Une invasion de moustiques tigres est-elle à redouter avec la chaleur ?
Le moustique tigre sévit surtout en été un peu partout en France. L'entomologiste Yseult de Dreuille nous aide à décrypter le vrai impact des vagues de chaleur et des orages sur ce nuisible.
L'été s'installe et, avec lui, le retour des vagues de chaleur et des épisodes orageux. Pour beaucoup, l'équation semble évidente : un gros coup de chaud suivi d'une bonne pluie = une explosion de moustiques tigres dans nos jardins. Face à cette inquiétude grandissante, nous avons interrogé Yseult de Dreuille, entomologiste à The Invascience Company, pour démêler le vrai du faux et comprendre comment ce nuisible réagit réellement à la météo.
Contrairement aux idées reçues, la canicule n'est pas le paradis des insectes. Au-delà de 32°C, le moustique souffre autant que nous. "L'air trop sec et trop chaud diminue sa survie. En plein soleil, on ne le voit pas, il cherche l'ombre et l'humidité", explique l'experte. De plus, une chaleur extrême sans pluie limite le développement des populations en asséchant une partie des gîtes larvaires, autrement dit des endroits où il y a de l'eau stagnante et dans lesquels les moustiques femelles viennent pondre leurs œufs.
Mais alors, que se passe-t-il lorsque l'orage éclate et que le thermomètre baisse enfin ? C'est là que la réponse devient subtile. En réalité, si la fourchette entre 18 et 32 °C est globalement favorable au développement des moustiques tigres, le véritable "boost" survient lors de l'après-canicule, quand le mercure redescend pour se stabiliser entre 25 et 28 °C. C'est ce thermomètre idéal, combiné à l'humidité, qui accélère le métabolisme du moustique : l'œuf peut alors devenir un adulte piquant en seulement 6 à 7 jours. Donc oui, une invasion de moustiques tigres est à redouter, mais pas pendant les fortes chaleurs : le vrai pic de vigilance se situe précisément une semaine après, dès que le climat devient à la fois chaud (mais pas caniculaire) et humide. Sans surprise, le risque concerne avant tout les départements déjà fortement colonisés : le Sud-Est, le pourtour méditerranéen, la vallée du Rhône, l'Ouest et le Centre.
Les violents orages peuvent paradoxalement "nettoyer" les sols par lessivage. Ce que le moustique tigre préfère, ce sont les pluies régulières et nos propres négligences. "L'association chaleur et eau fait exploser les populations, mais seulement s'il y a des gîtes larvaires disponibles", souligne l'entomologiste. Ce nuisible a une nette préférence pour les récipients artificiels créés par l'homme : coupelles, seaux ou bâches de piscine. Si le quartier en est densément peuplé, il y trouve "le gîte et le couvert".
La bonne nouvelle, c'est que le meilleur moyen de protection reste entre nos mains. Le message clé de santé publique est simple : il faut systématiquement supprimer, retourner ou vider régulièrement tous les récipients qui accumulent l'eau. Plutôt que de subir cette corvée, l'experte conseille de "supprimer le gîte de manière pérenne" dès que possible, par exemple en retournant définitivement les objets inutilisés ou en couvrant hermétiquement les récupérateurs d'eau de pluie. Pour retrouver le plaisir de passer du temps sur nos terrasses, la combinaison est à la portée de tous : adopter ces bons gestes collectifs, installer des moustiquaires, utiliser des antimoustiques efficaces et, si besoin, miser sur des pièges extérieurs qui imitent la respiration et l'odeur humaine pour capturer l'insecte avant qu'il ne vous pique.
Merci à Yseult de Dreuille, entomologiste à The Invascience Company.
