Symptômes Hantavirus : comment ça commence au début ? Et après ?
Depuis le premier cas confirmé en France, le mot "hantavirus" inquiète. Mais de quoi parle-t-on exactement ? Quels sont les premiers signes à surveiller et le risque réel pour les Français ? Le Pr Emmanuel Piednoir, infectiologue à l'université de Caen Normandie, a répondu à nos questions.
Fièvre, maux de tête, courbatures... Au premier regard, les symptômes de l'hantavirus ressemblent à ceux d'une grippe banale. C'est précisément ce qui le rend traître et ce qui rend la connaissance de ses signes d'alerte si importante.
Deux familles de virus, deux réalités très différentes
Tout part d'une distinction fondamentale que le Pr Emmanuel Piednoir, infectiologue à l'université de Caen Normandie, nous rappelle. "Il y a les hantavirus de l'Ancien Monde, présents en Europe, et ceux du Nouveau Monde, en Amérique. Ce ne sont pas les mêmes maladies." Les premiers provoquent une atteinte rénale, avec une mortalité inférieure à 1 %. Les seconds - dont l'hantavirus des Andes, impliqué dans le foyer du navire de croisière MV Hondius - peuvent provoquer une défaillance cardio-respiratoire sévère, avec un taux de létalité pouvant atteindre 30 à 60 %.
Comment ça commence ?
Les symptômes apparaissent généralement entre une et six semaines après l'exposition. "C'est une maladie virale, ça commence par de la fièvre, des courbatures", explique le Pr Piednoir. À ces premiers signes peuvent s'ajouter des maux de tête, une toux légère et des troubles gastro-intestinaux. Pour les virus américains, la maladie peut ensuite évoluer rapidement vers des manifestations respiratoires et cardiaques graves. Le premier patient décédé à bord du MV Hondius avait d'abord présenté de la fièvre et des maux de tête - avant que son état ne se dégrade brutalement en quelques jours seulement.
"Plus la prise en charge est rapide, meilleur sera le pronostic"
Consulter tôt fait la différence. "Plus la prise en charge est rapide, meilleur sera le pronostic", nous indique Virginie Sauvage, spécialiste à l'Institut Pasteur. En cas de forme pulmonaire sévère, la prise en charge repose sur l'oxygénothérapie en réanimation. Il n'existe à ce jour ni vaccin ni traitement spécifique contre le virus.
Faut-il s'inquiéter en France ?
Non, tranche le Pr Piednoir. "En France, il n'y a pas de foyer d'hantavirus des Amériques. Ce ne sont pas des virus qu'on trouve sur le sol français." Les quelques cas recensés chaque année sur le territoire concernent une forme bien moins grave, à atteinte rénale, avec une mortalité quasi nulle. Une vigilance s'impose néanmoins pour les cas contacts, afin de s'assurer que l'hantavirus des Andes ne s'implante pas sur notre territoire. Une femme française a été testée positive et est hospitalisée à Paris.
Quant à la quarantaine de 42 jours imposée aux 22 cas contacts ? Elle correspond à la durée maximale d'incubation connue du virus. "Il est raisonnable de penser qu'ils ne seront pas contaminés, mais on ne peut pas en être certain - c'est donc une précaution pleinement justifiée", nous explique l'infectiologue. Le pouvoir de transmission interhumaine de l'hantavirus reste sans commune mesure avec celui de la grippe ou du Covid : la transmission entre humains existe, mais uniquement en cas de contact rapproché et prolongé, et le réservoir principal du virus demeure les rongeurs. "Je ne suis pas inquiet mais je reste extrêmement vigilant", conclut le Pr Piednoir.
Merci au Pr Emmanuel Piednoir, infectiologue à l'université de Caen Normandie. Propos exclusifs pour Le Journal des Femmes.
