Infarctus chez la femme : symptômes silencieux, comment l'éviter ?

"Infarctus chez la femme : symptômes silencieux, comment l'éviter ?"

De plus en plus de femmes, même jeunes, font des infarctus. Les symptômes sont atypiques dans près d'un cas sur deux et évoluent généralement de façon silencieuse. Les symptômes ne sont pas toujours les mêmes que chez les hommes. Comment les identifier et les prévenir ? Réponses du Pr Claire Mounier-Vehier, cardiologue.

Non, les infarctus et les AVC, ça n'arrive pas qu'aux hommes. Les femmes, quel que soit leur âge en sont aussi victimes. 

La première cause de décès chez les femmes

Les chiffres portant sur la mortalité cardiovasculaire féminine sont alarmants :

  • 400 personnes par jour en France décèdent d'une maladie cardio-vasculaire, plus de la moitié sont des femmes
  • Les maladies cardio-vasculaires sont la première cause de mortalité chez elles, près d'une femme sur trois en décède chaque année.
  • Les maladies cardiovasculaires représentent la première cause de décès chez les femmes en France.

Quels sont les symptômes de l'infarctus chez une femme ?

Il s'agit de symptômes atypiques dans près d'un cas sur deux, et différents de ceux observés chez les hommes et évoluent généralement insidieusement en amont de l'infarctus. Ce qui retarderait d'une heure supplémentaire en comparaison aux hommes, l'appel à un service d'urgence par les proches d'une femme qui fait un infarctus. "Chez les femmes, il peut s'agir de douleurs gastriques, comparables à celles d'un ulcère, décrit le Pr Claire Mounier-Vehier, cardiologue et ex-Présidente de la Fédération française de cardiologie. Les symptômes digestifs associent une difficulté à digérer, des brulures au niveau de l'estomac, des nausées ou encore des vomissements. "Tous ces symptômes surviennent parfois aussi au repos, peuvent s'arrêter spontanément et revenir.
Ne mettez pas ces signes de côté et pensez à l'infarctus du myocarde, surtout si vous avez des facteurs de risque : tabac, stress psycho-social, dépression, excès de cholestérol, hypertension, diabète, obésité"
détaille l'association Agir pour le Coeur des Femmes créée par le Pr Mounier. "Souvent aussi, les femmes évoquent une fatigabilité à l'effort, même lorsqu'elles sont sportives ! Certaines de mes patientes me disent par exemple qu'elles n'arrivent plus à faire leur footing ou qu'elles ressentent une oppression dans la poitrine. Pour résumer, tout symptôme anormal, dans un contexte de facteurs de risque (hypertension, terrain familial, tabac) doit alerter les femmes et déboucher sur un bilan cardiovasculaire, voire appeler le 15." Notez que la douleur thoracique, symptôme caractéristique de l'infarctus chez l'homme, ne concerne qu'une femme sur deux.

Quels sont les facteurs de risque de crise cardiaque chez la femme ?

Si les femmes font davantage d'infarctus, c'est parce que "leur mode de vie a évolué depuis près de 30 ans", explique la cardiologue. Elles ont adopté les mêmes comportements à risque que les hommes : elles fument, elles boivent de l'alcool, elles s'alimentent moins bien, elles sont plus stressées... Plusieurs facteurs augmentent leur risque d'avoir une crise cardiaque :

  • Le tabac est "l'ennemi public numéro 1". Il est la cause de plus d'un infarctus sur deux avant 50 ans. Et d'autant plus lorsqu'il est associé à la pilule. Il faut arrêter de fumer ou limiter le tabac pour éviter l'infarctus.
  • Le stress, n'est pas en reste : c'est le 3e facteur de risque après le tabac et le cholestérol et il est plus toxique pour les femmes que pour les hommes, précise le Pr Mounier-Vehier. Aujourd'hui, les femmes accumulent énormément de tension de par un rythme de vie qui s'accélère toujours plus. Et à force, c'est leur cœur qui trinque. "Le stress chronique agit directement sur le métabolisme [favorise le cholestérol et le diabète, NDLR] et favorise la rigidité des artères sur le long terme, donc augmente la rupture des plaques de cholestérol, ce qui favorise les infarctus. Et indirectement, le stress chronique conduit les femmes à grignoter, donc à prendre du poids, mais aussi à fumer... ce qui augmente encore les risques."
  • La sédentarité : moins d'un tiers des femmes exercent une activité physique au moins 3 fois par semaine. Elles sont aussi nombreuses à rester assises plus de 5h par jour. Il faut bouger au maximum pour éviter surpoids ou obésité, deux causes responsables d'infarctus. 
  • Une alimentation pauvre en fruits et légumes : seules 20% de femmes mangent au moins 5 fruits et légumes par jour. Or manger sainement contribue à une bonne santé cardiaque.
  • Le diabète et l'hypercholestérolémie.
  • L'hypertension artérielle.

Le problème, c'est que les femmes se sentent souvent protégées du risque cardiovasculaire par leurs hormones. Cela est vrai jusqu'à la ménopause : les œstrogènes rendent les artères des femmes plus souples et évitent ainsi la formation de caillots sanguins. "Mais ce qu'elles ignorent souvent, c'est que l'exposition aux facteurs de risque, comme le stress, diminue cet effet protecteur." Ainsi, il suffit qu'une femme soit hypertendue, qu'elle fume, qu'elle soit en surpoids ou même exposée au stress, pour que cette protection naturelle disparaisse. 

Au-delà du mode de vie, les femmes sont exposées à des facteurs de risque hormonaux, qui peuvent avoir un impact négatif sur leur cœur, tout au long de leur vie. Contraception, grossesse et ménopause sont donc des périodes à risque pour les femmes. 

Est-on plus à risque d'infarctus si on prend la pilule ?

Les contraceptifs à base d'oestrogènes de synthèse comme la majorité des pilules (mais aussi des patchs cutanés et anneaux vaginaux) favorisent la coagulation du sang, donc la formation de caillots responsables d'infarctus. Pire encore quand la femme fume, même quelques cigarettes par jour.

Avant la première prescription de pilule "Le médecin doit faire un point complet pour savoir s'il existe des antécédents de phlébite ou d'embolie pulmonaire dans la famille. C'est le B-A BA, indique le Pr Mounier. Depuis le scandale des pilules de 3e génération, aucune prescription de pilule, quelle que soit sa génération, ne peut être faite sans un interrogatoire poussé. 

A 35 ans : "Il faut ensuite faire le point à 35 ans. Une femme qui continue à fumer tout en prenant une contraception doit impérativement arrêter les œstrogènes de synthèse pour passer à une contraception exclusivement progestative (pilule progestative, Implanon®, Mirena®)."

Après 40 ans : "Je déconseille les contraceptifs oestro-progestatifs pour toutes les femmes car elles arrivent à un âge où physiologiquement elles font plus de caillots."

Ménopause : les THS sont-ils dangereux pour le coeur ?

La cardiologue conseille de prévoir un bilan avec le gynécologue et avec le cardiologue, afin de discuter de l'intérêt d'un traitement hormonal, au cas par cas. Et de les revoir chaque année. Chez certaines femmes, sans facteurs de risque, "qui dorment mal la nuit parce qu'elles ont des douleurs articulaires ou qui se sentent agressives, mal dans leur peau ou déprimées, un traitement peut être utile pour limiter le stress  qui en découle, lui même facteur de risque d'infarctus", précise-t-elle. Il sera en outre bénéfique sur le bilan lipidique. "Dans ces cas-là et en l'absence de contre-indication, je préconise un traitement par progestatifs naturels et par voie cutanée, assorti d'un check up et d'un suivi gynécologique régulier." 

La vigilance s'impose à la ménopause : Les femmes ménopausées doivent redoubler de vigilance quant à leur mode de vie. "A partir de la ménopause, les femmes ont tendance à prendre du poids. Elles accumulent plus de graisses et de sucres dans le sang, alors même que leurs artères deviennent plus épaisses et plus rigides", rappelle le Pr Mounier-Vehier.

Comment éviter l'infarctus quand on est une femme ?

Comment les femmes peuvent modifier leur mode de vie pour réduire leur risque d'infarctus ? "Elles doivent manger sainement, sans oublier les fruits et les légumes. Eviter de grignoter car cela favorise la prise de poids. Se bouger, ce qui ne signifie par forcément d'aller dans une salle de sport, mais avoir une activité physique régulière tous les jours. Il faut en outre accompagner les femmes qui souhaitent arrêter de fumer et leur dire que 3 cigarettes par jour multiplie par 2 le risque d'infarctus, mais que toute cigarette en moins diminue les risques ! Et enfin gérer leur stress. Il existe des applications mobiles intelligentes et pratiques pour aider à mieux respirer et à se détendre pendant la journée*. Encore une fois, l'hygiène de vie est le facteur protecteur numéro 1 !

Cardiologie-Circulation