Stérilité masculine : comment savoir ?

15% des couples ont des difficultés à procréer en France. Pour 20% d'entre eux, l'origine est masculine et pour 40%, elle est mixte. Quelles sont les causes de l'infertilité masculine ? Comment le savoir ? Quelles solutions existent ?

Stérilité masculine : comment savoir ?
© 123RF-Tommaso Altamura

Définition de la stérilité chez l'homme

Une stérilité masculine peut être provoquée par une production de spermatozoïdes de mauvaise qualité, une insuffisance de production de spermatozoïdes ou une anomalie du transport de ces spermatozoïdes. On distingue plusieurs situations :

  • L'Oligospermie : elle correspond à une quantité insuffisante de spermatozoïdes dans le sperme. Normalement il y a au moins 20 millions de spermatozoïdes par ml de sperme. Un nombre inférieur à 10 millions/ml peut être responsable d'une infertilité ;
  • L'Azoospermie : le liquide spermatique ne contient aucun spermatozoïde ;
  • L'Asthénospermie : elle correspond à un défaut de mobilité des spermatozoïdes qui éprouvent des difficultés à se déplacer. Il y a normalement au moins 40% de spermatozoïdes mobiles dans le sperme. En dessous de ce seuil, on parle d'asthénospermie ;
  • La Nécrospermie : elle est caractérisée par un pourcentage élevé de spermatozoïdes morts (> 50%). Elle est souvent due à des infections ;
  • La Tératospermie : elle correspond à une quantité trop importante de spermatozoïdes mal formés et témoigne de la présence d'un taux anormalement élevé de spermatozoïdes anormaux de l'ordre de mois de 50%.

Souvent les anomalies sont associées on peut alors parler d'oligoasthénospermie ou d'oligoasteno-tératospermie. L'infécondité peut être primaire (jamais de grossesse préalable) ou secondaire (déjà une ou plusieurs grossesses antérieures à la consultation) et orienter ainsi le spécialiste quant à la cause de la stérilité.

Statistiques

L'oligo-asthéno-tératospermies correspond à près de 90 % des cas de stérilité masculine. Dans 40% des cas, aucune cause n'est retrouvée. Les 10% restant sont principalement lies à des anomalies génétiques ou testiculaires.

Causes 

"Avant, en cas de difficultés on disait que le problème venait de la femme. On sait désormais que dans 30 % des cas, il y a une cause féminine (anomalies de l'ovulation, anomalies des trompes...), dans 30 % des cas une cause masculine et dans les 40% restant, il s'agit d'une infertilité mixte, due à plusieurs facteurs, masculin et féminin qui sont à l'origine de l'infertilité", explique le Pr Samir Hamamah, chef du département de Biologie de la Reproduction à l'Hôpital Arnaud de Villeneuve de Montpellier.

Les causes de stérilité masculine sont nombreuses. Elles peuvent être mécaniques, infectieuses, génétiques ou encore hormonale :

  • Les pathologies de l'enfance et l'histoire du développement (cryptorchidie, troubles de la différenciation sexuelle).
  • Les pathologies de système (notamment diabète et obésité), cancers, maladies génétiques (chromosomiques, mucoviscidose…) et affections respiratoires et ORL.
  • Les chirurgies antérieures, notamment chirurgies inguinoscrotales (cryptorchidie, hernie inguinale).
  • Les antécédents de torsion du cordon spermatique.
  • Les traumatismes du bassin, des organes génitaux externes, ou du périnée.
  • Les infections urogénitales (orchi-épididymites dans un contexte d'infection sexuellement transmissible, orchite ourlienne, urétrite, prostatite, infections urinaires, tuberculose génitale).
  • L'hygiène de vie : tabagisme actif, consommation de cannabis et d'autres stupéfiants (colles, crack, héroïne, cocaïne, drogues de synthèse), consommation d'alcool.
  • L'exposition à des facteurs délétères pour la spermatogenèse ou les spermatozoïdes, incluant la chaleur (bains chauds, sauna, hammam, sous-vêtements serrés, efforts physiques intenses et prolongés, activités sportives, ordinateurs portables), l'exposition aux perturbateurs endocriniens (exposition aux pesticides et aux solvants), aux radiations ionisantes et la consommation de stéroïdes anabolisants.
  • Le stress, le travail de nuit.
  • Les antécédents familiaux d'infertilité, de maladies génétiques familiales, de consanguinité ou de prise de médicaments par la mère pendant la grossesse.
  • Les traitements actuels et antérieurs : chimiothérapie, médicaments anti-infectieux, médicaments du système nerveux central (IMAO, imipraniques, ISRS, lithium, neuroleptiques et apparentés, les anticonvulsifs), stéroïdes, alpha-bloquants, inhibiteurs de la 5-alpha-réductase ou radiothérapie.

Il y a également une sorte d'infertilité dite inexpliquée : tout va bien chez les deux mais pas de grossesse en route. Dans 10 à 15% voire même 25% des situations, aucune cause n'est retrouvée ni chez l'homme ni chez la femme. Tout le travail des spécialistes de l'infertilité est donc de comprendre la cause et de tenter de trouver une solution pour que le couple infertile puisse avoir un enfant.

Comment savoir ?

La réalisation d'un examen clinique complet et d'un spermogramme sont systématiques chez tout homme ayant un questionnement vis-à-vis de sa fertilité. Le recueil des spermatozoïdes s'effectue dans un laboratoire spécialisé en effectuant une masturbation, en l'absence d'infection et après une abstinence sexuelle d'au moins trois jours. Il est recommandé de ne pas prendre de bain trop chaud durant les jours précédant le recueil. Le sperme doit être rapidement analysé après l'éjaculation. Il convient de consulter son médecin en cas d'incapacité du couple sexuellement actif sans contraception d'obtenir une grossesse en 1 an.

Signes et symptômes

Dans la plupart des cas aucun symptôme n'est présent. Cependant, le médecin recherche systématiquement des douleurs au niveau de l'appareil urogénital (orientant le plus souvent vers une origine infectieuse ou une varicocèle), des signes digestifs ou respiratoires (pouvant orienter vers une mucoviscidose) et des dysfonctions sexuelles (troubles du désir, de l'érection, de l'éjaculation…).

Quels tests passer ?

Sans grossesse après plus de 10-12 mois d'essais pour un couple de moins de 30 ans, il est utile de consulter un spécialiste. "C'est plus simple aujourd'hui parce que dorénavant, les hommes reconnaissent qu'ils peuvent aussi être responsables de l'infertilité du couple. Avant, ils ne souhaitaient pas consulter pour éviter d'apprendre qu'ils pouvaient être en cause", précise le Pr Hamamah. Le spermogramme reste l'examen de référence à proposer en première intention. Selon l'examen clinique et les premiers résultats, d'autres examens complémentaires sont possibles comme l'échographie scrotale et transrectale, la spermoculture, le test post-coïtal ou de migration survie (qui permettent d'évaluer la mobilité des spermatozoïdes) ou encore le bilan hormonal (les dosages hormonaux permettent de déterminer si les testicules produisent suffisamment de spermatozoïdes. Le dosage de la testostérone permet de vérifier que les quantités d'hormones mâles sécrétées sont suffisantes : une diminution de la testostérone peut être provoquée par une anomalie des testicules. Le dosage de la FSH et LH, hormones hypophysaires, transmettent les ordres du cerveau aux testicules afin de produire les spermatozoïdes).

Le médecin, urologue ou gynécologue, peut également proposer au couple infertile de s'adresser à un centre pluridisciplinaire spécialisé pour une prise en charge adaptée. Ces centres existent partout en France. "Chaque couple est unique, il n'y a pas de traitement ou technique universelle pour obtenir une grossesse", explique le spécialiste.

Spermogramme normal

  • Volume de l'éjaculation : entre 2 et 5 ml.
  • Concentration des spermatozoïdes : supérieure à 20 millions/mL de spermatozoïdes (entre 50 et 200 millions/mL).
  • Mobilité des spermatozoïdes : 50 à 60% de forme mobile la première heure.
  • Formes normales : supérieure ou égale à 50% de formes normales.
  • Taux d'acidité normale : ph compris entre 7,2 et 7,8.

(Les critères varient d'un laboratoire à l'autre, les contrôles s'ils sont nécessaires doivent être faits dans le même laboratoire pour pouvoir comparer valablement les résultats).

Solutions

Les solutions sont adaptées au cas par cas en fonction du ou des problème(s) rencontrés. Chaque fois que possible, il faut envisager un traitement curatif chirurgical ou hormonal. Des techniques d'assistance à la procréation comme l'insémination intra-utérine, la fécondation in vitro et l'injection intracytoplasmique de spermatozoïdes sont possibles. Le prélèvement chirurgical de spermatozoïdes est le seul moyen pour un homme ayant une azoospermie d'obtenir une grossesse avec ses propres spermatozoïdes. En cas d'échec, une insémination intra-utérine avec l'utilisation de spermatozoïdes d'un donneur peut être proposée.

Insémination artificielle

Fécondation in vitro

Merci au Dr Claire Lewandowski, spécialisée en psychiatrie, addictologie, victimologie et médecine générale et au Pr Samir Hamamah, chef du département de Biologie de la Reproduction à l'Hôpital Arnaud de Villeneuve de Montpellier.

Stérilité masculine : comment savoir ?
Stérilité masculine : comment savoir ?

Sommaire Définition • Oligospermie • Azoospermie • Asthénospermie • Nécrospermie • Tératospermie Statistiques Causes Comment savoir ? Symptômes Tests Solutions • Insémination artificielle • FIV ...

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