Addiction au sexe : définition, signes, comment faire en couple ?

Si l'addiction au sexe n'est pas considérée comme une réelle addiction par l'OMS, le sexe peut entrainer une forme de dépendance. Dans quels cas ? Quels signes ? Quelles différences avec l'hypersexualité ou la nymphomanie ? Quelles conséquences pour soi et dans le couple ? Comment guérir ? Réponses avec le Dr Florence Pileyre addictologue et sexologue.

Addiction au sexe : définition, signes, comment faire en couple ?
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En 2018, l'Organisation mondiale de la santé a reconnu le "comportement sexuel compulsif" comme un trouble mental, mais pas comme une addiction : "De manière conservatrice, nous ne pensons pas (...) que le processus soit équivalent au processus avec de l'alcool ou de l'héroïne", avait déclaré l'expert de l'OMS Geoffrey Reed à l'AFP. Qu'est-ce que l'addiction au sexe ? Est-ce différent de l'hypersexualité ? Quels sont les signes ? Le test à faire ? Les solutions ? Comment gérer en couple ? Le Dr Florence Pileyre addictologue et sexologue répond aux questions du Journal des Femmes.

Définition : qu'est-ce que l'addiction au sexe ? 

"On parle d'addiction sexuelle lorsqu'on a une expression excessive de pulsions, 
de fantasmes et ou de comportements sexuels qui sont récurrents, intenses et qui vont interférer à différents niveaux dans la vie
quotidienne de la personne"
définit le Dr Florence Pileyre addictologue et sexologue.

Est-ce que ça a un nom spécifique ? 

Il y a plusieurs termes pour nommer l'addiction sexuelle. Dans une étude de 2019, l'addiction sexuelle est aussi appelée "perte de contrôle sexuel" et "trouble sexuel compulsif". "On peut aussi parler d'hypersexualité" indique le Dr Florence Pileyre.

Quelles différences avec l'hypersexualité ? 

La nuance est fine : "L'addiction sexuelle est également appelée hypersexualité. La différence ? Lorsque l'on parle d'addiction, il y a forcément une notion de souffrance et de culpabilité que l'on n'a pas forcément dans l'hypersexualité" indique l'addictologue.

Est-ce pareil que la nymphomanie ?

"Le terme nymphomanie n'est plus utilisé car il est connoté négativement et qu'il est genré" prévient le Dr Pileyre. "La nymphomanie représente l'hypersexualité féminine." Elle n'est donc pas associée systématiquement à une "addiction" en tant que telle c'est-à-dire qu'elle n'entraîne pas de souffrance et de culpabilité.

Quels sont les signes d'une addiction au sexe ?

"Les signes qui doivent alerter sur une addiction au sexe sont les mêmes que pour les autres addictions à des produits ou comportements" informe l'addictologue. "Le schéma de l'addiction se met en place lorsqu'un produit ou un comportement rencontre un individu à un moment de vie donné où il est en situation de fragilité personnelle." Ainsi, une personne présente des signes d'addiction :

  • Si le comportement prend du temps et empiète sur sa vie quotidienne.
  • Si elle s'isole à cause de cela. 
  • Si elle dissimule des choses à son entourage.

​​​​​​​Il existe plusieurs formes cliniques de l'addiction sexuelle : 

  • Certaines personnes auront plutôt des problèmes de masturbation compulsive avec ou sans internet.
  • D'autres auront des soucis liés à l'utilisation sexuelle d'internet comme la consultation de sites pornographiques.
  • D'autres addictions portent plutôt sur la fréquentation de lieux de prostitution, lieux de massages etc… 
  • D'autres formes cliniques portent sur les relations sexuelles virtuelles ou en vrai avec plusieurs adultes consentants, site ou tchat.

Est-ce que le sexe est ou peut être une drogue ? 

"Le sexe en lui-même n'est pas une drogue" affirme l'addictologue. "La sexualité est normale, le problème est l'utilisation qui en est faite. Les personnes addicts utilisent le sexe pour d'autres raisons comme combler un mal-être ou rechercher un apaisement."

Généralement, l'addiction sexuelle concerne les jeunes adultes et plutôt les hommes.

Test : comment savoir si on est addict au sexe ?

"Il existe un test simple et rapide pour savoir si l'on présente une addiction sexuelle : le test peacce du Dr Carnes qui date de 2002" explique le Dr Florence Pileyre. Il se compose de 26 questions : si 13 sont positives, cela est le signe d'une possible addiction au sexe. Parmi ces questions

  •  Devez-vous dissimuler certains aspects de votre sexualité aux autres ?
  • Etes-vous souvent préoccupé par des pensées de nature sexuelle ?
  • Votre partenaire a-t-il (elle) déjà souffert ou s'est-il plaint (e) de votre comportement sexuel ?

Quelles sont les causes ?

"Les causes d'une addiction sexuelle sont les mêmes que celles des autres addictions : un comportement ou un produit arrive dans un moment de vie où la personne présente une fragilité" indique l'addictologue. "Elle survient chez des individus qui ont l'habitude de faire certaines pratiques normales, mais qui se réfugient dans un comportement ou un produit pour s'évader et compenser cette fragilité. C'est à ce moment-là que la perte de contrôle et donc le mécanisme de l'addiction se met en place." 

Des médicaments peuvent être en cause : "L'hypersexualité reste le trouble du comportement sexuel le plus fréquent chez les patients parkinsoniens, indique le Dr Maria-Carmelita Scheiber-nogueira, neurologue et neuro-urologue, Lyon sur le site de l'association France Parkinson. Elle peut s'exprimer de différentes manières : masturbation compulsive, demande répétée et excessive de rapports sexuels, multiplication des partenaires, utilisation compulsive de pornographie, nouvelles orientations sexuelles…" La dopamine joue un rôle important dans le contrôle du comportement sexuel. Chez les personnes atteintes de Parkinson, la dégradation des voies dopaminergiques associée à la prise chronique de traitement substitutif dopaminergique peut être responsable d'une dérégulation des systèmes liés au contrôle du comportement sexuel. Ces pratiques font partie des effets secondaires de la maladie et de certains traitements. 

A quel âge surtout ?

"Tout dépend de la situation de la personne. Généralement, l'addiction sexuelle concerne davantage les jeunes adultes et plutôt les hommes que les femmes" informe l'addictologue. "Cependant, l'hypersexualité féminine est cachée, tabou et on a pas toutes les données."

Quelles sont les conséquences ? 

L'addiction sexuelle impacte la vie de l'individu à plusieurs niveaux. Elle a :

  • Des conséquences médicales : "Plus vous avez des rapports avec différentes personnes, plus le risque d'infections sexuellement transmissibles (IST) est élevé."
  • Des conséquence psychologiques : "L'addiction au sexe peut être associée à des épisodes dépressifs, de l'anxiété, de la souffrance et un sentiment culpabilité."
  • Des conséquences relationnelles : "Elle peut créer des problèmes dans le couple, mais aussi avec les autres proches car l'addiction isole l'individu qui en souffre."
  • Des conséquences sur la sexualité : "Elle peut engendrer des difficultés sexuelles, avec apparition de troubles sexuels comme par exemple un dysfonctionnement érectile ou des problèmes d'éjaculation précoce."
  • Des conséquences sociales : "Si l'addiction au sexe envahit la sphère du travail, la personne peut se retrouver sans emploi. Elle va arriver en retard à cause de son comportement addictif, elle va consulter des sites pornographiques sur son lieu de travail, elle sera moins productive…"

Comment guérir ? 

"Pour soigner une addiction au sexe, il faut mettre en place un suivi psychologique et addictologique" commence le Dr Pileyre. "Il est conseillé de consulter en séance individuelle, mais aussi en groupe si cela est possible." Les groupes de partage se développent en France. "Le soutien de ses pairs dans la guérison d'une addiction est importante." Quelles sont les techniques utilisées en thérapie ? "Nous avons recours à des thérapies cognitivo comportementales (TCC) et d'un suivi avec de entretien motivationnel pour changer le comportement addictif et mettre d'autres choses à la place de l'addiction." Il n'existe pas de traitement médical particulier pour traiter l'addiction sexuelle. "Cependant, des traitements peuvent être mis en place pour aider à soigner les comorbidités et polyaddictions, c'est-à-dire les autres addictions dont la personne souffre. Si une personne est dépressive, on peut lui prescrire des antidépresseurs. Si elle est accro à la cocaïne, elle peut suivre un programme de désintoxe." 

Comment aider une personne addict au sexe ?

Si un proche est addict au sexe, l'entourage peut "le soutenir", "être à l'écoute" mais "ne peut pas remplacer des professionnels de santé." Ainsi, "l'entourage peut l'aider en trouvant des lieux adéquats pour qu'il trouve de l'aide, comme des lieux de réunions, des centres de soins ou des cabinets d'addictologues spécialisés."

Comment le gérer en couple ?

"L'addiction au sexe fait des ravages dans le couple car la ou le conjoint peut prendre le problème pour soi, alors que ce n'est pas forcément lié. Le problème est individuel" indique le Dr Florence Pileyre. La solution ? "Il ne faut pas hésiter à consulter un addictologue pour gérer l'addiction, mais également un sexologue pour régler le problème lié à la sexualité de la personne. Souvent, les personnes addict au sexe ont des problèmes sexuels comme des troubles érectiles etc." Ils fantasment aussi beaucoup la sexualité à cause de leur comportement (consultations de sites pornographiques…) et prennent des substances pour performer davantage. "Il faut les aider à retrouver une sexualité physiologique normale."

Merci au Dr Florence Pileyre addictologue et sexologue.