Achat compulsif : cause, signes, comment s'en sortir ?

L'achat compulsif (ou achat pathologique) représente un problème psychologique avec d'importantes conséquences. 1 à 6% de la population serait concerné. Quelle est la cause de ce comportement ? Est-ce une maladie ? Quels sont les symptômes ? Comment s'en sortir ? Grâce à quel traitement ? Eclairage.

Achat compulsif : cause, signes, comment s'en sortir ?
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Définition : qu'appelle-t-on un achat compulsif et impulsif ?

"Il existe une différence essentielle entre un achat impulsif, sans réflexion avant cet achat occasionnel et l'achat compulsif pathologique. Dans ce deuxième cas, les achats impulsifs se répètent et, en outre, il y a une notion capitale : la personne effectue ces achats sous le coup d'une émotion négative (colère, culpabilité, stress…)" définit le Dr Lucia Romo, professeur en psychologie clinique à l'Université Paris Nanterre, psychologue clinicienne et psychothérapeute cognitivo-comportementaliste. Ce comportement peut mettre la personne en difficulté financière et en conflit avec son entourage. "Ce trouble qui n'est pas reconnu dans les classifications internationales des troubles psychiatriques. Néanmoins, selon plusieurs études, elle pourrait toucher entre 1 à 6% de la population générale hors contexte de maladies associées" précise la psychologue. L'achat compulsif est souvent sous diagnostiqué.

Quels sont les symptômes ? 

La personne atteinte par ce trouble fait des achats impulsifs à répétition, en répondant à une envie ressentie comme irrépressible. Les objets achetés ne sont pas nécessaires et même parfois pas utilisés car ils sont associés à la honte, à la culpabilité après l'achat. Les objets le plus souvent achetés pour les femmes sont des vêtements, des chaussures, des meubles, du matériel de bureau. Chez les hommes, il s'agit de vêtements également, mais aussi de matériels électroniques (vidéo, photographie, informatique), d'accessoires automobiles, etc… Les objets achetés sont souvent entreposés dans une armoire ou dans une pièce qui sert d'entrepôt. "Ce type d'achats était effectué il y a 10 ou 15 ans avec des chèques ou des espèces. Il y avait alors plus de contact avec "l'argent réel". Depuis, le paiement par carte est le plus employé et l'achat en un clic sur internet ou sans contact font que la personne compulsive se rend moins compte de ce qu'elle dépense" souligne la clinicienne.

Quelles sont les causes ? 

Il existe des déterminants individuels : une faible estime de soi, une mauvaise gestion des émotions. "A travers un certain type d'achats, la personne se valorise ou elle gère ainsi des émotions négatives mais aussi positives" explique le Dr Lucia Romo. L'achat compulsif peut également être lié à des facteurs familiaux. "Une famille qui achète des objets pour récompenser ou consoler quelqu'un peut établir des habitudes qui pourront à un moment devenir problématiques" décrypte la psychologue. Enfin, il y a une composante sociétale : nous sommes envahis par de la publicité et des spams qui vont déclencher des envies. L'achat compulsif se retrouve également dans un contexte de troubles bipolaires ou de dépression.

Ce trouble est souvent accompagné de dépression ou de troubles anxieux, voire il fait suite à un stress post-traumatique

Le signe d'une maladie ? 

L'achat compulsif peut être lié à un trouble de l'humeur ou un trouble bipolaire. "Lors de la phase maniaque (phase d'excitation), la personne peut faire des achats pathologiques" explique le Dr Lucia Romo. "L'achat compulsif n'est alors pas diagnostiqué comme tel car il fait partie des troubles bipolaires. Par ailleurs, ce trouble est rarement seul et souvent accompagné de dépression ou de troubles anxieux, voire il fait suite à un stress post-traumatique". Le fait de traiter la dépression, les troubles anxieux ou le stress post-traumatique va alors généralement améliorer les troubles compulsifs. Le plus important reste de prendre conscience et de consulter, de demander de l'aide afin de ne pas aggraver la situation.

Quand et qui consulter ? 

"Les personnes concernées par l'achat compulsif consultent rarement d'elles-mêmes. Pour elles, ce trouble fait partie de leur personnalité, elles vont dire "'j'ai toujours été dépensier(ière)'" indique la psychologue. Ce qui doit pousser à consulter : quand vous commencez à vous dire que vous avez perdu le contrôle, que vous n'arrivez plus à la fin du mois, que vous accumulez des dettes, que vos armoires débordent de choses dont vous ne vous servez pas, que vous êtes en conflit avec votre entourage pour des questions d'argent. "Consultez un psychologue ou un psychiatre pour avoir un avis et savoir si ce trouble s'accompagne d'autres problématiques" recommande la psychologue. Il existe des questionnaires de dépistage des achats compulsifs.

Traitement : comment s'en sortir ?

Il n'existe pas de traitement médicamenteux du trouble d'achat compulsif. Les programmes de thérapie cognitivo-comportementale ont fait la preuve de leur efficacité. "Nous commençons par un travail motivationnel, sur la prise de conscience du problème, sur sa motivation à changer, les avantages à changer" décrit la spécialiste en TCC. Ensuite, trois dimensions sont abordées sur le plan cognitivo-comportemental : 
→ La première concerne les aspects comportementaux. "Nous allons demander à la personne de ne pas prendre sa carte bancaire ni son chéquier pour aller faire des achats mais d'utiliser uniquement de l'argent en espèce pour se rendre compte des transactions. Elle doit aussi ne plus enregistrer sa carte bancaire en ligne" décrit le Dr Romo.
→ La deuxième consiste à agir sur les croyances erronées. "Nous travaillons sur le plan des croyances qui concernent les objets, leur valeur, leur essence, et sur les pensées ("Si j'achète quelque chose je serai plus considérée", "je le mérite, je peux acheter plein de choses") explique la psychologue. 
Le troisième travail se fait sur les émotions. L'objectif est que la gestion des émotions ne se fasse pas sur les achats. "Ces programmes apprennent aux acheteurs compulsifs à s'ancrer dans l'instant présent, avec des techniques de méditation et de relaxation" décrit le Dr Romo. Il existe d'autres approches de l'achat compulsif, l'approche familiale : celle-ci consiste à intégrer le conjoint, les parents dans la gestion de leurs problématiques, la famille étant un levier important du changement. Il existe également des approches psychodynamiques.

Lucia Romo, Professeur de psychologie clinique, psychologue clinicienne et psychothérapeute cognitivo-comportementaliste
Source : Lucia Romo, La dépendance aux achats, diagnostic et traitements, Le Courrier des addictions (11) – n° 3 – juillet-août-septembre 2009

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