Hantavirus en France : carte, 26 cas contact isolés, protocole et mesures
C'est un virus mortel dans 30 à 40% des cas. La ministre de la Santé a annoncé que les 26 Français cas contacts de l'hantavirus qui s'est diffusé sur un bateau de croisière sont toutes placées en isolement hospitalier. Une jeune femme positive est toujours dans un état grave à Paris.
[Mis à jour mardi 15 mai à 09h32] "La létalité (de ce virus) est évaluée entre 30 et 40% et à la durée d'incubation longue" a rappelé la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, le 14 mai. Ce virus c'est un type d'hantavirus contagieux appelé "virus des Andes". Il s'est diffusé sur un bateau de croisière parti d'Argentine début avril. Trois personnes sont décédées. Une Française est positive et toujours hospitalisée en soins intensifs à l'hôpital Bichat (Paris). 26 autres Français sont cas contacts : "Aujourd'hui, la totalité des cas contacts présents en France, ont tous été testés négatifs, sans exception" a rassuré la ministre. Mais "par mesure de précaution, ces 26 personnes sont toutes placées en isolement hospitalier". Le Président de la République, Emmanuel Macron, avait assuré mardi12 mai que la situation était "sous contrôle" en France. Un protocole sanitaire strict est mis en place pour les cas contacts similaire à celui de la méningite. Aucune mesure n'est demandé à la population générale. Le risque de transmission du virus est estimé comme "faible" par l'OMS.
Rappel des faits : la contamination sur le bateau de croisière MV Hondius
- Le 1er avril, le bateau néerlandais MV Hondius quitte Ushuaïa en Argentine pour une croisière. Cent quarante-neuf personnes de 23 nationalités différentes sont à bord, dont des ressortissants européens : Allemagne, Belgique, France, Grèce, Irlande, Pays-Bas, Pologne, Portugal et Espagne.
- Le 11 avril, un homme d'origine néerlandais de 70 ans décède à bord du navire. L'hantavirus n'a pas été identifié, la mort est qualifiée de "naturelle" au départ. Il est aujourd'hui comme le "patient zéro" de la diffusion du virus.
- Le 24 avril, 29 passagers quittent le navire lors d'une escale sur l'île britannique de Sainte-Hélène, sans lien avec le virus. Certains prennent des avions pour rentrer dans leurs pays.
- Le 25 avril, l'épouse du premier passager décédé doit embarquer sur un vol Johannesburg-Amsterdam (vol KL592), mais son état se dégrade avant le décollage. Elle est hospitalisée en Afrique du Sud et décède le même jour.
- Le 2 mai, le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) est informé d'un "foyer de maladie d'origine inconnue présentant de graves symptômes respiratoires" à bord du navire situé alors dans l'Atlantique Sud. Elle a connaissance de trois décès. Des tests PCR détectent un type d'hantavirus spécifique appelé "virus des Andes".
- Le 6 mai, l'ECDC confirme que sept personnes ont présenté des symptômes incluant fièvre, troubles respiratoires et gastro-intestinaux. Au moins quatre d'entre elles ont rapidement développé une pneumonie, une détresse respiratoire aiguë et un choc septique. Les trois décès sont survenus parmi ces sept personnes. Ce même jour, trois personnes malades sont évacuées médicalement depuis le navire alors immobilisé au large du Cap-Vert. Parmi elles figurent le médecin du bord et un membre d'équipage britannique. Elles sont transférées vers les Pays-Bas pour être prises en charge.
- Le 10 mai, le MV Hondius arrive au large de Tenerife, dans les Canaries pour évacuer les différents passagers vers leurs pays d'origine. L'OMS coordonne cette évacuation sanitaire sous haute protection. Au total, sept vols évacuent 94 passagers dans la soirée du 10 mai.
- Les dernières opérations de rapatriement sont prévues le 11 mai, avec un avion néerlandais et un appareil australien.
8 cas confirmés dans le monde, 1 en France
Selon l'OMS, "huit cas ont été signalés à ce jour, dont trois décès. Cinq de ces huit cas ont été confirmés comme étant des infections à hantavirus". "Tous les cas concernent des passagers ou des membres d'équipage du navire", a indiqué le patron de l'OMS Tedros Adhanom Ghebreyesus dans un point presse. 27 Français sont cas contacts : 5 étaient passagers du bateau dont 1 Française positive et hospitalisée dans un état grave ; 22 se trouvaient dans des avions ayant servi de rapatriement. Parmi eux, quatre enfants ont été testés négatifs. Ces cas contacts sont tous isolés à l'hôpital. L'ECDC se veut rassurant : "Même si la transmission du virus devait se produire à partir des passagers évacués du navire, ce virus ne se transmet pas facilement. Il est peu probable qu'il provoque de nombreux cas ou une épidémie généralisée, si des mesures de prévention et de contrôle des infections sont appliquées. Le risque pour la population générale de l'Union européenne lié à la propagation du virus à partir de cette épidémie sur un navire de croisière est très faible." Le 9 mai, le directeur général de l'OMS a estimé : "Il ne s'agit pas d'une autre épidémie de COVID. Le risque actuel pour la santé publique lié au hantavirus demeure faible. Mes collègues et moi l'avons affirmé sans équivoque, et je le répète aujourd'hui."
Protocole d'isolement et définition d'un cas contact
Le protocole méningite a été retenu pour la définition d'un cas contact en France. "La communauté scientifique a identifié les modalités de contagiosité de l'Hantavirus comme étant proche de la méningite, maladie largement connue en France et qui fait l'objet d'un protocole de prise en charge sanitaire validé scientifiquement, connu et éprouvé par les ARS et les établissements recevant du public. En conséquence, les autorités sanitaires ont décidé de se baser sur le protocole de la méningite afin de définir la doctrine de prise en charge des cas contacts d'une personne reconnue comme positive à l'hantavirus" a partagé le ministère de la Santé dans un communiqué de presse publié le 13 mai. Ainsi, en cas de positivité à l'Hantavirus, une personne est identifiée comme cas contact en cas de contact rapproché dans les 10 jours précédant le test ET de moins de 2 mètres pendant plus de 15 minutes. Il s'en suit alors le lancement d'une procédure de contact tracing conduite par les ARS et l'isolement du cas contact en milieu hospitalier pour une prise en charge et un suivi sanitaire.
En cause : un virus des Andes, un hantavirus très contagieux, contracté dans une déchetterie
Les hantavirus sont des virus qui infectent naturellement les rongeurs et sont parfois transmis à l'homme. "Chez l'homme, l'infection peut entraîner une maladie grave, souvent mortelle" précise l'OMS. La ministre de la Santé française a rappelé que la létalité de ce virus c'est-à-dire le risque d'en mourir si on le contracte est compris entre 30 et 40%. L'hypothèse actuelle des autorités sanitaires sur l'origine de la contamination est que le patient 0 a été exposé avec sa femme au virus lors d'un séjour en Argentine avant l'embarquement, où il est endémique, et qu'ils l'ont ensuite transmis à d'autres passagers à bord du navire de croisière. Le couple se serait rendu dans une déchetterie près de la ville d'Ushuaia pour observer le Caracara à gorge blanche, un oiseau qui se trouve dans la région. Le site est connu par les passionnés d'ornithologie puisque les oiseaux viennent s'y nourrir mais les locaux l'évitent à cause des nombreux rongeurs présents et porteurs de l'hantavirus. En Argentine, c'est le type d'hantavirus appelé "virus des Andes" ou ANDV qui circule surtout. Sa grande particularité, très rare chez les hantavirus, est qu'il peut se transmettre d'une personne à une autre.
"L'incubation du virus peut durer 6 semaines"
"Compte tenu de la période d'incubation du virus Andes ANDV (type d'hantavirus), qui peut atteindre six semaines, il est possible que davantage de cas soient signalés", a déclaré Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l'OMS, le 7 mai. Selon le Pr Bruno Mégarbane, invité sur France 2 le 12 mai, l'incubation moyenne du virus est de 10 à 15 jours.
Carte de France des cas d'hantavirus
Les hantavirus sont essentiellement présents dans le quart nord-est de la France métropolitaine. De petites épidémies peuvent survenir surtout au printemps et en été.
En France, le virus est surtout présent chez les campagnols qui vivent dans les forêts et les habitations (granges, greniers, remises, cabanes abandonnées, etc.).
Selon l'ANRS, entre janvier et mars 2026, le Centre national de référence des Hantavirus, intégré à l'Institut Pasteur de Paris, a recensé 19 cas confirmés d'infection récente par un hantavirus. Le nombre de cas détectés se trouve dans la moyenne mensuelle française.