Les personnes qui colportent des ragots ne sont pas mauvaises : elles ont cette qualité sociale positive
Et si parler sur le dos des autres était utile ?
Ce voisin qui passe son temps à observer la rue derrière ses rideaux, la collègue qui murmure près de la machine à café... Nous avons tous déjà assisté ou participé à des commérages. Si cette habitude est jugée mesquine, la psychologie sociale vient pourtant bousculer ce stéréotype. Plusieurs études expliquent qu'il s'agit en réalité d'une compétence sociale positive.
Pour comprendre ce comportement, des chercheurs ont équipé 467 volontaires de petits enregistreurs portatifs captant automatiquement des extraits de leurs conversations quotidiennes. Après avoir analysé ces échanges réels, les auteurs ont constaté dans leur étude que "le ragot est omniprésent" mais qu'il "avait tendance à être neutre, plutôt que positif ou négatif". Environ 85 % de ces discussions consistent simplement à partager des nouvelles factuelles et sociales, sans aucun jugement, comme le déménagement d'un voisin par exemple. C'est une habitude essentielle pour maintenir le contact et savoir ce qu'il se passe autour de nous, dans notre cercle de proches.
Qu'en est-il alors des 15 % de commérages restants, ceux qui contiennent une critique ? C'est ici que les ragots cachent un autre rôle très utile. Une autre étude met en lumière le concept de "ragots prosociaux", c'est-à-dire des commérages altruistes qui servent à s'entraider. Pour observer cette réaction, l'équipe de scientifiques a mesuré le rythme cardiaque de participants témoins d'une tricherie lors d'un jeu. Les chercheurs ont constaté que voir une mauvaise action provoque un pic de stress (un inconfort physique et émotionnel). En revanche, "partager de telles informations réduit l'affect négatif créé par l'observation du comportement antisocial". En clair, prévenir un proche qu'une personne se montre profiteuse ou se comporte mal fait baisser ce stress. Nous partageons cette info pour protéger les autres des comportements abusifs et nous entraider, sans entrer en conflit ouvert.
De plus, ces discussions quotidiennes créent des liens solides et rassemblent les gens. Se raconter un petit secret ou une information un peu exclusive permet de se faire confiance et de se rapprocher. Le ragot nous aide aussi à comprendre comment vivre en communauté. Ce phénomène permet de définir "ce qui est un comportement acceptable ou inacceptable dans le groupe social". Autrement dit, écouter une histoire sur quelqu'un qui s'est mal comporté permet d'apprendre les règles de notre entourage sans commettre la faute soi-même, ce qui nous évite d'être rejeté par nos amis ou nos collègues.
Mais attention, il est nécessaire de ne pas aller trop loin. Le ragot perd sa fonction positive lorsqu'il cesse d'être neutre ou protecteur. Les chercheurs soulignent que si ce comportement est si mal vu par le grand public, c'est parce qu'il existe une part de commérages motivés par l'égoïsme ou la malveillance. Critiquer une personne sur un point précis est d'ailleurs une preuve de jalousie. Quand l'intention n'est plus de s'entraider, mais de propager des histoires pour nuire ou exclure délibérément une personne, le mécanisme altruiste s'effondre.
