Dry January : quels sont les bénéfices d'un mois sans alcool ?

Ne pas consommer une goutte d'alcool pendant tout le mois de janvier, voilà en quoi consiste le challenge britannique "Dry January". Mais ce mois d'abstinence a-t-il réellement des effets bénéfiques sur la santé et notamment sur le foie ? Précisions du Pr Marcellin, hépatologue.

Dry January : quels sont les bénéfices d'un mois sans alcool ?
© Belchonock - 123RF

Après les excès des fêtes de fin d'année, l'heure est aux bonnes résolutions ! Et outre-Manche, des millions de britanniques sont bien décidés à participer au "Dry January", un défi consistant à ne pas boire une goutte d'alcool durant tout le mois de janvier et ainsi, à mettre son corps au repos. Ce challenge, imaginé en 2013 par l'association britannique Alcohol Change UK, est vite devenu viral sur les réseaux sociaux et a fait l'objet de milliers de partages, y compris en France. Mais quels sont les impacts de ce mois sans alcool sur la santé ? Afin de répondre à cette question, une étude menée par des chercheurs de l'Université de Sussex et dirigée par le Dr Richard de Visser, psychologue, a suivi près de 800 personnes ayant participé au Dry January en 2018. Résultats : 71 % des participants avouent avoir mieux dormi pendant ce mois de janvier sans alcool et 67 % d'entre eux ont estimé avoir eu plus d'énergie. Un peu plus de la moitié (58 %) ont même perdu du poids et remarquent avoir gagné en concentration. Des effets bénéfiques sur la peau ont également été constatés pour la moitié des participants. L'étude montre également des effets sur le long terme. En effet, les participants au challenge "Dry January" ont remarqué avoir diminué leur consommation d'alcool, six mois après ce "janvier sec". Enfin, ce mois sans alcool a permis aux trois quarts d'entre eux - qu'ils aient réussi ou non à finir le mois - de prendre conscience qu'ils n'avaient pas forcément besoin d'alcool pour s'amuser en soirée. 

Que retenir du "Dry January" ?

Pendant les fêtes de fin d'année, on a tendance à manger plus gras que d'habitude, à consommer plus d'alcool et à être un peu plus inactif. Et ces trois facteurs augmentent les risques de surcharger son foie en graisses. C'est ce qu'on appelle la stéatose, une lésion du foie qui correspond à un dépôt de graisses à l'intérieur des cellules hépatiques. "Il est vrai que sous l'effet d'une alimentation trop riche, d'une consommation d'alcool excessive et d'une sédentarité, le foie peut souffrir et atteindre le stade de stéatose après quelques jours d'excès seulement. Mais rassurons-nous, cette stéatose est tout à fait réversible à condition de stopper sa consommation d'alcool (ou d'avoir une consommation d'alcool extrêmement faible) juste après une période d'excès", explique le Pr Marcellin, hépatologue à l'hôpital Beaujon et président de l'APHC (Association pour l'amélioration de la prise en charge des patients atteints de maladies chroniques du foie). Que l'on soit un consommateur occasionnel ou régulier, le "Dry January" est un excellent moyen de booster le processus d'élimination des toxines dans son organisme et particulièrement dans son foie, un organe qui assure de nombreuses fonctions essentielles de l'organisme. "En quelques jours, nous pouvons avoir un foie plus sain et retrouver une meilleure forme, un bon sommeil et une meilleure énergie. Par ailleurs, un foie sain et détoxifié permet de renforcer son système immunitaire juste avant le printemps et de lutter contre certains virus comme la grippe par exemple", précise l'hépatologue. Enfin, cela a également des effets psychologiques : en effet, cette période d'abstinence permet de prendre conscience de sa véritable consommation d'alcool (consommation souvent sous-estimée), et surtout, prouve que moins on boit d'alcool, moins on a envie de boire de l'alcool, car le cerveau se déshabitue relativement vite à l'alcool !"

Pour Jean-Michel Delile, président de la Fédération Addiction et médecin psychiatre, ce challenge constitue "une initiative très positive, fédératrice et pas moralisatrice [qui] ne diabolise pas le produit, mais qui permet de s'en distancer sous forme de jeu, avec l'appui des réseaux sociaux". Pour le reste de l'année, il conseille dans un article du Parisien du 2 janvier 2019 "d'inventer son propre défi" comme le fait de ne pas boire d'alcool deux ou trois jours par semaine, ou de planifier des semaines sans consommer un seul verre. En somme, "prendre soin de son foie en bannissant pendant un laps de temps toute consommation d'alcool est essentiel pour la préservation de sa santé et retrouver le bon équilibre de son organisme". conclut le Pr Marcellin.

Alcool : quels sont les repères de consommation ? S'il n'existe pas de seuil de consommation qui permettrait à coup sûr de limiter les risques pour la santé tout au long de la vie. un avis d'experts de Santé publique France et de l'Institut national du cancer a proposé en mai 2017 de définir une valeur-repère qui concerne aussi bien les hommes et les femmes. Cette valeur-repère est de 10 verres d'alcool standard par semaine maximum, sans dépasser 2 verres standard par jour, indique le site de l'Assurance maladie. Toutefois, "de récentes études ont montré qu'à partir de 20 à 30 g d'alcool par jour (20 g pour les femmes et 30 g pour les hommes), il y avait des risques pour la santé", précise le Pr Marcellin. On rappelle qu'un verre standard correspond à 10 g d'alcool pur (soit 10 cl de vin, 2.5 cl de pastis à 45°, 25 cl de bière à 5° ou 10 cl de champagne à 12° par exemple). Ces experts conseillent également d'avoir des jours dans la semaine sans consommer d'alcool. En cas de doute sur une potentielle consommation d'alcool excessive, n'hésitez pas à demander conseil à votre médecin afin qu'il vous prescrive un bilan hépatique (dosage des transaminases). 

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