Jeûne : définition, saison, durée, comment jeûner ?

Jeûne court, intermittent, saisonnier, nocturne… Il y a de nombreux programmes pour jeûner afin de nettoyer son organisme et se sentir mieux. Il faut bien s'y préparer et le réaliser dans de bonnes conditions. Conseils du naturopathe Romain Vicente pour un jeûne sans risque pour la santé.

Jeûne : définition, saison, durée, comment jeûner ?
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Le jeûne est une vieille pratique alimentaire, un peu oubliée pendant de longues années, mais qui revient à la mode. Bon pour le corps et l'esprit quand il est pratiqué dans des conditions favorables, il ne paraît pourtant pas si facile et surtout - il faut le dire - peut être un peu angoissant. Comment réussir à tenir sans manger plusieurs jours ? A ne pas craquer pour du sucré ? A quels symptômes s'attendre ? Autant de questions qui méritent réponses. Dans son livre "Je jeûne" (Editions Eyrolles) le naturopathe Romain Vicente explique comment entreprendre un jeûne, bien le vivre et lequel choisir. Parce qu'il n'existe pas qu'un jeûne. On peut jeûner le jour, la nuit, un jour, deux ou carrément une dizaine. Le principal est de "faire le jeûne qu'on a le temps de bien faire"

C'est quoi le jeûne ?

Jeûner consiste à priver le corps de nourriture. En mettant le corps au repos et du coup ses différents organes, le jeûne va nettoyer l'organisme, éliminer des toxines et se régénérer.

Les phases du jeûne

Dans les premiers jours, le jeûne chamboule l'organisme : "Le corps doit pouvoir maintenir un apport régulier de glucose au niveau des cellules afin d'avoir suffisamment d'énergie pour survivre", poursuit le naturopathe. Il va combler le manque en sucre par différents mécanismes d'adaptation et puiser dans les réserves. Plusieurs réactions interviennent pour s'adapter à l'arrêt d'alimentation :

  • Phase 1 (24 heures) : le corps puise dans les réserves en glycogène, molécule qui stocke l'énergie. On peut ressentir des battements cardiaques plus forts et la tension artérielle peut s'élever un peu.
  • Phase 2 : le corps utilise les protéines et le glycérol des acides gras présents dans les tissus graisseux pour les transformer en sucre et maintenir des apports énergétiques suffisants. "Il y a une chute de l'insuline, le corps s'adapte doucement à la situation nouvelle de moins manger en puisant dans ses réserves ce qui permet de libérer les toxines et utiliser un nouveau système énergétique qui est le système des graisses."
  • Phase 3 : le corps passe à une nouvelle adaptation quand le jeûne continue, il produit des corps cétoniques comme nouveau carburant.

Si vous souhaitez jeûner, n'oubliez pas que "cela doit venir de vous, il ne faut pas qu'on vous dise le faire".

Quelle est la bonne saison pour jeûner ?

Certaines saisons sont plus propices au jeûne, comme les saisons chaudes. "L'été spontanément on mange moins, on allège le repas" argue Romain Vicente. Les changements de saison aussi sont de bonnes périodes "car l'organisme change de fonctionnement". L'arrivée du printemps et de l'automne peuvent ainsi "être des moments clés pour nettoyer l'organisme". L'hiver, lui, est plus compliqué. Le corps a besoin de plus d'énergie. Mais "le jeûne hivernal peut coller avec une démarche intérieure" explique le naturopathe. Mieux vaut cependant l'éviter pour les premières fois.

Comment se préparer à un jeûne ?

Il faut faire un jeûne par plaisir et envie, et pas dans la contrainte.

→ "Il faut se demander quelle est l'envie du jeûne et être dans la démarche de l'appel du corps", explique Romain Vicente. Quand l'envie est là "poser le jeûne dans une durée, une date, une période où on peut vraiment prendre du temps pour soi, par exemple pendant les vacances". Une fois le jeûne lancé, "il faut ressentir du bien-être et de la joie en le faisant sinon il faut remettre de l'alimentation transitoirement, conseille l'expert. Il ne doit pas y avoir de frustration sinon il y aura des compensations après le jeûne avec une reprise de poids". 

Vous devez vous demander si vous êtes prêt à "manquer". "Le corps n'étant plus habitué à jeûner, la restriction alimentaire peut être contraignante", explique Romain Vicente. Il faut se confronter à cette peur du manque : "L'idée de se priver de nourriture est complexe à appréhender. Un temps de préparation est nécessaire afin de doucement rappeler à votre organisme que jeûner est naturel." La préparation sera plus ou moins longue selon la durée du jeûne.

Quels sont les aliments interdits ?

Quand on jeûne, on ne mange pas d'aliments solides donc "on ne mastique pas" rappelle Romain Vicente. Par contre, il faut boire environ 3 litres de liquide par jour, dont au moins 2 litres d'eau pure. On peut boire des tisanes, du jus de citron chaud, du jus de légumes dilué (plutôt des jus verts) ou un bouillon (le soir par exemple). "La couleur de vos urines sera votre test le plus efficace. Trop claires et trop fréquentes, elles signent une fatigue rénale et vous devez réduire votre quantité d'eau journalière" précise l'expert.

"Il est ainsi conseillé de jeûner dans un cadre de détente, hors du quotidien"

Quelle durée ?

Chacun décide la durée de son jeûne. On peut commencer par un jour par semaine. "C'est déjà bien, estime Romain Vicente, cela allège la quantité d'aliments pris et participe à l'équilibre global." On peut aussi pratiquer des jeûnes plus longs dits "saisonniers" qui durent 3, 5 et jusqu'à 10 jours. Il est important de tenir au moins les 3 premiers jours : "Ce sont souvent les plus difficiles mais on observe au bout du troisième jour un moment d'inflexion (...), un vrai changement métabolique. Passé ce cap, le corps modifie son fonctionnement, il expulse les encombrements superficiels et expérimente l'utilisation des graisses."

Pour un jeûne d'un jour : la veille ne prendre qu'un repas allégé ou un bouillon. "On peut sinon directement jeûner en ne buvant qu'un jus de légumes ou une tisane ou deux sur la journée et rien d'autre" , indique le naturopathe.

Pour un jeûne de plus de 3 jours : "Il faut faire une descente alimentaire." En pratique : "Une semaine avant, retirer les excitants (café, thé, sucre, alcool, tabac) qui modifient et sollicitent fortement le fonctionnement global du corps. Après, retirer les protéines animales et les produits laitiers durs à digérer, puis les céréales et les protéines végétales, et les derniers jours les fruits et les légumes." En cas de constipation, "faire une purge de l'intestin avec du jus de pruneau ou du sulfate de magnésium puis démarrer le jeûne".

Qu'est-ce que le jeûne nocturne ?

Naturel, le jeûne nocturne est le plus facile à suivre. Or "on a oublié ce fonctionnement" souligne Romain Vicente, "Ce besoin de repos digestif nocturne fait partie pleinement de notre physiologie, il permet à l'organisme de se nettoyer."

En pratique : prendre un repas léger le soir (potage, légumes vapeur) et attendre 2 heures avant de se coucher. Le jeûne peut être de 12 heures au début (vous mangez à 20 h, vous prendrez votre petit-déjeuner à 8 h) puis passer à 14, 16 et 18 heures pour aller jusqu'à une journée quand on se sent prêt. A noter : il faut réduire la consommation de sucre, café, tabac, alcool après 16 heures.

Quels sont les effets et bienfaits du jeûne ?

Priver l'organisme de nourriture n'est pas sans conséquence, surtout au début. Le corps puise dans ses réserves pour combler le manque en sucre, source essentielle d'énergie. "On peut ressentir un peu de fatigue et une hypoglycémie, prévient Romain Vicente. Mais normalement ça ne doit pas durer plus d'un matin. Si ça dure trop c'est que le jeûne est trop difficile donc il faut prendre un jus de fruit ou un potage." Lors du jeûne, "le corps recherche un programme qu'il connaît bien mais qu'il n'a pas pratiqué depuis un moment, il est ainsi conseillé de jeûner dans un cadre de détente, hors du quotidien". Si le jeûne a des effets physiologiques, il a aussi des bienfaits psychologiques. "Quand on jeûne, on a plus de temps pour soi, on économise le temps de courses et de préparation des repas par exemple. Et on récupère l'énergie dépensée par la digestion. Sur les temps de jeûne il y a un rebrassage intérieur. On observe un apaisement. Jeûner est un excellent moyen de revenir dans notre plus profonde confiance" souligne le naturopathe.

Quelles sont les contre-indications ?

Pour jeûner, il faut être en bonne santé. Dans les cas suivants, le jeûne est-contre-indiqué : insuffisance rénale et/ou hépatique, diabète de type 1 ou insulinodépendant, hyperthyroïdie, anorexie, boulimie, carences nutritionnelles, prise de médicaments (demander un avis médical), tabagisme, alcoolisme, toxicomanie, grossesse, enfants (leurs besoins nutritionnelles sont incompatibles avec le jeûne), personnes âgées fatiguées et/ou carencées. "Généralement en cas de symptômes divers et variés consultez votre médecin et abstenez-vous d'entreprendre un jeûne" recommande le naturopathe.

Merci à Romain Vicente, naturopathe.

Régimes et équilibre alimentaire