Légionellose : comment l'attrape-t-on, dans l'eau, la clim ?

La légionellose est provoquée par la Legionella, une bactérie présente dans les milieux aqueux (eau chaude, climatisation, lac, boue, piscine). Quels symptômes ? Où peut-on l'attraper ? Comment se protéger ? Quel traitement ?

Légionellose : comment l'attrape-t-on, dans l'eau, la clim ?
© milanmarkovic - 123RF

La légionellose est une maladie bactérienne qui entraîne une infection aiguë des poumons, grave et potentiellement mortelle. Les adultes, présentant des facteurs de risque (âge avancé, tabagisme, maladies respiratoires chroniques, diabète, maladies immunitaires, traitements immunosuppresseurs) sont davantage touchés. Environ 1 500 cas de légionellose sont déclarés en France chaque année. Elle est provoquée par la bactérie Legionella pneumophila, présente dans les eaux douces (tièdes et chaudes, entre 25 et 45°C) ainsi que dans la climatisation quand les conditions sont favorables. Où attrape-t-on la légionellose ? A la piscine ? Comment s'en protéger ? La soigner ?

Définition : c'est quoi la légionellose ?

La légionellose est une pneumopathie (maladie pulmonaire) grave qui peut s'avérer mortelle. C'est une maladie infectieuse bactérienne connue depuis 1976 où elle a été découverte chez 182 participants du 58e congrès de la Légion Américaine à Philadelphie, dont 29 sont décédés. Voilà pourquoi la légionellose est aussi appelée "maladie du légionnaire". La bactérie s'était propagée par le système de climatisation de leur hôtel. C'est une maladie à déclaration obligatoire qui nécessite une prise en charge rapide et adaptée.

Quelle est la mortalité de la légionellose en France ?

Santé publique France rapporte 1 500 cas de légionellose chaque année en France, dont 10% de décès. Les 3/4 des patients présente un facteur de risque (tabagisme, obésité, maladies chroniques respiratoires...). L'Institut Pasteur indique que "la vraie incidence n'est pas connue car tous les cas ne sont pas diagnostiqués et/ou notifiés. En France, entre 1600 et 2000 cas sont déclarés chaque année".

Où attrape-t-on la légionellose ?

La légionellose est causée par une bactérie appelée Legionella pneumophila qui est présente dans le milieu naturel et peut proliférer dans les sites hydriques artificiels, lorsque les conditions de son développement sont réunies, particulièrement entre 25 et 45°C. Il existe plusieurs espèces de Legionella, mais la pneumophila est en cause dans 90% à 98% des cas. La bactérie en question est hydrophile, c'est-à-dire qu'elle vit dans des milieux aqueux. La Legionella se développe particulièrement :

  • dans l'eau de condensation des systèmes de climatisation,
  • dans les lacs, rivières, boues
  • dans les réseaux de distribution d'eau (les canalisations d'eau chaude...)
  • dans l'eau chaude, entre 25°C et 45°C, et dans les eaux stagnantes, notamment dans les piscines, les bains à remous, jacuzzi ou à l'occasion des douches
  • en présence de tartre, de corrosion des canalisations (fer et zinc) et de micro-organismes contenus dans le biofilm.

En revanche, cette maladie ne se contracte pas au contact d'une personne infectée, ni en buvant une eau contenant des légionnelles. 

Peut-on attraper la légionellose par la climatisation ?

S'ils sont mal ou insuffisamment entretenu, les systèmes de climatisation et de distribution d'eau constituent un risque de légionellose. En effet, l'eau stagnante et chaude (entre 25 et 45°C) favorise la prolifération de la bactérie Legionella. 

Quelle température pour tuer la Legionella ?

La Legionella est une bactérie qui cesse de se multiplier en dessous de 20°C et au dessus de 45°C environ. Elles peuvent être détruites en quelques heures à 55°C, en quelques minutes à 60°C et instantanément à 70°C.

La Legionella n'est pas transmissible d'homme à homme.

Quel est le mode de contamination de la Legionella ?

La Legionella n'est pas transmissible d'homme à homme. La contamination se fait principalement par voie respiratoire. "La contamination se fait par l'environnement, par de l'eau contaminée par ces bactéries, essentiellement par des microgouttelettes", explique le Dr Pierre Abgueguen, chef du service des maladies infectieuses et tropicales et médecine interne au CHU d'Angers. Un malade n'est donc pas contagieux et ne doit pas subir d'isolement particulier. La seule voie de contamination démontrée à ce jour reste l'inhalation, que ce soit l'air respiré dans une salle climatisée ou les gouttelettes de vapeur lors d'une douche chaude. La douche, les spas type bains à remous et les tours aéro-réfrigérantes sont les principales causes de contamination mais toute eau contaminée générant des aérosols doit être considéré comme une source potentielle de contamination. 

Quelle est la durée de l'incubation de la Legionella ?

La période d'incubation se situe en général entre 2 et 10 jours, phase plus ou moins asymptomatique.

Quels sont les symptômes de la légionellose ?

Les signes et symptômes qui accompagnent la maladie du légionnaire sont proches de ceux de la pneumonie à pneumocoque. Ils peuvent être plus ou moins graves selon le type de bactérie et l'âge du patient. "Cette pneumonie assez rare est considérée comme potentiellement grave et conduit souvent en réanimation", souligne le spécialiste. Ainsi, après la phase d'incubation, la maladie s'exprime par :

  • Des céphalées (maux de tête)
  • Des douleurs musculaires et abdominales
  • Une diarrhée,
  • Une toux sèche.
  • Une fatigue générale (état de malaise)
  • Une forte fièvre (jusque 41°C). 

En quelques jours, la fièvre s'intensifie, les douleurs musculaires s'exacerbent tandis qu'apparaissent les premiers symptômes respiratoires :

  • Une difficulté à respirer.
  • Une toux avec peu d'expectoration.

En l'absence de traitement, la maladie peut vite dégénérer, les symptômes s'aggravant très vite, jusqu'à causer la mort du malade, surtout chez les sujets à risque.

Quels sont les facteurs de risque de la légionellose ?

  • L'âge : les personnes soit très jeunes soit très âgées ont de plus de risques de développer une pneumonie que les personnes d'âge moyen. 
  • Le sexe : les hommes sont plus atteints de la maladie que les femmes. 
  • Le tabagisme.
  • L'alcoolisme. 
  • Le diabète. 
  • Les malades chroniques, essentiellement cardiaques ou respiratoires. 
  • Le VIH ou toute autre condition qui affaiblit le système immunitaire.
  • La grossesse.

Comment pose-t-on le diagnostic de la légionellose ?

Le médecin commence tout d'abord par un interrogatoire et une auscultation du malade qui vont lui suggérer une pneumopathie. Pour confirmer ce diagnostic, il pratique différents examens :

  • Une analyse d'expectoration ou du liquide recueilli par endoscopie bronchique. 
  • Une antigènurie : recherche de l'antigène spécifique de la Legionella dans les urines. "Attention, l'antigènurie ne marche que dans les infections à Legionella pneumophila du sérogroupe 1 (le plus fréquent)", nuance notre interlocuteur. 
  • Une radiographie pulmonaire (qui révèle un foyer infectieux qui apparaît sous forme de tache blanche).

Quel traitement en cas de légionellose ?

"Vu la gravité potentielle de l'infection, un traitement antibiotique est indispensable et le plus précocement possible, tout retard au traitement pouvant être préjudiciable au patient", remarque le Dr Abgueguen. Si ce délai diagnostique est court, un traitement par antibiotique ou antibiothérapie, est préconisé par voie intraveineuse, ce qui assure généralement une guérison assez rapide. Même si les symptômes ont disparu et que le malade assure aller mieux, il est primordial de mener le traitement à son terme. Si le délai est plus long, certaines fonctions vitales peuvent être en danger, nécessitant parfois une assistance respiratoire pour le malade.

Prévention : comment se protéger de la légionellose ?

  • Faire couler l'eau froide et l'eau chaude au moins 1 fois par semaine au niveau des points d'eau qui sont peu utilisés (évier, lavabos, douche, etc.) ;
  • Faire couler l'eau froide et l'eau chaude après chaque période d'absence prolongée, pour tous les points d'eau avant de les réutiliser (notamment la douche) ;
  • Surveiller la température de l'eau chaude au domicile : elle doit être très chaude mais pas "bouillante" (au moins 50°C et au plus 60°C au niveau de l'évier de la cuisine) ;
  • Procéder régulièrement au détartrage et à la désinfection des embouts de robinetterie (brise-jets, pommeaux de douches, etc.) ;
  • Utiliser de l'eau stérile pour les appareils biomédicaux (nettoyage et remplissage des appareils d'oxygénothérapie ou de lutte contre l'apnée du sommeil).
  • Entretenir régulièrement et/ou désinfecter les installations de climatisation, les installations de distribution d'eau potable, les tours aéroréfrigérantes

Merci au Dr Pierre Abgueguen, chef du service des maladies infectieuses et tropicales et médecine interne au CHU d'Angers.

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