Levothyrox : ce qu'il faut retenir de ce scandale sanitaire

Le Levothyrox est un médicament utilisé pour traiter les troubles de la thyroïde. Suite à un changement dans sa formule en mars 2017, plusieurs patients ont souffert d'effets secondaires et ont réclamé un retour à l'ancienne formule. Pétitions, nombre de plaintes, alternatives... Le point sur l'affaire.

Levothyrox : ce qu'il faut retenir de ce scandale sanitaire
©  Racorn - 123RF

[FLASH INFO] Nouveau rebondissement dans l'affaire. L'Agence nationale de sécurité et du médicament (ANSM) confirme dans un communiqué du 31 octobre 2018 avoir demandé au laboratoire Merck de "poursuivre la mise à disposition en France sur l'année 2019 de l'Euthyrox (médicament équivalent à l'ancienne formule de Levothyrox)". L'objectif ? Permettre aux patients encore traités par Euthyrox de s'adapter au nouveau traitement. Ces boîtes, importées par l'Allemagne, seront donc en priorité administrées aux patients n'ayant pas trouvé de solution pérenne et seront disponibles pour une durée et dans des quantités limitées (50 000 par mois), précise l'ANSM. Le laboratoire Merck France a ainsi bien insisté sur le caractère transitoire de cette ancienne formule. "Les médicaments à base de lévothyroxine disponibles de façon régulière et pérenne doivent être privilégiés", soutiennent l'Agence et le laboratoire pharmaceutique. Par ailleurs, le tribunal de Grande Instance de Toulouse a ordonné pour la première fois le lundi 5 novembre 2018, des expertises médicales concernant 22 patients victimes d'effets secondaires (fatigue, maux de tête, vertiges, chute de cheveux...) suite à la prise de la nouvelle formule du Levothyrox. Ces expertises devront permettre d'analyser les éventuels symptômes et séquelles. Ces 22 patients font partie des 42 réclamant des indemnités pour préjudice d'anxiété et préjudice moral. 

Point de départ de l'affaire : le changement de formule du Levothyrox

Tout commence en mars 2017. Le laboratoire Merck commercialise sa nouvelle formule du Levothyrox suite à la demande de l'Agence nationale de sécurité et du médicament. Administré aux personnes souffrant de troubles de la thyroïde, le Levothyrox permet de remplacer la thyroxine naturelle lorsque celle-ci n'est plus sécrétée en quantité suffisante par la thyroïde (en cas d'hypothyroïdie par exemple). Mais pourquoi avoir modifié la formule ? Le principe actif reste le même. Seul le lactose a été remplacé par du mannitol, un autre excipient, afin de "garantir une stabilité plus importante de la teneur en substance active (lévothyroxine) tout le long de la durée de conservation du médicament (car il pouvait y avoir des différences de teneur en lévothyroxine d'un lot à un autre ou au cours du temps pour un même lot)", atteste l'agence du médicament dans un communiqué. Et d'assurer que "ces modifications ne changent ni l'efficacité ni le profil de tolérance du médicament". Pourtant, par mesure de précaution, l'ANSM conseille à certains patients (ceux dont l'équilibre thérapeutique est particulière difficile à atteindre, ceux souffrant d'un cancer de la thyroïde ou d'une maladie cardiovasculaire, enfants et personnes âgées) de réaliser un dosage de TSH 6 à 8 semaines après le début de la prise de la nouvelle formule afin d'ajuster au besoin le dosage, et de signaler tout effet secondaire sur le site du Ministère de la Santé. Enfin, le format et les couleurs des boîtes du médicament ont été modifiés pour mieux informer les patients. 

Des patients se plaignent d'effets secondaires 

En avril-Mai-Juin 2017 : Alors qu'ils toléraient bien l'ancienne formule, des milliers de patients, sous Levothyrox nouvelle formule se plaignent d'effets indésirables. Parmi eux : fatigue, prise de poids, perte de cheveux, problèmes digestifs, douleurs dans les jambes, problèmes de vue, pertes de mémoire ou déprime... A travers une lettre ouverte à Agnès Buzyn, la ministre de la Santé, et une pétition en ligne lancée en juin regroupant plus de 40 000 signatures, les patients réclament un retour à l'ancienne formule du traitement. L'ANSM est claire : elle ne compte pas remodifier la formule et qualifie le changement de composition de "définitif". 

Août 2017, l'Agence du médicament est rassurante et publie sur son site une série de questions/réponses sur la nouvelle formule du Levothyrox à destination des patients et des professionnels de santé (Que faire en cas d'effets indésirables ? Que doit-on faire des anciennes boîtes ? Quels sont les risques liés au changement de formule ?...). Concernant les effets indésirables, l'ANSM se justifie : "un réajustement posologique est parfois nécessaire avec la nouvelle formule mais l'équilibre une fois atteint sera maintenu". L'Agence du médicament met à disposition un numéro vert et gratuit (0 800 97 16 53) accessible du lundi au vendredi, de 9h à 19h. 

En septembre 2017. la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, fait part de 9 000 plaintes de patients sous Levothyrox, déplorant différents effets secondaires (nausées, diarrhées, vertiges...). L'actrice Annie Duperey témoigne dans Le Parisien, pour déplorer l'apparition d'effets secondaires dont elle souffre depuis qu'elle prend la nouvelle formule du Levothyrox."Il n'y a pas de fraude, pas de complot, il n'y a pas d'erreur" rassure la ministre. "Il y a eu un problème d'information des malades. L'information n'est pas descendue et les patients se sont trouvés surpris d'une formulation qui avait changé. Beaucoup d'effets secondaires seraient liés au dosage du médicament", justifie-t-elle. Par ailleurs, la pétition réclamant le retour à l'ancienne formule compte désormais plus de 250 000 signatures. 

Une enquête préliminaire est en cours au pôle de santé publique du tribunal de grande instance de Marseille. Me David-Olivier Kaminski, qui a déjà déposé 12 plaintes au nom d'utilisatrices de Levothyrox, explique à l'AFP : "il faut que la vérité éclate, et que toutes les responsabilités pénales puissent être envisagées. Seule une enquête judiciaire le permettra." Me Marie-Odile Bertella-Geffroy, ex-juge du pôle santé publique de Paris et conseil de l'Association française des malades de la thyroïde, a déposé de son côté 51 plaintes. Ces plaintes contre X visent la "mise en danger de la vie d'autrui" et la "tromperie" ou encore la "non-assistance à personne en danger". 

De nouveaux médicaments, alternatives au Levothyrox

En octobre 2017, des stocks européens de l'ancienne formulation du Levothyrox sont mis à disposition sur prescription médicale pour les patients présentant des effets indésirables persistants. "Les approvisionnements sont en provenance d'Allemagne sous le nom d'Euthyrox (composition exactement identique à l'ancienne formule du Lévothyrox)", précise le laboratoire Merck dans un communiqué de presse du 27 septembre. Mais "à terme, cette formulation du Levothyrox ne sera plus disponible et cette solution est donc temporaire", soutient le ministère de la Santé. Toutefois, afin de répondre aux demandes des associations de patients que la ministre de la Santé a rencontrées début septembre, l'offre médicamenteuse est diversifiée à partir de la mi-octobre afin de permettre aux patients de choisir celui qui leur convient le mieux.

Enquêtes de pharmacovigilance : combien de signalement d'effets indésirables ?

En janvier 2018, plus de 17 000 signalements d'effets indésirables (de fin mars à fin novembre 2017) sont attribués à la nouvelle formule du Levothyrox, selon un nouveau rapport de pharmacovigilance dévoilé le mardi 30 janvier par l'Agence du médicament (ANSM), dont 19 cas de décès. Fait surprenant : deux tiers des patients déclarent des effets indésirables alors que leurs dosages de TSH sont dans les normes attendues (sans déséquilibres thyroïdiens). Si aucune explication n'est avancée à ce jour, les auteurs de l'étude préconisent la mise en place d'un groupe de travail pour analyser ces données.

Des traces de métaux lourds dans la nouvelle formule du Levothyrox

Le 6 mars 2018, une information judiciaire contre X a été ouverte pour "tromperie aggravée, blessure involontaire et mise en danger d'autrui" dans le cadre de l'affaire du Levothyrox. 7 000 plaintes de patients ont été déposées réclamant des expertises médicales et espérant "une formule qui convient à tout le monde". Le mystère des effets secondaires provoqués par la nouvelle formule du Levothyrox reste entier.

En avril 2018, nouveau rebondissement dans l'affaire. Le comité de suivi des médicaments à base de levothyroxine déclare avoir trouvé des traces de métaux lourds dans la nouvelle formule du Levothyrox et notamment la présence de "nanoparticules et des alliages fer-chrome, chrome-nickel, fer-chrome-silicium et ferrochrome-aluminium alors qu'on ne décèle que quelques débris d'acier dans l'ancienne formule", indique l'Association française des malades de la thyroïde (AFMT) lors d'une conférence de presse. Néanmoins, l'AFMT estime que les très faibles quantités de métaux lourds sont insuffisantes pour envisager le changement de traitement pour qui le médicament est bien toléré. 

Le 14 juin 2018, l'ANSM dévoile les résultats de l'analyse réalisée en février 2018 sur la composition du Levothyrox nouvelle formule et confirme la présence de métaux lourds à l'état de trace. Néanmoins, "ces traces métalliques dans des produits de santé ne représentent pas en soi un défaut qualité ni un risque pour la santé dans la mesure où les concentrations sont inférieures aux seuils de sécurité établis par la communauté scientifique au plan international pour les médicaments", rassure l'agence du médicament. 

Le 5 juillet 2018, les dernières analyses, comme celles réalisées précédemment dans les laboratoires de l'ANSM, confirment la bonne qualité de la nouvelle formule du Levothyrox. "Les informations répétées mettant en cause la qualité de la nouvelle formule du Levothyrox sont donc infondées", peut-on lire sur le communiqué de l'ANSM. Par ailleurs, l'Europe a rendu un avis favorable au lancement du Levothyrox nouvelle formule dans 21 pays sur 28 en 2019.

Vers plus de transparence ?

Septembre 2018, un rapport sur l'amélioration de l'information sur les médicaments est remis le lundi 4 septembre à la ministre de la Santé. Il pointe les failles en matières d'information et de communication, comme "l'absence d'anticipation et d'accompagnement", la communication de crise "artisanale" et "insuffisamment coordonnée" ou encore la "minimisation du ressenti des patients". Les auteurs du rapport réclament ainsi un "effort accru de transparence", ainsi que le lancement d'un site d'information "vulgarisé sur les médicaments" et une meilleure prise en compte des plaintes sur les réseaux sociaux. En réponse à ce rapport, la ministre de la Santé Agnès Buzyn promet une information "plus accessible, claire et réactive" sur les médicaments et compte mieux repérer les éventuels "signaux faibles d'alerte, souvent annonciateurs d'une crise" en dehors du système de pharmacovigilance". Elle promet également la mise en place d'une source unique et officielle d'informations publique sur le médicament et il s'agira de sante.fr.  

Le vendredi 28 septembre 2018, une pétition lancée par l'Association française des malades de la thyroïde (AFMT) a été remise à la ministre de la Santé. Problème : cette pétition de plus de 20 000 signataires accuse l'ANSM d'avoir dissimulé plusieurs informations - dont le nom de l'entreprise et le lieu de fabrication du principe actif du Levothyrox, nouvelle formule - à l'avocat de plusieurs plaignants. L'ANSM dément dans un communiqué (datant du même jour) publié sur son site internet. "Le nom du fabricant du principe actif est dans le dossier complet de l''autorisation de mise sur le marché, mais la loi sur le secret industriel et commercial interdisait depuis 1978 déjà à l'ANSM de révéler cette information "protégée"", soutient le Dr Dominique Martin, patron de l'ANSM à l'AFP. Par ailleurs, l'ANSM rappelle que la substance active et les excipients de Levothyrox sont d'origine chimiques. Ainsi, "la rubrique nom et adresse du (des) fabricant(s) de la (des) substance(s) active(s) d'origine biologique qui figure page 8 de cette décision est "sans objet" . Le contenu n'a donc pas été occulté puisque non applicable", se justifie l'agence du médicament. Une information qui figure dans les documents à destination des patients et des professionnels de santé depuis le 2 octobre 2018. A noter que les patients qui ont déclaré à l'ANSM des problèmes de santé à cause du Levothyrox nouvelle formule, via le formulaire de pharmacovigilance, sont aujourd'hui 30 000

© ANSM