Blessure de trahison : la reconnaître, en couple, guérir

La blessure de la trahison est une souffrance émotionnelle liée à la peur permanente d'être trahi, trompé, abandonné. La personne qui en souffre portera le masque de quelqu'un de très contrôlant avec ses proches ou dans son couple. Causes, comportement-type, solutions pour réparer et cicatriser : conseils de la psychothérapeute Valérie Beaufort.

Blessure de trahison : la reconnaître, en couple, guérir
© fizkes - 123RF

La blessure de trahison s'exprime par la mise en place d'un système de défense pour se protéger d'une traitrise, d'une déception, d'une malhonnêteté, d'une infidélité, d'un acte déloyal, d'un abandon, d'une séparation... Avant même qu'elle ait lieu ! Autrement dit, la personne qui en souffre a toujours peur qu'on la trahisse. Cette souffrance émotionnelle peut être subie par tout le monde, peu importe son âge ou son environnement de vie. Et une blessure qui n'est pas cicatrisée peut avoir de lourdes conséquences sur son couple, avec ses proches, au travail. Comment reconnaître la blessure de trahison ? L'expliquer ? La soigner pour vivre plus apaisé ? Focus et conseils de Valérie Beaufort, psychopraticienne, sophrothérapeute et art-thérapeute.

Définition : c'est quoi la blessure de trahison ?

La blessure de trahison est une souffrance émotionnelle. Elle se traduit par un schéma de pensée dans lequel la personne blessée est toujours dans le contrôle, doute de la confiance des autres et se montre très exigeante envers elle-même et envers son entourage. Elle a constamment peur d'être trahie, blessée, déçue ou de passer elle-même pour un traitre. Elle a tendance à se projeter dans un futur où on va forcément lui faire du mal. Tout le monde peut en souffrir. 

Quel est le comportement-type ?

La personne qui souffre d'une blessure de trahison ne montre pas son vrai visage. Elle n'en a d'ailleurs pas conscience mais elle porte un "masque". "Elle arbore une carapace qui lui permet de se protéger d'une éventuelle trahison. C'est en fait du bluff. Et faute d'authenticité, les rapports qu'elle entretient avec autrui sont toujours biaisés ou superficiels", observe notre interlocutrice. Au quotidien, elle revêt une espèce de masque qui fait d'elle une personne :

  • Très contrôlante : elle a besoin de tout contrôler, que ce soit dans sa vie personnelle, sa vie de famille, sa vie professionnelle... de peur d'être trahie ou blessée. 
  • Perfectionniste : elle n'accepte pas l'échec, se tromper ou avoir tort.
  • Exigeante et tatillonne : elle n'accorde pas le droit à l'erreur.
  • Confiante voire arrogante : elle affiche une grande confiance en elle (alors qu'au fond, elle se sous-estime beaucoup), ce qui peut lui donner un air méprisant ou hautain avec les autres. "On a l'impression d'un point de vue extérieur qu'elle est très puissante et qu'elle maîtrise sa vie, alors qu'intérieurement, elle manque de confiance en elle. Un comportement arrogant cache une profonde dévalorisation", détaille la thérapeute.  
  • Avec un fort besoin de reconnaissance.
  • Qui veut toujours avoir raison : ce qu'elle ressent ou ce qu'elle vit étant très douloureux, elle a du mal à prendre ses responsabilités et est convaincue que c'est toujours la faute des autres. "Elle peut être manipulatrice et avoir tendance à tourner les choses en sa faveur et rendre l'autre responsable de son mal-être", observe notre spécialiste. 
  • Colérique : elle montre souvent de la rage ou de la fureur.
  • Qui a très peur de l'engagement.

Cause : comment expliquer cette blessure ?

Généralement, la blessure de trahison apparaît entre 3 et 6 ans, lors du complexe d'Œdipe.

Pour cette personne, la souffrance est telle qu'elle cherche à se défendre par cette blessure de trahison, en étant très méfiante, très exigeante, très contrôlante... Cette attitude, qui n'est pas consciente, constitue un système de défense. Pour quelle raison agit-elle ainsi ? "Chaque blessure peut avoir une origine différente mais généralement, la blessure de trahison apparaît entre 3 et 6 ans, lorsque le complexe d'Œdipe - un concept mis en lumière par Sigmund Freud - n'a pas été résolu, indique Valérie Beaufort. Ce complexe se manifeste par une passion que démontre un enfant pour le parent de sexe opposé (la petite fille vis-à-vis de son père et le petit garçon vis-à-vis de sa mère). La figure du sexe opposé représentant un modèle pour l'enfant. Il arrive qu'il y ait une attirance. C'est une projection normale et inconsciente qui se résout dans la plupart des cas naturellement par l'identification progressive au parent de même sexe. Mais par exemple, quand l'un des deux parents a été absent ou a eu un comportement trop séducteur avec d'autres personnes, l'identification n'a pas pu se faire correctement et cela a pu créer une blessure, liée à une grande jalousie ou à une trahison. A un moment donné, le père ou la mère n'a pas répondu à ses besoins. Autrement dit, quand la personne a eu besoin de son père ou de sa mère, il/elle n'a pas été là."

La peur de la trahison est l'étape d'après la peur de l'abandon.

La blessure de trahison est donc intimement liée à la peur de l'abandon ou de la séparation avec ses parents. "On peut même dire que lorsqu'elle n'est pas traitée, la blessure d'abandon peut se transformer en blessure de trahison. La peur de la trahison est l'étape d'après la peur de l'abandon, précise notre experte. La blessure de la trahison peut également se réveiller à l'adolescence, période pendant laquelle on peut voir une émergence pulsionnelle très forte avec le parent du sexe opposé, en lien avec les modifications corporelles et hormonales" Evidemment, d'autres traumatismes impliquant des personnes hors parents (une infidélité, la trahison d'un très bon ami...) peuvent faire naître une blessure de trahison. 

Blessure de trahison dans le couple : que faire ?

Inconsciemment, à avoir tant peur de la trahison, on en vient à pousser l'autre à nous trahir.

La blessure de trahison impacte souvent la vie amoureuse. "Un partenaire dont la blessure d'enfant n'a pas été résorbée va avoir tendance à faire une projection de la trahison sur son conjoint. Au point de le contrôler ou d'être très jaloux, jusqu'à l'étouffer dans sa vie quotidienne. Tout est sujet à la trahison. Et au fil du temps, ça fait des dégâts. Inconsciemment, à avoir tant peur de la trahison, on en vient à pousser l'autre à nous trahir" prévient notre psychothérapeute. En effet, plus on contrôle l'autre, plus l'autre aura envie de s'émanciper et d'être libre, et la trahison peut ainsi représenter un déclic pour faire réagir l'autre. "Il faut bien comprendre que la blessure a des conséquences des deux côtés, c'est comme un jeu de faux pouvoir. Dans le cas d'une trahison, il y a souvent une victime et un bourreau et dans les deux cas, la posture est extrêmement douloureuse. Celui qui trahit souffre également. La solution ? Essayer dans la mesure du possible de ne plus rentrer dans ce jeu de pouvoir et ne plus agir par sentiment de désespoir. Les deux partenaires ont des blessures, parfois similaires, parfois différentes. Dans les deux cas, il faut essayer de trouver ensemble le moyen de se soutenir, de s'élever mutuellement et de revaloriser l'autre". 

Solutions : comment en guérir ?

La blessure de trahison n'est pas une fatalité en soi : elle peut être cicatrisée à condition de faire un travail sur soi-même et d'accepter de changer son mode de pensée. Attention, cela peut prendre du temps car le circuit neuronal est trop habitué à l'ancien système de pensée. Mais surmonter cette blessure est tout à fait possible. Globalement, 6 étapes sont nécessaires pour cicatriser une blessure de trahison :

On souffre bien plus en continuant à utiliser un système de défense qui ne fonctionne plus qu'en changeant de stratégie.

Conscientiser sa blessure : "Pour amorcer un travail en profondeur, il faut prendre conscience de sa blessure, comprendre l'origine et la racine de cette souffrance. Cela va permettre de prendre enfin ses responsabilités. On est bien d'accord que c'est douloureux, mais c'est une étape indispensable pour s'en libérer", explique notre experte.

Se pardonner d'avoir été si contrôlant, d'avoir co-créé une énergie et des rapports basés sur la méfiance et sur l'exigence et ne pas ruminer les "erreurs" du passé qui sont, par définition, immuables et donc plus maîtrisables. 

Accepter d'évoluer : "La vie est bienveillante et veut absolument que l'on se libère de tout. Pour cela, elle nous fait connaître des schémas qui se répètent pour qu'on puisse apprendre à ne plus reproduire les mêmes erreurs et à évoluer pour devenir des meilleures versions de nous-même. Cela passe aussi par le fait d'arrêter de hiérarchiser ses rapports et d'idéaliser l'autre (exemples : ma père ou mon père est supérieur à moi, il a donc l'ascendant sur moi ; mon conjoint ne me mérite pas, je ne comprends pas ce qu'il fait avec moi, je le mets sur un piédestal comme un père ou une mère-modèle...), décrit-elle. On a toujours besoin de croître et d'évoluer... On n'est jamais un être fini : on est toujours en devenir."

Oser en parler, que ce soit à son entourage ou à un thérapeute si on en ressent le besoin. 

Lâcher-prise, laisser la place à l'imprévu et remettre de la légèreté dans sa vie à l'aide d'outils thérapeutiques comme des séances de méditation, d'hypnose, la cohérence cardiaque, la sophrologie, l'art-thérapie... Progressivement, la personne va comprendre que c'est épuisant de tout contrôler et d'avoir peur en permanence de l'échec. Elle va comprendre qu'il faut désormais désamorcer ce qui est douloureux ."Il faut bien avoir en tête que l'on souffre bien plus en continuant à utiliser un système de défense qui ne fonctionne plus qu'en changeant de stratégie", tient à prévenir notre experte. 

Apprendre à reprendre confiance en soi et retrouver sa vraie valeur, sans se mettre de pression. "Il faut du temps pour modifier un système de pensée. Parfois, on a des rechutes qu'il faudra accepter. C'est le plus beau cadeau que l'on peut se faire", conclut Valérie Beaufort.

Merci à Valérie Beaufort, psychopraticienne en psychothérapie multi-référentielle et intégrative, sophrothérapeute, art-thérapeute et auteure du livre "Se libérer de la blessure d'abandon", aux Editions "En quête du bonheur". 

Psycho