CARTE. 42 jours pour un cardiologue, 32 jours pour un dermatologue, 15 jours pour un psychiatre : les inégalités d'accès aux soins se creusent en France

Si de manière générale, il est de plus en plus difficile d'obtenir des rendez-vous médicaux, c'est encore pire dans certains territoires français. Voici en chiffres l'étendue des dégâts selon la carte réalisée par la Fondation Jean-Jaurès et Doctolib.

CARTE. 42 jours pour un cardiologue, 32 jours pour un dermatologue, 15 jours pour un psychiatre : les inégalités d'accès aux soins se creusent en France
© Doctolib2025

Ils ont passé en revue 234 millions de rendez-vous médicaux pris en 2025 auprès de plus de 80 000 professionnels de santé et les résultats sont clairs : l'accès aux soins reste très inégal en France selon les territoires et les spécialités. Réalisée par la Fondation Jean-Jaurès et Doctolib, l'étude "Cartes de France 2026 de l'accès aux soins" montre qu'il n'existe pas un seul désert médical mais une multitude de situations différentes selon les médecins recherchés. Si certains patients obtiennent rapidement un rendez-vous, d'autres doivent attendre plusieurs semaines, voire plusieurs mois, pour consulter.

Au niveau national, les délais médians varient fortement d'une spécialité à l'autre. Il faut en moyenne 3 jours pour voir un médecin généraliste, 6 jours pour un kinésithérapeute, 8 jours pour un pédiatre et 10 jours pour un chirurgien-dentiste. Les délais grimpent ensuite à 15 jours pour un psychiatre, 21 jours pour un ophtalmologue, 32 jours pour un dermatologue et atteignent 42 jours pour un cardiologue. Derrière ces moyennes se cachent toutefois d'importantes disparités. L'exemple le plus frappant concerne la cardiologie : alors qu'un rendez-vous peut être obtenu en 16 jours à Paris, l'attente peut atteindre 164 jours dans le Gers.

Carte des délais médians pour obtenir un rendez-vous chez un médecin généraliste par département
Carte des délais médians pour obtenir un rendez-vous chez un médecin généraliste par département © Doctolib2025

L'étude montre également que la situation continue de se tendre dans plusieurs spécialités. Entre 2023 et 2025, les délais ont augmenté d'un jour chez les cardiologues, les psychiatres et les pédiatres. Pour les médecins généralistes, le délai médian reste stable à 3 jours, mais la part des rendez-vous obtenus après plus d'une semaine est passée de 32 % à 35 %, ce qui traduit une dégradation progressive de l'accès aux soins de premier recours. Près d'un département sur deux a vu les délais d'accès à un généraliste se dégrader, tandis que seuls 4 % des départements ont enregistré une amélioration.

Cliquez sur un département ou l'une des villes dans la carte des déserts médicaux ci-dessous pour afficher ses informations.

 
 

Les territoires les plus en difficulté diffèrent selon les spécialités : l'Occitanie et la vallée du Rhône concentrent les tensions en cardiologie, le Grand Ouest est particulièrement concerné en ophtalmologie et en pédiatrie, tandis que les délais sont souvent plus élevés dans le Nord et le Centre-Est pour la dermatologie. À l'inverse, certaines spécialités affichent des progrès. En ophtalmologie, le délai médian est passé de 25 à 21 jours en deux ans.

Selon les auteurs, ces écarts ne s'expliquent pas uniquement par le nombre de médecins disponibles. L'organisation des soins joue aussi un rôle majeur. L'ophtalmologie illustre cette évolution : le développement du travail en équipe avec les orthoptistes, les opticiens et les assistants médicaux a permis d'améliorer l'accès aux consultations malgré les tensions démographiques. Car la démographie médicale reste préoccupante. La France compte aujourd'hui environ 55 800 médecins généralistes libéraux, soit une baisse de près de 8 % en dix ans. Pour les patients, le lieu de résidence continue donc de peser lourd dans la rapidité d'accès aux soins.