

• Par rapport au nombre d'hospitalisations :

Nombre de personnes hospitalisées pendant les trois vagues de Covid-19
Nombre de personnes hospitalisées pendant les trois vagues de Covid-19 © Géodès - Santé publique France

• Par rapport au nombre de réanimations :

Nombre de personnes actuellement en soins critiques (sr/si/sc) avec diagnostic covid-19 - hommes et femmes
Nombre de personnes actuellement en soins critiques (sr/si/sc) avec diagnostic covid-19 - hommes et femmes © Santé publique France - Géodès

• Par rapport au taux d'occupation des lits en réanimation :

Nombre de patients Covid en réanimation, soins intensifs ou unité de surveillance continue rapportée au total des lits de réanimation en capacité initiale (avant la crise)
Nombre de patients Covid en réanimation, soins intensifs ou unité de surveillance continue rapportée au total des lits de réanimation en capacité initiale (avant la crise) © Gouvernement.fr

L'épidémie Covid-19 suit-elle une courbe en cloche, caractéristique des maladies virales ?

La forme en cloche (aussi appelée courbe de Gauss en mathématiques) est typique des courbes d'évolution d'une épidémie dite "par propagation", comme c'est le cas de la plupart des maladies à transmission interhumaine (maladies virales). Si on analyse la courbe épidémique d'une maladie virale (voir la courbe ci-dessous de l'épidémie de Chikungunya en 2005), on remarque toujours une phase ascendante au début de l'épidémie, puis une forme de cloche qui correspond au pic épidémique, une stagnation du nombre de nouveaux cas et enfin, une phase descendante, où le nombre de cas diminue progressivement. Pour certains scientifiques, cette forme typique "en cloche" représente un indicateur qui annoncerait que le pic de l'épidémie a été atteint et que la maladie est dans une phase très décroissante. Pour chacune des vagues, la courbe épidémique semble suivre la courbe en cloche (voir les courbes ci-dessus). Pour le moment, seul le fait de développer une immunité collective, par la vaccination ou les anticorps naturels, permettrait de faire complètement disparaître l'épidémie. 

courbe épidémique maladie virale
Courbe "en cloche" typique d'une épidémie de maladie virale. © Rapport "MODÉLISATION DES ÉPIDÉMIES DE MALADIES ÉMERGENTES", Pierre-Yves Boelle, Ingénieur civil des Mines de Paris, INSERM

Sources : Point épidémiologique Covid-19, Santé publique France // Courbes Géodès - Santé publique France (données hospitalières) // Note du Conseil Scientifique Covid-19 : une deuxième vague entraînant une situation sanitaire critique - 26 octobre 2020

Indicateurs et données-clés