Des médicaments de la ménopause liés à des tumeurs au cerveau

L'Agence du médicament alerte à nouveau sur le risque de méningiome, une tumeur au cerveau, chez les femmes prenant du Luteran ou du Lutényl. Ces médicaments sont notamment administrés lors de la ménopause ou en cas d'endométriose.

Des médicaments de la ménopause liés à des tumeurs au cerveau
© marctran -123RF

Après une première mise en garde en février 2019, l'Agence du médicament alerte à nouveau sur le risque de méningiome associé à l'utilisation d'acétate de nomégestrol (Lutényl® et génériques) et d'acétate de chlormadinone (Lutéran® et génériques), dans un communiqué du 17 juin 2020. Le méningiome est une tumeur, le plus souvent bénigne, qui se développe à partir des membranes qui enveloppent le cerveau et la moelle épinière (les méninges). L'étude EPI-PHARE, constituée par l'ANSM et la Cnam, confirme le sur-risque de méningiome chez les femmes exposées à ces médicaments macroprogestatifs, et met en évidence une augmentation importante du risque avec la dose utilisée, la durée du traitement et l'âge de la patiente.

→ Les femmes traitées plus de 6 mois par acétate de nomégestrol ou de chlormadinone sont exposées à un risque multiplié respectivement par 3,3 et 3,4 par rapport au risque de base, puis par 12,5 à partir d'une dose cumulée correspondant à 5 ans de traitement pour l'acétate de nomégestrol et par 7 à partir d'une dose cumulée correspondant à 3,5 ans d'utilisation de l'acétate de chlormadinone.

→ Le risque de méningiome conduisant à une chirurgie intracrânienne augmente fortement avec l'âge : il est 3 fois plus élevé pour les femmes de 35 à 44 ans que pour celles de 25 à 34 ans.

Que faire si vous prenez ces médicaments ?

L'Agence du médicament recommande :

  • Si vous êtes actuellement traitée par acétate de nomégestrol (Lutényl et génériques) ou acétate de chlormadinone (Lutéran et génériques), consultez votre médecin pour discuter de votre prise en charge ;
  • Si vous avez plus de 35 ans et que vous êtes traitée par acétate de nomégestrol (Lutényl et génériques) ou acétate de chlormadinone (Lutéran et génériques) depuis plus de 5 ans, votre médecin pourra vous proposer de réaliser une imagerie cérébrale (IRM) ;
  •  Si vous êtes, ou avez été, traitée par acétate de nomégestrol (Lutényl et génériques) ou acétate de chlormadinone (Lutéran et génériques) et que vous avez des symptômes évocateurs d'un méningiome (maux de tête fréquents, troubles de vision, du langage ou de l'audition, vertiges, troubles de la mémoire…), consultez votre médecin qui vous prescrira une imagerie cérébrale (IRM) ;
  • Si vous avez des interrogations, parlez-en avec votre médecin.

L'Agence du médicament recommande aux professionnels :

  • Informer leurs patientes du risque de méningiome ;
  • Réévaluer la pertinence d'un traitement par acétate de nomégestrol ou acétate de chlormadinone en tenant compte du bénéfice-risque individuel ;
  • Limiter la durée d'utilisation de ces médicaments ainsi que leurs posologies aux doses minimales efficaces (effet dose cumulée) ;
  • Ne pas substituer les macroprogestatifs entre eux (acétate de nomégestrol, acétate de chlormadinone et acétate de cyprotérone) en cas de méningiome ou d'antécédent de méningiome ;
  • Faire réaliser une IRM cérébrale en cas de symptômes évocateurs d'un méningiome ;
  • Proposer aux femmes de plus de 35 ans en cas de traitement prolongé (à partir de 5 ans), une imagerie cérébrale par IRM.

Des médicaments bientôt retirés de la vente en France ?

Dans son communiqué, l'Agence du médicament indique que plusieurs traitements progestatifs sont en tension d'approvisionnement, voire en rupture de stock. D'autre part, certains médicaments ne seront prochainement et définitivement plus commercialisés en France à la suite de décisions prises par les laboratoires qui les fabriquent (Surgestone, commercialisé par le laboratoire Serb, et Lutéran, commercialisé par le laboratoire Sanofi).

A quoi sert un médicament progestatif ?

Un progestatif est une hormone sécrétée naturellement en milieu du cycle menstruel de la femme. Il favorise la nidation de l'œuf dans l'utérus donc la grossesse. Mais prise en cours de cycle, elle a l'effet inverse. Elle épaissit les parois utérines, qui ne peuvent plus recevoir l'œuf. C'est pour cela que cette substance est utilisée dans la fabrication des pilules progestatives ou des stérilets hormonaux. Utilisée seule ou couplée avec l'œstrogène, elle se comporte comme un contraceptif.