L'étude qui inquiète : manger des fruits et des légumes pourrait en fait augmenter le risque de cancer

Une étude récente suggère un lien inattendu entre une alimentation très saine et certains cancers. Ces résultats surprenants posent question...

L'étude qui inquiète : manger des fruits et des légumes pourrait en fait augmenter le risque de cancer
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Adopter une alimentation riche en produits végétaux est aujourd’hui l’un des piliers des recommandations de santé publique. Elle est associée à une diminution du risque de nombreuses maladies chroniques, dont certains cancers. Pourtant, une étude présentée récemment lors du congrès de l’American Association for Cancer Research vient bousculer ces certitudes.

Les chercheurs se sont intéressés à un phénomène en hausse : l’augmentation des cancers du poumon chez des personnes jeunes et non-fumeuses, en particulier chez les femmes. En analysant les données de 187 patients de moins de 50 ans, ils ont observé un point commun inattendu : ces personnes avaient, en moyenne, une alimentation jugée plus saine que la population générale. Leur score nutritionnel, basé sur un indice de qualité alimentaire, était plus élevé, avec une consommation plus importante de fruits, de légumes et de céréales complètes. De quoi soulever une question : ces aliments pourraient-ils, dans certains cas, être associés à un risque accru ?

Dans leurs résultats publiés sur ScienceDaily, les chercheurs avancent une hypothèse : celle d’une exposition environnementale, notamment aux pesticides. Les fruits et légumes issus de l’agriculture conventionnelle peuvent contenir des résidus de ces substances, potentiellement inhalées ou ingérées. Or, certaines études ont déjà montré que les personnes exposées professionnellement aux pesticides présentent un risque plus élevé de cancer du poumon. Pour autant, ces résultats doivent être interprétés avec une grande prudence. D’abord parce qu’il s’agit d’une étude observationnelle : elle met en évidence une association, mais ne permet pas d’établir un lien de cause à effet. Ensuite, parce que les chercheurs n’ont pas mesuré directement l’exposition réelle aux pesticides chez les participants. Ils se sont appuyés sur des estimations globales, ce qui limite la portée des conclusions.

Une étude récente fait un lien entre consommation de fruits et de légumes et cancer du poumon. © New Africa - stock.adobe.com

Autre élément important : l’échantillon étudié reste restreint et très spécifique. Les formes de cancer du poumon observées chez ces patients jeunes sont d’ailleurs biologiquement différentes de celles liées au tabac. Il est donc difficile de généraliser ces résultats à l’ensemble de la population.

Enfin, ces données vont à l’encontre d’un consensus scientifique solide. De nombreuses études ont montré qu’une alimentation riche en fruits et légumes est associée à une diminution du risque de plusieurs cancers et à une meilleure santé globale. Ces travaux ouvrent néanmoins une piste intéressante : celle de l’impact des facteurs environnementaux, encore mal connus, sur la santé. Les chercheurs envisagent désormais de mesurer directement la présence de pesticides dans l’organisme des patients, afin de mieux comprendre leur rôle éventuel.

En attendant, les spécialistes sont unanimes : il n’y a aucune raison de réduire sa consommation de fruits et légumes. L’enjeu se situe plutôt du côté de la qualité des produits et de l’exposition globale aux substances chimiques. Autrement dit, ce ne sont pas les aliments en eux-mêmes qui poseraient problème, mais les conditions dans lesquelles ils sont produits. Un point qui mérite d’être exploré, sans remettre en cause les recommandations nutritionnelles actuelles.